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dimanche 21 août 2016

L'homme invisible I (le filet qui épouse les formes)

Je voudrais revenir ici à un thème qui m'est cher, qui est celui de la forme qui se révèle par ce qui est posé dessus.


Ainsi, si nous avons d'une part :

1 - Comme l'homme invisible ne nous apparaît dans le film qu'une fois habillé, pour que les formes d'un problème apparaissent, il faut jeter dessus un tissu, ou l'emballer d'un tissu, ou tendre un tissu par dessus...

et d'autre part

2 - La mort étant inacceptable, faire le deuil d'un vivant consiste à diluer l'indigérable, l'inconscientisable par petits morceaux en jetant au fleuve du temps le concept de " cet être mort".

Une fois le bloc de " l'être mort " disparu par petits morceaux de gâteau arrachés et jetés à la place du temps, se dresse la statue d'un être (qui a été) vivant, la même forme, mais dans la mémoire, le souvenir d'un défunt, mais pourtant souvenir d'un bien vivant. Le deuil n'est pas la construction d'une impossible prise de conscience de la mort, mais au contraire la destruction, la digestion de cet inaffrontable, pour le remplacer par l'hologramme d'un être vivant, comme la petite statue de la princesse Leia au début de Starwars.




Maintenant je voudrais qu'on vous puisse considérer 2 comme un cas d'application du principe énoncé en 1.

Je sais que cela peut paraître incongru, mais c'est pourtant là que je veux en venir .J'avais déjà évoqué cette anologie avec le papier rocher qui prend la forme du décor de théâtre, et les guirlandes du sapin. Le problème visé étant invisible, il nous faut un filet (j'ai aussi pris cette comparaison quelque part) à jeter sur cet invisible afin d'en révéler les formes.

Et là où l'on arrive au centre du problème, c'est avec la réflexion suivante :

4 Quelle est, dans la forme du filet, la part signifiante, et la part non signifiante ?

5 Et : Signifiant ou non se définissant par : est " signifiant " ce qui relève réellement de la forme sous-jacente, qui la révèle, et n'est " pas signifiant " ce qui ne révèle pas l'invisible sous-jacent, mais relève des nécessités de construction des mailles du filet.

6 Et enfin :Sachant qu'une critique de cette définition de signifiant/ non signifiant dirait : " Quelque part, puisque le filet a, ou a eu, pour but d'épouser la forme de la roche invisible, le plus petit accident de sa forme relève d'une nécessité de tissage du filet qui, elle-même, a été rendue nécessaire par (et révèle) une déformation sous-jacente".

En vertu des trois définitions qui précède, on peut émettre un jugement de valeur du rapport entre 2 et le problème, non pas soulevé, mais bien recouvert par 2 : Les " statements " topologiques évoquant dans cette description le deuil " recouvrent-ils bien " la notion ?

Si la réponse est " non ", alors la phrase donne le sentiment d'être du verbiage, de la paraphrase etc. Si la réponse est " oui ", alors on dira que le discours est efficace, ce qui se manifeste généralement dans deux directions : " c'est beau ", et " c'est vrai".




samedi 13 août 2016

Représentation 1d (Aulagnier 2), point programmatique

Je voudrais m'arrêter encore un instant avant de plonger dans VI, pour faire un point de situation.



Je cite :

" L'autre solution est celle que nous avons choisie : reconnaître que ce que le modèle laisse hors-champ concernant notre propre réponse exige que l'on remette en question les différentes constructions rendant compte de la constitution du Je et de la fonction du discours, que l'on réussisse à entrevoir cet " impensable " avant " que nous avons tous partagé. Il faut alors prendre appui sur ce que notre pensée éprouve quand on l'oblige à se confronter avec un discours qui ne laisse plus rien à l'abri du doute "

------ Fin de citation

Comment penser cet " impensable ' avant ' que nous avons tous partagé " ? Voici la question qui va nous occuper désormais. Quel en est l'enjeu ?

Pour moi, l'enjeu de cette question est de permettre de mesurer notre rapport à l'épistémologie. C'est un peu trouver un outil qui fournirait des données " corrigées des variations saisonnières " de la météorologie. Non plus le rapport au savoir, mais à l'épistémologie, une peu comme l'historiographie.

C'est à dire permettre de savoir ce qu'on peut réellement savoir de " ce qui nous entoure," pour le dire autrement : en quoi notre rapport au savoir nous autorise à penser que nous savons réellement quelque chose de ce qui nous entoure, et ce que recouvrent ici les mots " ce " et " nous ".

Il semble que dans cette quête, un mécanisme, appartenant à cet " originaire", mécanisme que je pense être " gestaltiste " joue un rôle fondamental. Gestaltiste au sens de : y voyant un système de rapports de formes entre des parties définies par un tout, défini lui-même par ses parties.

On voit tout de suite le double défi, spatial et temporel, qui se redouble d'un défi intellectuel. C'est là qu'il y a peut-être une brèche. Penser " à rebours " un tel mécanisme, avec les processus que lui-même nous a enseignés, semble une gageure. Mais cette brèche indique une voie. Il faut pour la suivre de nousveaux outils conceptuels.

De nouveaux outils sur le terrain spatial : il faut se désengluer de la chose. (Cf l'ornière de la chose), ce qui n'est pas une mince affaire. La chaîne d'explications à explorer n'est plus celle des termes du langage, fût-celle d'un quelconque métalangage, jargon philosophique ou scientifique.

De nouveaux outils sur le plan temporel. Si exeunt les choses, alors exit également leur longue station assise de bouddha sur sa stèle. C'est le saut de statue en statue après lequel nous courons. C'est l'instant et non plus la pointe de la flèche, qui nous intéresse. Non plus d'arrêter la flèche dans son vol. C'est de comprendre ce qui change réellement lorsqu'elle vole, et non plus ce qui change sur on ne sait quelle " droite réelle" qui n'existe que dans notre imagination, et pas même sur le papier.

Là je suis encore plus démuni que pour le spatial. Je comprends la nécessité d'une pensée basée sur " l'entre ", c'est à dire l'espace qui sépare les formes des formes, et les formes du tout, mais ce qui sépare un instant de l'autre...  ?

Enfin la dernière phrase nous pose le dernier défi : " Il faut alors prendre appui sur ce que notre pensée éprouve quand on l'oblige à se confronter avec un discours qui ne laisse plus rien à l'abri du doute". (1)

On en mesure l'imensité. Que reste-t-il pour pouvoir fonctionner, à une pensée à qui on interdit le discours ?

Envolée, la maison des petits cochons. Revoilà le doute fondateur de la philosophie, acide ravageant tout. Mais c'est un " discours " qui mène la grande lessive. Que reste-t-il de la " pensée ", confrontée à ce discours ?
Comment ne plus rien laisser à l'abri du doute si on se met à l'abri de la pensée ? N'est-elle pas l'outil par excellence du doute, celui qui pense le doute, le guide, le pousse ?

Mais quel objectif le doute poursuit-il ? Il cherche à débusquer la vérité, à séparer le vrai du faux, à laisser l'ombre à l'ombre et la lumière à ... A quoi finalement ? A quoi bon éclairer une zone blanche ? C'est la zone noire qui lui donne sa blancheur. D'où le retour au cadre, à la différence et aux structures du siècle dernier.

Nous pensons avoir assez montré que le discours n'explore que le discours. Il tricote son propre pull, étendant infiniment l'espace de ses mailles, nommant et renommant les pièces nommées dans de nouvelles distributions à l'intérieur de la langue, comme le tambour d'un lave-linge croirait recomposer le paysage du monde en roulant le paquet de vêtements sur lui-même.

J'espère montrer in fine que nous avons confondu la pensée avec le discours, et que notre culture religieuse a déteint sur notre épistémologie, nous faisant confondre le bien et le vrai, moralisant l'univers en le dotant d'une vérité scientifique.
Pour le dire plus exactement, que le formalisme de la vérité scientifique serait celui d'un discours.

Il se pourrait donc que nous ayons aussi à inventer de nouveaux outils " formels", qui répondent à un concept dont l'exigence serait de ne pouvoir se formuler en mots. Un interdit ? Non, une guidance, une veille à ne pas retomber dans l'ornière.

C'est pour cela que je crée des outils textiles, dont la forme seule peut servir de question, non pas de " support à un discours", mais de véritable question formelle, en dehors de l'espace intellectuel ou esthétique exploré par la  composition, jamais épuisé, mais dont le renouvellement ne suffit plus à nos attentes.

Evidemment, il resterait, une fois ce langage pictural mieux connu, à voir comment s'effectue le passage au primaire et au secondaire. Il est difficile de viser sans cela une épistémologie basée essentiellement sur le secondaire. (2)

Mais je n'irai pas hélas m'aventurer sur ce terrain pourtant passionnant. Je l'ai exploré dans la mesure où j'avais besoin de prouver qu'il menait à l'originaire, qu'on ne pouvait expliquer l'un sans l'autre.

Non, je bifurquerai juste avant pour aller chercher ce qui, dans l'expresion artistique, relève de l'originaire. Pour ensuite réinjecter cela dans une meilleure compréhension du rôle joué par l'expression artistique dans le développement personnel, donc du groupe.

Il subsiste déjà, dans cette tentative, suffisamment d'interdiscplinarité comme cela. En effet, on sait que je passe toujours mes hypothèses à la flamme maigrichonne de mes connaissances scientifiques, dans le seul espoir de ne pas émettre trop d'hypothèses qui seraient immédiatement invalidées par une impossibilité des neurones de produire ce genre de comportement (même si, comme on l'a vu récemment avec l'épigénétique, les certitudes évoluent rapidement).

J'espère que c'est clair pour ce qui est des intentions.  Il sera difficile d'ailleurs, même si on peut le tenter à titre expérimental, de communiquer le résultat de ces recherches uniquement sur le mode graphique.

Sans aller jusque là, le partage de ces connaissances va devenir délicat. Je tenterai de le faire dans les commentaires de mes oeuvres, et en gardant le lien par ce blog, comme le fil d'un scaphandrier.

Ces périodes de réflexion écrite, entre les oeuvres textiles, me permettent de trouver ce que je dois chercher. Non pas de chercher ce que je dois trouver, ce serait là supposer l'existence d'un objet libidinal, le retour de l'illusion du savoir et de la vérité. Ce que je dois chercher ici pour moi maintenant, quelle oeuvre d'art va poser la bonne question qui me permettra de continuer cette quête sans tourner en rond dans le monde du langage.

On l'a vu avec la question de la frontière, c'est elle qui relie les deux mondes. Par exemple avec la composition.

Je vais maintenant parler d'un chapitre crucial d'IQS, avant de revenir sur le pas à pas du début de VI. Mais je dois auparavant solder Piaget et Laurier, sinon je n'aurai plus le temps.



(1) Une partie de ce que j'appelle " tirer Aulagnier à moi", consiste par exemple à passer sous silence ici que ses remarques se situent essentiellement dans le cadre de la relation analytique, et j'espère avoir le temps d'y revenir.
Je généralise ici, et je généraliserai à nouveau. Je veux dire par là que tout dialogue est un échange entre un parlant et un écoutant, avec toutes les configurations possibles, et toutes les formes d'autorité possibles.
Il ne s'agit pas pour moi de prétendre que tout pourrait être resitué à l'intérieur de la scène de la cure (quoi que...), mais plutôt de récupérer d'Aulagnier le maximum de ce qui peut resservir.
Je pense ne choquer personne en disant qu'il resterait à évaluer le pourcentage de dialogues entre les humains qui relèvent de ce cadre. C'est à dire soit qu'on s'institue l'analyste de l'autre, soit qu'on le place dans le fauteuil, avec ou contre sa volonté.

Tout ce qui peut être sorti du cadre sans trahir le propos d'origine, ou être trop déformé pour être crédible je le sortirai, car en vertu de ce que je viens de dire, c'est en " représentant de la société " que nous nous instituons psy de l'autre. Pour le dire autrement, et prendre le pourcentage en complément à 100, on pourrait tenter de déterminer la part restante des dialogues où nous ne nous faisons pas porteurs des slogans d'un groupe, que nous véhiculons pour nous identifier aux idoles du groupe, et profiter ainsi un peu de leur éclat, et espérant gagner des galons dans le système.

Notamment pour déterminer pourquoi un tel discours a, du côté du récepteur, peu de chances d'être entendu. Aux deux sens du terme.

Au premier, un discours " hors-structure " est comme le chasseur caché dans le feuillage. il n'est pas perçu. Au second, un discours hors-structure est peu ou prou hors-la- loi, et s'il est perçu, alors il est perçu comme tel, et donc rejeté avant d'être examiné.
C'est ainsi que le discours de libération n'opère qu'en tant que l'entendeur est libéré, et que l'aliénation, pratiquée dès le plus jeune âge ( " Il ne faut pas dire des gros mots") habitue l'esprit à se " boucher les oreilles".

Lorsque je dis " je généraliserai à nouveau", je veux dire qu'Aulagnier situe aussi le rapport pouvoir-savoir à l'intérieur du cadre analytique, et que j'en récupérerai le maximum pour le sortir à l'air libre, et qu'il soit réutilisé. Il est bien rare que deux individus qui se parlent ne soient pas dans un rapport de pouvoirs et contre-pouvoirs multliples et enchevêtrés.
S'ils n'étaient que dans des rapports de pouvoir simples, les dialogues humains se résumeraient à des ordres militaires ou adressés à la domesticité.


(2) Il y aurait des choses par exemple comme mettre en analogie le raisonnement qui fait une " équivalence formelle " entre le nombre d'immigrés et le nombre de chômeur d'une part, et d'autre part le raisonnement qui met en équations le formalisme mathématique et les représentants du réel, afin de voir comment la " mise en bijection", phénomène graphique s'il en est, pèse dans les processus de type " ontologique " (où entre en jeu " l'existence " des choses).


Matelas, buisson ardent, pièce de théâtre III

Suite à cet article pour en revenir à la représentation, on peut prendre l'image de la pièce de théâtre. Ne vous attendez pas à du lourd comme dans les articles précédentes, ici, pas de révélation fracassante, juste une tentative pour préciser comment la subjectivité peut à nouveau signifier quelque chose.

Je dis cela parce que je suis en train de lire Bimbenet, et même lui, il me semble, retombe dans l'ornière de la chose. J'emploie ce terme lorsque pour moi il témoigne d'un comportement qui ne tient pas compte de, ou qui contredit, la phrase de Winicott " There is no such thing as  ' the baby ' ", que j'étends en la généralisant, " there is no such thing as".

C'est à dire qu'il n'y pas such thing as " l'humain", " l'esprit ", " la conscience "... Et encore moins ce " monde en soi", " visé comme tel", le monde qui existe hors de moi et avant moi. Ces mots sont comme des cartes qu'on manipule par commodité, pour dire qu'elle représentent un pays. Mais en venir à croire qu'elles désignent des choses réelles, c'est tomber dans l'ornière.

Ce qui manque à ces philosophes (nous le verrons en détail), c'est d'avoir côtoyé des handicapés mentaux, d'avoir fait un peu de clinique, pour s'apercevoir qu'il n'y a pas such thing as " le monde en soi", dans une personne handicapée mentale, il y a, exactement comme dans la tête d'un agrégé, ce que ses éducateurs ont pu y faire entrer.

Ce qu'il leur manque aussi, c'est d'avoir constaté que " le langage " ça s'apprend. C'est à dire que ça n'existe que dans la tête de ceux qui l'ont appris.

Il n'y pas such thing as " le langage", chez une personne handicapée, il n'y que des bribes de mot, de pensée, et si leur humanité reste intacte, elle n'est pas " l'humain " qui se pose des questions sur le monde. La machine est déglinguée, même si l'animal souffre, pense, et communique comme il peut. Mais l'humain n'est pas une chose merveilleuse envoyée dans l'univers par les mystérieux évènements de l'hominisation, avec une " évolution ", remplaçant le déclic. " L' humain " est une machine sociale, à qui d'autres machines sociales apprennent à communiquer, et à travers ce canal à apprendre à se forger une représentation " solipsiste " du monde, puis à l'habiter pour y vivre, y souffrir, y mentir... Mais si pour différentes raisons, l'éducation ne peut pas se faire, alors l' " humain", c'est juste une machine qui déconne.

Et pour qui " le monde " en tant que tel n'est absolument pas donné. Au contraire, il n'existe pas. Il n'existe que pour les autres. Et un monde qui n'existe " en tant que tel" que pour les autres, pour moi, il n'existe pas. Le monde ne vaut qu'en ce qu'il est partagé par tous.
Et ce qui est partagé par tous, actuellement, ce n'est pas grand chose. (1)

Je sais que c'est dur de regarder cette assertion en face, mais je pense qu'il faut avoir le courage de le faire. Ce qu'ils ratent, c'est qu'on " apprend " à être humain, on le devient. C'est curieux la cécité sur ce point. Encore une fois, c'est je pense dû à un manque de contact avec des enfants et des malades.
Ce n'est pas abdiquer vers le transhumanisme, qui voudrait que la machine soit l'avenir de l'homme. Au contraire, c'est élever la visée, chercher une spiritualité qui soit vraiment à l'abri des gènes, et pourtant les prenant pleinement " en charge ", puisqu'ils font aussi partie de la Rréalité. Non en tant que gènes, bien sûr, mais en tant que ce qu'il nous est donné de nommer.

Le gouffre n'est pas tant entre le singe et l'homme qu'entre l'aphasique et l'homme, ou la personne atteinte d'une anomalie génétique et l'homme. Entre le singe et l'homme, la continuité est plutôt facile à établir conceptuellement. Entre une personne lourdement handicapée mentale, suite à un un génome ou un accident et l'homme, relier l'humanité est il me semble beaucoup plus difficile.(2)

Pourquoi faisons-nous piquer un chat soufrant chez le vétérinaire " assez facilement  " tandis qu'on s'acharne à maintenir des humains " en vie " dans les mouroirs ?

Parce que l'humain est précieux bien sûr. Et deux singes ne referont jamais un humain en s'accouplant, ce qui devrait nous interpeller d'ailleurs sur " l'évolution ". En revanche, d'ici qu'on mixe notre ADN avec des gènes de gorille pour être souple et musclé, il n'y a peut-être pas loin.

Bon, maintenant, on va repartir sur le sujet avec l'image de la pièce de théâtre, et du coup, l'article va avoir droit à un petit tag  " exploration ".

Prenons une pièce de théâtre, au cours de laquelle cette brève séquence se déroule : Paul entre en scène côté cour, embrasse Julie qui est au milieu de la scène, et repart côté jardin.

Le metteur en scène et le régisseur savent que Paul " a besoin " de faire cela car il nécessaire qu'il soit côté jardin pour rentrer en scène juste après. Le spectateur qui voit la scène a besoin de savoir qu'il a embrassé Julie à cause de ce qui se passera ensuite. Le spectateur qui a déjà vu la pièce sait que Paul a besoin d'embrasser Julie parce qu'à l'acte suivant, ce baiser sera l'objet d'une dispute. L'auteur de la pièce a besoin que Paul embrasse Julie parce qu'il a prévu une seconde pièce pour donner suite au scandale du baiser.

Enfin, c'est parce que Julie aime Paul qu'elle a besoin de l'embrasser.

On voit que plus on dézoome de la scène, plus ce sont les évènements tardifs qui commandent l'action présente. Mais aucun de ces évènements en particulier ne préside à cet imperium. C'est toute la chaîne qui se ferme.

Je voulais insister ici sur le fait c'est que la commande est tirée depuis l'avenir, et non poussée depuis le passé. Et le plus " futur " de ces évènements, à savoir la seconde pièce de théâtre, se situe à l'intérieur de l'avenir de la relation entre Julie et Paul.

L'enclos le plus large relève de la fiction, et d'aucun évènement réel. C'est le succès que cet amour obtiendra auprès du public qui guide la nécessité de la seconde pièce. Mais il reste que du point de vue causal " extérieur " aux deux, la cause initiale du succès est bien le besoin que la seconde pièce existe. Le futur ne saurait se passer de ce qui le précède, il faut donc qu'il assure l'existence de son passé. Mais il le fait sans objectif, l'ordonnancement des fibres lorsqu'il tire y pourvoiera.

Cela résonne bien sûr avec le " Mektroub " de l'arabe. La chose une fois écrite, existe. C'est donc qu'un futur lui donnera raison, non dans son contenu, mais dans ce qu'elle existe matériellement. Les paroles, elles, s'envolent.

Alors, où tout cela nous mène-t-il ? Eh bien, je vous l'ai dit, je ne sais pas. Peut-être est-ce que, de même que nous projetons les structures, d'une façon plane, sur l'image du monde, de même nous projetons sur le déroulement des scènes du monde, et ensuite sur leurs enchaînements, un chaînage qui ne relève que de nos propres structures.

En d'autres termes, on pourrait envisager une sorte de " handicap mental " qui consisterait pour la personne à n'avoir aucune structure à plaquer sur l'enchâinement des faits. Ou encore celui de l'enfant, qui pense que le monsieur vient acheter une glace, ignorant que c'est pour l'occasion de parler à la marchande de glaces.
La devanture de la glacière est peut-être aussi pour nous l'occasion d'une scène similaire, si nous sommes le handicapé, ou l'enfant.

Pour savoir que la Lune s'éloigne de la Terre, il faut avoir l'idée de mesurer la distance qui les sépare. Idée qui prend place, comme dans la pièce de théâtre, une fois qu'on s'est fait une idée plus large des relations entre la Terre et la Lune. Il faut savoir que la Terre et la Lune ont envie de se parler pour écouter leur dialogue, et mesurer l'espace.

Mais ce que je cherche, c'est quel rôle jouait la lune dans la pièce lorsqu'elle était épinglée sur la face intérieure de la sphère des fixes. Boutade en forme de provocation.

(1) On pourra m'objecter que l'important n'est pas le nombre de mots que manipule le handicapé, et que, " au premier mot ", c'est tout le mécanisme symbolique qui s'est mis en route. Certes. Mais je renverserai l'argument en disant que c'est celui qui a " tout " qui n'a rien de plus.
Celui qui a mille mots n'est pas plus avancé. Il est plus adapté, mieux inséré, certes, mais pas plus avancé.
Bien sûr, on se heurte là à l'expérience réelle, et je dispose de peu, moins que d'autres même. Mais je ne suis pas sûr que tous les humains voient une caisse " telle quelle , apte à servir à plusieurs choses. Tout cela, et même cette " aptitude à être", qui permet de voir le monde offert, s'apprend. Et pour constater qu'elle s'apprend, pour se déprendre de ce qui semble une évidence, il faut avoir vu ceux qui ne l'ont pas appris.
J'y reviendrai, mais je ne suis pas sûr qu'il y ait rupture entre l'ouverture au monde limitée, la " pauvreté en monde "  de l'animal, et notre ouverture.

(2) Ce qui constitue également lien avec la note précédente, c'est qu'il y a en fait une gradation d'humanité entre le singe à un mot et le singe à mille mots. Là on aborde un sujet extrêmement délicat, où le misunderstanding guette à chaque pas.
De même qu'un béné singe enlevé précocement à sa tribu ne posséderait pas tous les signes en cas de retour tardif, de même le bébé humain, mal élévé, n'est pas parvenu au stade auquel peut prétendre une personne culturellement plus baignée dans un certain environnement. Il n'y a rien de " mieux " , je l'ai dit, à être plus humain. Mais enfin, toute personne qui a fait une conférence en Histoire de l'Art a bien constaté que certains suivaient moins que d'autres.
De même que pour la clinique des handicapés ou des enfants, quiconque a fait la même expérience avec un public plus large ou " tout venant " a constaté que ses paroles tombent rapidement passé la cornée dans un vide abyssal.
Donc there is no such thing as " l'humain". Il y a un gradient d'individus plus ou moins rendus humains par l'éducation, par ses " humanités".

vendredi 12 août 2016

Torchon, peigne, matelas, buisson ardent II

Cet article fait suite à celui-ci, car j'ai besoin de poursuivre plus longuement. Pour le cas où vous vous poseriez la question, je mets maintenant des titres qui mentionnent d'un mot les sujets évoqués, pour les retrouver plus facilement par la suite.

D'abord, il faut revenir sur l'image du " buisson ardent", en quelque sorte. Vous avez suivi comment nous sommes passés de :


A
Il faut maintenant passer de l'image ci-dessus, à celle que j'avais invoquée à propos de la formation du moi, et d'ailleurs de toute chose, ci-dessous. Si à la définition, relevant des modes objectif et taxinomique, de chose, on substitue une approche disons, constitutionnel et graphique, c'est à dire exprimable dans les modes d'une apparition progressive et d'un dégradé, d'un fondus entre des " ce qu'il est convenu d'appeler", alors on se retrouve avec ces images :


Et en zoomant :



Pour rendre la synthèse plus compréhensible, voici une autre image :



Pour la comprendre, il faut imaginer que ma vie, mon être, mon moi, ce qui me constitue, comme on voudra, est toujours cette zone, allant du vert au rouge, parmi les fils.

Mais ce que permettent d'apporter les précédentes images, et notamment celle du pegne à trous, c'est que cette image peut être formée de deux façons. Either way, car aucune des deux n'est plus " vrai que l'autre". Elles entrent " en concours " pour former la conscience des faits.

Premièrement, un fluide court dans les tuyaux. Comme l'eau d'une rivière ralentit dans certaines boucles, à ces endroits, l'eau verte se met à rougir, dans un dégradé de présence qui amène dans une certaine zone un rouge à s'immobiliser.

Deuxièmement, les fils verts sont tirés (vers la droite pour respecter l'image du peigne) mais la zone rouge ne bouge pas. Simplement, la forme des fils dont elle est constituée, change.

Malheureusement, je n'ai pas les moyens techniques de former cette seconde version de l'image. J'espère que vous aurez pu la visualiser en esprit. Imaginez que vous tirez vers la droite le faisceau de fils, depuis la droite du peigne, et que la zone rouge ne passe pas, elle, à travers le peigne. Elle se " maintient dans le courant ", en quelque sorte.
Reste que les fils qui la constituent vont bouger, se chevaucher, se croiser.

Je ne peux pas expliquer cela mieux pour le moment. Un point très important est le dégradé. C'est lui qui évite qu'on retombe dans l'ornière de la chose. Au sens  de ces objets, dont on pense qu'à force d'user du concept qui leur est associé, ils ont fini par apparaître réellement.

Le dégradé permet de se dispenser d'avoir à situer l'origine de la chose, son zéro. Ce non-début est noyé dans le dégradé gazeux infini des particules, et c'est très bien ainsi car non seulement l'objet ne sert à rien, mais il nuit.

Ainsi ce qui reste, ce qui est per-manent, ce qui stagne à travers le défilement des lignes de force de l'accomplissement des évènements, reste à travers, per, ce qui change.

C'est ce qui fait que je ne peux pas sauter d'un train de diapositives à l'autre. C'est ce qui fait que, bien que fait de toutes impermences (les molécules de mon corps qui se renouvellent), mon Je, structure " entre " les choses, et non pas " de " ces choses ne peut migrer. Les molécules d'eau de la boucle du ruisseau, de cette anse qui semble immobile, se renouvellent tout le temps. Mais l'anse, qui est " entre " elles, ne peux s'éloigner au fil de l'eau. C'est le prix de son " être".

Notre être au monde fige une " sur-zone " du chaos, et nous sommes entièrement traversés par lui, tout en impermanence, et pour cela (pour cette raison),  nous sommes penchés avec terreur sur cette béance, et en même temps, pour cela (comme prix à payer de cela) nous sommes attachés à cette boucle, traversés mais immobiles, attachés.

Le gradient qui reste un peu là, mais à condition que ce " là " ne soit nulle part, puisque toutes les branches se ressemblent et se valent, cela me convient pour éviter tout point d'origine du repère, repaire assurant, bien orthonormé, tant qu'on y est, c'est plus cosy.


Ensuite m'est venue, à propos de ces croisements de trajets, l'image du matelas

Je dis le matelas pour exciter le pélerin, on verra pourquoi, mais l'image du chiasme est tout d'abord celle d'une figure de style, de structure ABBA :

  • « Ayant le feu pour père, et pour mère la cendre. » (Agrippa d'Aubigné)
  • « La neige fait au nord ce qu'au sud fait le sable. » (Victor Hugo)

Graphiquement, j'aime d'autres figures plus ou moins repérées du chiasme.

- Le chiasme optique


- Mais aussi les chromosomes





Et notamment, cette image :




D'où l'image du matelas pneumatique de loisirs qui m'est venue :




qui nous permet d'introduire l'à-plat qui est entre les brins, de façon élémentaire, ceci :

Notamment à cause des soudures entre les deux plans :


L'intérêt de l'image du chiasme est, tout en restant bien collés à une explication du phénomène (les axones qui se frôlent et les dendrites qui se fritent), de permettre d'imaginer des " échanges d'information " aux niveaux conceptuels.

J'ai dessiné la zone de contact en dégradé, pour signifier que chaque membrane appartient bien chacune ) son plan, ;ais qu'elles échangent des infirmations.

C'est à dire des niveaux conceptuels qui soient " étayés " par un fonctionnement possible, en 3D




Nous avons donc une structure qui est compatible avec le fonctionnement réel des neurones, et qui peut par ailleurs être " remappée " sous forme de plan. Le plan étant lui même la projection d'un espace où la taille joue le rôle de la distance plaquée, introduisant le " voir comme " de la vision des aspects, on se raccroche à la navigation entre les taxinomies/

Dernier point, vu de l'intérieur du matelas, les points de soudure nous enferment dans une grotte où les concrétions se rejoignent comme stalagtites et stalagmites, créant un espace comme une série de tores communiquant les uns avec les autres.

Des nuages pi qu se repoussent pour créer des tores, voilà qui n'est pas pour me déplaire. Mais vous savez que là, je n'ai plus les moyens d'atteler les wagons. C'est l'inonvénient de lire une pensée en marche. Mais c'est Internet qui veut cela. Le dernier album de Kanye West ne sera pas le même selon la date du téléchargement, il le change sans cesse. Il n'y a donc plus such a thing as " cet album de cet artiste ". Désormais il faudra nécessairement accoler une date à l'opus, comme on faisait dans le livre pour les éditions. Ce qui fait que tout objet de connaissance sera " emballé " dans un conteneur avec une dimension horodatage, ça va rappeler des souvenirs à quelques uns.


Ensuite, pour tenter de solder mes dettes, revenir à l"histoire de la taille des points. 
Je sais que ce n'est vraiment pas sexy comme sujet, mais allons-y. Nous avons vu que les Platiens, en voyant un doigt traverser leur plan, ne voient pas, comme il est souvent dit, ceci :



puisque c'est vu de la 3D, mais bien ceci :

puisqu'ils voient l'extérieur du doigt. Mais que veut dire pour eux " l'intérieur " de ce doigt ? Pourraient-ils rentrer à l'intérieur, en éparpillant les pixels du plan ?

Et d'ailleurs, les pixels du plan qui étaient à cet endroit avant qu'on enfonce le doigt, ou Charles, que sont-ils devenus ? Ils n'ont pu, s'ils l'ont fait, que " riper " dans le plan pour aller ailleurs.

Ou alors, autre hypothèse, les points du doigt se sont glissés entre les points du plan déjà présents. Alors là, l'affaire se complique. En toute théorie, une infinité de points se trouvant entre zéro et un, n'est-ce pas, cela veut dire une infinité d'espaces pour les recevoir, espace peuplé de zéro quantité de matière, ou de 1 quantité de matière.

Ce serait alors comme faire couler du sable à travers un nuage, les grains se trouveraient toujours un chemin.

Mais l'image serait-elle brouillée ?

Dans ce cas, les Platiens verraient, à travers les espaces " inoccupés ", l'intérieur du doigt. Tout comme nous devrions alors, " voir " l'intérieur de notre propre doigt, avec un microscope assez puissant, sujet qui m'avait percuté de plein fouet lors de ce billet sur un pauvre léopard.

La question est de savoir si, sous prétexte que l'espace qui sépare deux membranes cellulaires étant de mettons un micron, cela " laisse la place " aux photons de passer et de revenir, " éclairant " ainsi l'intérieur de la peau.

La réponse est sans doute en partie " oui", puisque la peau est rosée, preuve qu'une partie de la lumière atteint et revient depuis les capillaires sous-jacent, teintant la couleur de la peau.

Dire qu'on ne " voit pas " plus profond, c'est dire que dans les couches plus profondes, les photons se " perdent " et ne reviennent jamais. Surtout sans doute dire que la taille n'est plus en question, et qu'à cette échelle, on a affaire à un phénomène redevenu ondulatoire, et que l'onde s'évanouit doucement entre les obstacles.

On va donc dire que cette image reste bonne, c'est ce que voit un Platien de notre doigt traversant son plan.


Maintenant imaginons le fameux solide en 4d, qui va faire irruption dans nos trois dimensions. De même que les pixels beiges ci-dessus sont bien obligés de " pousser " les pixels blancs qui étaient sur l'écran, alors le cube semblerai " gonfler " du centre, devenir un cube, puis régresser, au fur et à mesure qu'il traverserait " ns " 3 dimensions. Et quid alors des points qui étaient là avant lui ?

Va-t-il se laisser traverser, comme une nuage par un saut de sable jeté au desus de lui, aménageant l'espace ou bien au contraire les points de nuage vont-ils s'éparpiller autour, comme soufflés par l'arrivée du cube ?

On peut imaginer, comme on l'a déjà vu, les deux cas. Si le point de cube de sable prend la splace d'un point de valeur 0 (vide) alors il s'installe en ce point. Sinon, l'un des deux points se pousse, occasionnant ainsi une passionant jeu de saute-moutons, de chaises musicales, et de paire " électron-trou" des semi-conducteurs.

Donc le cube va apparaître sous forme d'un petit cuve grandissant depuis son centre, et un peu flou, comme un marshmallow, car déformé par les points " déjà en place " à son arrivée.

Tout cela paraît bien difficile à soutenir... Et ça l'est. Disons que ce qui l'est pour moi, est que les conclusions auxquelles cela amène ne sont pas cohérentes entre elles. Sans parler bien sûr du problème du point.

Par exemple ceci " L'univers ne peut répondre à aucun de nos formalismes, c'est nous qui répondons devant lui".

Dans cette phrase, le " aucun de nos formalismes " ne renvoie pas à l'attitude de la science, qui propose à l'univers des formalismes pour le modéliser. Formalismes que l'univers rejetterait les uns après les autres comme un employeur qui épluche des candidatures. Mais un jour la science trouverait le bon modèle, et l'univers serait bien obligé de l'accepter.

Non, l'hypothèse de l'infini est aussi intenable que celle de la sphère. J'en déduis que le problème des droites se rejoignent ou pas ne se pose en fait pas. Les bornes que nous assignons à ce problème ne conviennent pas.

" L'univers ne peut répondre à aucun formalisme " est un acte de foi, cette sorte d'axiome. L'idée me révolte à un point tel qu'elle m'en paraît intellectuellement insoutenable.. Et je dis bien " un point el qu'elle m'en paraît", et non " qu'elle me paraît "

 Insupportable, donc indéfendable. " Contre nature " au point de ne pouvoir exister. Je ne dis pas " L'univers ne peut répondre à aucun de nos formalismes ". Je dis bien : " " L'univers ne peut répondre à aucun formalisme "  Parce que c'est nous qui répondons devant lui d'un espace que nous déplions au fur et à mesure que notre pensée l'explore.

C'est un peu comme si une fourmi nous demandait " Toi qui es tout-puissant, peux-tu dessiner l'équation de mes mouvements ? " " Non", lui répondriez-vous, " tes mouvements n'obéissent qu'aux rencontres que tu feras aujourd'hui, aux odeurs de nourriture que tu suivras, et ce trajet se déploiera tout au long de la journée, c'est toi qui l'inventeras et l'agrandiras."

De même, l'univers se déploie devant nous comme une carte de notre connaissance. Mais notre savoir n'a pas d'équations qu'un jour l'univers pourrait nous renvoyer avec un tampon " validé".

Bien, je comptais ajouter un dernier point, mais je dois prendre un autre billet.


samedi 6 août 2016

Représentation 1c (Aulagnier 1)

Bien donc, comme je le disais, nous allons attaquer Piera Aulagnier dans le texte. L'ordre chronologique voudrait que je commençasse par la préface de VI, mais je vais tout de même faire un petit détour par IQS. Ceci parce que je voudrais augmenter mes chances d'être compris dans cette entreprise.

Pointer précisément pourquoi Piera Aulagnier écrit, c'est dire ce que j'espère y trouver. Pourquoi elle écrit, elle l'a dit explicitement elle-même, on peut donc s'y référer sans crainte. Mais ce que j'y cherche moi, je dois le préciser.

Et pour ce faire, je vais mettre dans un ordre qui m'arrange un certain nombre de citations. Ensuite, je tenterai d'éclairer un peu la démarche, avant de revenir par la suite à une lecture plus ordonnée de VI.

Ce que je cherche à baliser, c'est le rôle joué par le langage dans la double relation qui me relie aux autres et qui me relie à la réalité.

Quand je dis baliser, c'est parce que ce rôle s'exerce sur un territoire, un espace qui me sépare des autres et de la réalité. Quand je dis rôle c'est parce que sur ce territoire transitent dans un sens des représentations introjectées, et dans l'autre des structures projetées.

L'activité de communication est constitutive de cet espace. C'est à dire qu'elle le crée (en écartant les deux limites devenues frontières, lors de la défusion sein-bouche, puis mère-enfant) elle l'entretient, en le maintenant, le réduisant, l'augmentant, et elle en assure le contenu (qualité, hallucinations etc.)

Cette activité, ce rôle, ces discours nous sont imposés à un âge où nous ne pouvons remettre en question l'activité autrement que par des actes d'adhésion ou de rejet (je veux dire par opposition à la capacité acquise ultérieurement de modérer consciemment le flux) de plaisir ou de souffrance, mais dont nous ne pouvons en revanche pas du tout modifier la structure, puisque nous ne sommes pas conscients encore que ce flux a une structure. Pour la bonne raison que nous la confondons encore avec la réalité.

Nous savons maintenant que cette structure est celle d'un langage. C'est autre chose que je cherche. C'est pourquoi je vais " tirer à moi " Aulagnier, ce qu'on ne doit pas faire mais je le dois aux besoins de ma démonstration.

Je précise donc que ce texte n'est pas une présentation du travail de Piera Aulagnier, même s'il reste que j'espère qu'il donnera envie de le lire. Ce texte est une suite d'extraits, alignés par moi pour servir ma perspective propre.

Commençons par IQS, page 247 :

" L'analyste a et aura toujours affaire à une rencontre psychique au moins un Je est présent : c'est à dire un fonctionnement psychique (s'agirait-il du premier jour de la vie de l'infans) qu'il ne peut entendre, comprendre, et auquel il ne peut répondre qu'en faisant appel, quelle que soit la violence interprétative que cela suppose, à la manière dont son propre Je se rend pensable le vécu psychique d'un autre".

Ceci posé, passons à la page 251 du même ouvrage :

" Préserver contre vents et marées les investissements nécessaires pour que la vie soit possible est une tâche fatigante et dont il arrive que le Je découvre la part d'absurdité qu'elle comporte. Mais comme le Je est dans l'obligation de lui trouver une cause (à la souffrance) et qu'il serait bien trop risqué de s'en remettre à la dure " cécité " des lois qui le régissent, il va attribuer à un acte, un évènement, une situation, susceptible de se prêter à une imputation causale qui fasse sens, qui soit éventuellement modifiable, qui respecte la catégorie du vraisemblable et lui évite de faire appel à la causalité délirante".

La note 1 de la page 257 :

" Si la conversion hystérique et certains accidents somatiques nous montrent ses possibles conséquences dans le registre du Je et du corps, il ne faut pas oublier que ce " double saut " est constamment à l'oeuvre dans les représentations qu'originaire et primaire tout au long de notre existence se forgent des conséquences affectives qui accompagnent cette rencontre (et parfois cet affrontement) psyché-monde qui dure le temps de notre vie."

Je rappelle que pour Aulagnier, les activités originaire et primaire, donc la production de leurs représentations, durent également toute la vie. Nous reviendrons sur la place donnée au corps par Aulagnier, première métonymie de la réalité, par le surgissement d'un " hors-soi " autonome.

Aulagnier n'aura cessé de s'interroger sur " ce qui vient troubler ses convictions", et parmi les causes de trouble, réservera une place particulière au discours psychotique. Elle va renverser, et elle le dit elle-même, la direction habituelle qui consistait à imposer le modèle au cas, comme on pratique une imposition des mains, et remplacer cette attitude par un accueil : elle va se laisser déstabiliser par le discours de son analysé, elle va adoucir la violence de l'interprétation.

Quelque part, elle va se laisser analyser par le discours psychotique, afin de pouvoir profiter de cette aide extérieure, de la force du mouvement extérieur, comme dans le Judo, pour mieux renverser et fracturer les certitudes de son modèle, et ainsi le faire évoluer.

Cette précaution scientifique qu'avait Freud, de remettre en question ses hypothèses, et on constate l'emploi constant qu'il faisait du " nous", qui dédouble le penseur, Aulagnier la prolonge en quelque sorte par un exosquelette : elle se laisse structurer par la structure de l'autre, cette dernière fût-elle qualifiée de pathologique, pour mieux trouver la vérité dans l'entre-deux.

Cet espace entre deux vérités individuelles, je le mets en regard de l'espace entre deux hypothèses intellectuelles, que j'évoque ici (Droite réelle et Cantor). Dans le cas d'Aulagnier, on se met en danger pour trouver la vérité entre deux vécus qui ont chacun la leur, dans l'autre on s'illusionne dans un espace entre deux pseudo-réalités.

Dans une vision politique, on dirait que l'une risque sa peau dans un métier décrié pour sauver des vies de personnes en danger, et que l'autre ronronne dans les amphis d'une institution où la science a pour but d'aider la civilisation à se " donner des airs".

Mais bref. Nous sommes toujours dans les généralités, page 263 d'IQS :

" Si on considère ce travail psychique grâce auquel le Je réussit à poser une liaison entre cette épreuve (la souffrance) et ses causes, on est frappé par le côté composite des mécanismes auxquels il fait appel : invention, répétition, plaisir, rêve, quête de connaissance, oubli, déni...

C'est dans cet étrange amalgame que je verrais la cause, et cette fois j'ajouterais nécessaire et suffisante, de cette part de folie et de cette part de génie, de ce désir de vérité et de ce besoin de s'aveugler, qui sont le propre de l'homme, de sa pensée, de son désir.

 Je disais dans mon introduction  que l'apport le plus sûr que l'analyste puisse fournir à une recherche sur la pensée et ses troubles, est peut-être ce que sa pensée démontre quant aux effets sur son propre fonctionnement de toute théorie qui la prend comme objet.

En réfléchissant sur l'impact de la théorie de Freud sur la (ma) manière de penser et de comprendre la souffrance, d'interpréter les causes de cette exigence d'investissement qui est le prix psychique dont nous payons notre vie, les raisons de l'inévitable conflit que rencontre ce travail de penser qui doit faire pactiser le principe de plaisir qui le régit, avec ce principe de réalité qu'il ne peut récuser sans s'auto-désinvestir, je crois avoir montré les effets de cette théorie sur le fonctionnement de ma pensée chaque fois qu'elle s'interroge sur les affects qui viennent troubler mes convictions et mes investissements.  "

On entend bien parler là de se laisser déstabiliser par l'autre, plus profondément qu'un simple appel au débat, et comme si, parmi les outils propres à une auto-analyse aidée par l'autre, le discours psychotique était un outil de choix. Voyons cela plus en détail.

Je rappelle que pour le point qui m'occupe aujourd'hui, je saute de point de capiton en point de capiton, mais qu'il convient de lire le texte en entier, tant les idées sont soigneusement amenées au fil de la pensée couchée par écrit. Notamment pour lire, en filigrane, ce lien constant qui est fait au langage et au savoir (cf. p. 277 la réflexion sur la fourchette) qui amènera à cette confrontation avec le savoir de l'analyste.

La structure même de la relation instaurée, en tant que phénomène humain, par la cure psychanalytique est une donnée nouvelle dans l'histoire de la culture. Il ne s'agit plus d'un débat d'idées, successeur de la disputatio ou de la maïeutique, non plus de la " remise en question " d'un point de doctrine, mais de la " mise cause " d'une psyché humaine par une autre, sur le terrain des certitudes fondatrices.

Je passe également sur la notion de distance évoquée page 283, mais je la garde en mémoire, c'est d'une importance cruciale, cf. par exemple ici.

En guise d'introduction à ce qui suit, je citerai ceci :

" J'assiste toujours avec le même étonnement au surgissement, dans le discours psychotique, d'une sorte de vérité ultime inaccessible aux autres humains, peut-être parce qu'incompatible avec le leurre qui nous permet de vivre.

Vérité qui dépasse la dimension du simple insight pour prendre valeur d'un message que seuls pourraient déchiffrer ce qui nous parlent du fond de ce gouffre, dont nous nous contentons de prospecter timidement les bords".

Ainsi Aulagnier a-t-elle le courage d'écouter réellement, plutôt que de se contenter des rapports sur les abords du gouffre. L'interprétation, par cette écoute, devient déchiffrement. Elle laisse exister le sens hors du symbolique convenu, et là, j'ai l'ongle dans la même fente qu'elle, car nous voyons sur le roc se dessiner une ligne brisée lumineuse, preuve scintillante qu'en son sein s'activent des choses  que nous ne connaissons pas encore.

Comme elle le dit, ce qu'il faut écouter dans le discours d'Aulagnier, plus que ce qu'elle pose, c'est par delà cela, ce qu'elle explore, le long de cette frontière. La frontière de l'être et du langage, connue depuis le cogito, révélée par le jeu de mots, instituée par l'Autre, et ici enfoncée dans les profondeurs de l'être comme bord d'un gouffre, ce qui m'intéresse hautement, puisque cela ouvre une nouvelle " dimension".

Si je suis dans la dimension, celle de de mon parler, alors nous, je et toi, sommes dans un espace où nos parlers s'interprètent mutuellement.

Le leurre qui permet de vivre tisse comme un filet, qui permet de marcher au dessus du gouffre. Faire un accroc aux mailles, détendre le filet, c'est descendre d'un cran dans le vide. Ce qui m'intéresse c'est pourquoi à un moment, cette nécessité impérieuse va nous paraître une nécessité qui poussera à prendre le risque de se couper des autres et des rassurantes explications.

Pourquoi cet attrait d'une vérité brillante au fond du gouffre ? Pourquoi cette sensation que s'ouvre ici une autre dimension de l'être ?

Maintenant, arrivons-en à Wolfson. Les pages qui suivent ouvrent le chapitre 11 d'IQS, intitulé Le sens perdu ou le "schizo" et la signification.

J'extrais les lignes de la première partie " Pour qui écrit Wolfson ? ", page 295 :

" Ce que nous dit Wolfson, entre autres, c'est que la raison ne peut préserver sa logique qu'au prix d'une mise à l'écart de ce qu'elle ne veut ni ne peut savoir afin de sauvegarder son ancrage à sa réalité. Le clivage que la raison préserve entre vérité et réalité, le jeu de poursuite et de fuite que ces deux concepts se livrent, le savoir de l'homme courant derrière une preuve de vérité dernière qui à chaque fois se dérobe, cette poursuite et ce clivage ne sont pas identifiables au jeu schizophrénique mais l'écart que la raison ne peut annuler entre ce qui est, ce qui est dit et ce qu'elle prétend en savoir, y compris sur l'écart, n'a rien à envier quantitativement  * à cet autre écart que creuse la déraison. Cette similitude quantitative est au coeur de la fascination inquiétante, du sentiment d'unheimlich que donne l'oeuvre de Wolfson : la différence entre la logique de la folie et la logique de la raisonne prétend pas s'annuler, bien au contraire elle semble parfois nous offrir la réassurance de son irréductibilité. Mais, justement parce que cette différence paraît reconnue et revendiquée par le narrateur, justement parce que le " fou " vient dire pourquoi il est " différent", et dire ce qu'il sait sur le pourquoi de la différence et aussi parce que du savoir il montre la nécessité, la fonction et le mécanisme, il nous est suggéré qu'il se pourrait bien tout savoir trouve sa raison d'être première dans l'exploit nécessaire à l'homme pour qu'une signification soit sauvée malgré ce que l'affect, l'intention, le désir, risquent de dévoiler comme l'autre face du sens manifeste de tout énoncé, comme cette autre scène où la chose vient peser de tout le poids que lui donne sa représentation fantasmatique **. Tout au long du livre, l'auteur use du savoir (écrire, observer, expliquer, créer) avec une aisance qui, poésie en plus, n'a rien à envier au savoir supposé propre à l'expert en sciences humaines ou au romancier. Et rien ne nous servirait de dire que la différence réside dans le fait que l'activité du second aboutit à une création littéraire ou scientifique alors que celle de l'auteur tournerait à vide car, dans ce cas, elle aboutit bel et bien à l'oeuvre que ce livre et que sa publication représentent. Cette oeuvre, cette production répond-elle aux lois de l'échange et vise-t-elle cette mise en circulation, cette offre d'elle-même qui différencie produit autistique et produit d'une énergie sublimée ?

Nous voilà ramenés à la question du départ : pour qui écrit Wolfson ? Ce travail entrepris et conduit à son terme; la publication, a-t-il été le simple prolongement d'une activité autistique et érotisée, un parmi les mécanismes défensifs possibles du sujet (et on pourra entendre parler de l'obsessionnalisation de la schizophrénie comme mode de guérison) ou, au contraire, ce travail qui, comme celui de l'accouchement, vient donner jour à un livre dont le matériau paraît bien être chair de la chair de l'auteur, partie prenante de son corps et de son discours, représente-t-il un morceau arraché à soi-même et offert sur l'autel d'une communication devenue possible ? Est-il la livre de chair grâce à laquelle un champ de signification commun est retrouvé, le prix payé pour que le " schizo" puisse entant qu'auteur nous tendre une main qui le désigne comme notre frère en signification ? Laissons pour le moment la question en suspens... "

Notes de PA :

* " Ce qui n'autorise pas à faire de la différence qualitative un facteur secondaire, permettant d'assimiler le concept d'aliénation sociale, au sens large du terme, à celui de psychose, au sens freudien "

** " Concernant le rôle que Deleuze assigne au simulacre nous renvoyons le lecteur à ce qu'il en écrit dans La Logique du Sens. On y retrouvera aussi une première étude sur Wolfson à partir de l'extrait du livre qui était paru dans Les Temps Modernes.

------------ Fin de citation

Tout ceci pour dire que l'oeuvre artistique est bien posée " à la place de ", au deux sens du terme, c'est à dire à la place qu'elle aménage dans l'espace de, au lieu même de la rencontre avec l'autre, et à la fois " plutôt que ", c'est à dire plutôt que du silence ou de la non-communication.

" Notre frère en signification " institue bien celui à qui je parle comme " mon prochain", que je prends ici dans son acception la plus basse, celui qui me jouxte dans le vide.

Vous allez me dire que c'est une évidence, ce que je balance là, cela a toutes les couleurs de l'évidence. Certes, sauf que si on me l'accorde, cela veut dire que l'oeuvre d'art prend place, telle une pièce du jeu de dominos, dans l'espace qui me relie aux autres. Donc que ses dimensions peuvent être arpentées en usant de la même symbolique que celle qui nous relie les uns aux autres.

Or cette symbolique, puisqu'elle nous est commune à tous, nous est compréhensible à chacun de nous, sans médiation. C'est le moment du rêve, où nous n'avons pas besoin de nous expliquer la symbolique du rêve. C'est une fois éveillé, que la symbolique du rêve nous pose problème.

Je pense que si on pouvait communiquer à une personne en état de rêve le contenu du rêve d'une autre personne, le rêveur recevant la transfusion aurait la même transparence quant à une interprétation qui ne lui poserait aucun problème. Ou du moins qui ne lui poserait pas de problème de grille fondamental, quant au mécanisme d'interprétation.

Il faut bien entendu lire les pages suivantes, notamment les § d'incipit " Le chemin qui va des désignations..." et " Ce discours lui assigne une signification ...".

Mais revenons à Aulagnier. Nous avons fait un détour par IQS, qui suit chronologiquement VI. Et c'est pourtant le même esprit qui préside au but de l'étude, lorsqu'on lit la préface de VI, et dès la première page :

" Trouver un accès à l'analyse de la relation qu'entretient le psychotique avec le discours. [...]

La dette contractée par nous depuis longtemps avec le discours psychotique est loin d'être réglée ".

Je note qu'on est passé d'un terme : "  la relation du psychotique à " le discours " (donc lequel ?) " à un autre terme : " le discours psychotique ".

C'est donc que le " discours psychotique " témoignerait du ( en lui-même, contiendrait des éléments d'appréciation capables de dire quelque chose sur le) lien du psychotique à " le " discours.

" Le " discours semble être : " le discours non-psychotique", ou encore " un discours débarrassé de tout rapport avec le psychotique ". C'est un peu comme les personnes qui lors d'un repas, ne veulent pas finir l'assiette d'un autre parce que son frère, sa soeur.. a " mangé dedans".

On peut faire observer qu'ici, il n'y a qu'un seul plat et que nous mangeons tous dedans. Mais c'est bien cela qui va gêner Aulagnier au point qu'elle devra revenir sur son modèle de compréhension.

Passons, mais gardons cela dans un coin. Donc de quelle " dette " s'agit-il ?

" C'est à ce discours que nous devons d'avoir perdu définitivement toute illusion sur la puissance d'un modèle dont l'application ne rencontrerait plus d'anomalie. A ce rappel salutaire, nous ne pouvons qu'offrir en échange l'espoir que notre construction permette une écoute plus sensible, plus attentive à son message.

Confronté à ce discours, nous avons souvent éprouvé le sentiment que nous le recevions comme l'interprétation sauvage faite à l'analyste de la non-évidence de l'évident. Cette épreuve, qui n'est pas toujours facile à supporter, est la seule qui donne droit à l'analyste de parler d'une aventure, celle du psychotique, qu'il n'a pas, le plus souvent, vécue subjectivement. Sur un point nodal en effet le psychotique et nous-même nous retrouvons dans un rapport de stricte réciprocité : l'absence d'un présupposé partagé lui rend notre discours aussi discutable, questionnable, et privé de tout pouvoir de certitude que peut l'être le sien pour notre écoute "

Voilà, c'est moi qui souligne. Elle a mis le doigt sur le noeud du problème. Elle a bien perçu que le socle de l'édifice est cette foi à l'origine du " pouvoir de certitude ", foi dans un commun du discours transformé par là en commun ontologique.

Croire au socle commun du discours, en son consensus, c'est s'assurer une solidification du sentiment d'exister. Plus on croit, plus la solidification est forte. Plus je crois dans la formule " Je suis français", plus forte est ma foi dans le fait que cette formule qu'on m'a livré a un sens, d'autant plus forte est en moi la partie initiale de la formule : " Je suis".

Continuons page 14 :

" Deux discours se rencontrent et chacun se révèle à l'autre comme le lieu où surgit une réponse pour laquelle aucune instance tierce ne vient plus assurer le bien-fondé, lieu où tout énoncé peut être requestionné radicalement, où plus aucune évidence n'est assurée de garder ce statut pour l'autre psyché".

Alors là on touche encore à un point important. L'enfant versant psychotique, pour peu qu'il ait le malheur d'être en plus un peu raisonneur, se heurte répétitivement à un casse-tête : Soit je n'ai pas compris la logique du monde, et il faut que je réarrange tout pour trouver ce sens qui semble leur être une évidence, soit ils mentent tous comme dans le conte " Les habits neufs de l'Empereur".

Ils mentent en prétendant détenir une vérité sur le monde. Ils mentent parce que ce qui donnerait cette cohérence à la vérité, qui la différencie du chaos, et par là l'en sauve et la désigne comme vérité, ils ne le possèdent pas. Ils savent l'avoir remplacé par l'obédience à un autre ordre, l'ordre social du monde, et ils n'avouent pas l'avoir fait.

Le casse-tête est cruel. D'une part recomposer sans cesse le monde parce qu'on pense en avoir une version erronée, c'est occuper l'esprit à user son énergie psychique pour trouver une solution qui n'aurait pas à être cherchée si...

D'autre part, remettre en question le monde des adultes, admettre cette vérité que peu leur importe la vérité, du moment que la soupe leur est servie à la fin du mois, c'est acquérir du monde une noire vision pour un enfant.

Mais on en arrive vite hélas à la conclusion que seule une de ces deux possibilités explique la situation d'incompréhension. Il faudra donc récuser en bloc la " vérité " du monde des adultes, ou plutôt faire son deuil de la croyance qu'ils " parlent vrai".

Reprenons l'avant propos de VI page 14 :

" La rencontre avec le psychotique n'a quelques chances d'être pour lui positive et autre chose qu'une pure violence exercée au nom d'un " savoir supposé", et bien à l'abri dans la tête d'un des interlocuteurs, que si ce dernier est prêt à reconnaître que les deux discours dans leur référence à l'évidence sont dans un strict rapport d'analogie."

Je répondrai en forme d'hommage qu'on n'a pas tous les jours la chance de rencontrer la pensée de Piera Aulagnier. Personnellement, j'aurais envie de dire que cette précaution me semble une bienséance préalable à tout dialogue, mais poursuivons.

" La psychose met en cause ce patrimoine commun de certitude, dépôt précieux qui s'est sédimenté dans une première phase de notre vie psychique et dont nous réalisons tout à coup qu'il est la condition nécessaire à ce que nos questions fassent sens à nos propres oreilles et ne nous projettent pas dans le vertige du vide " .

Outre la justesse du propos, je voudrais faire remarquer que le patrimoine commun n'est pas de culture ou de référence, mais de certitude, et que cette dernière s'est sédimentée. C'est important car cela pointe que l'essentiel n'est pas dans le contenu, mais dans la foi qu'on y accorde. Ce qui nous empêche de tomber dans le vertige du vide, ce n'est pas que nous soyons dépositaire de telle ou telle culture, mais que nous y croyions.

D'où la justesse de l'analyse du versant psychotique. Dès sa plus tendre enfance, le psychotique a vu s'avancer les autres pris dans des filets qu'ils ne voient même pas. Il n'a pas avalé les structures du langage telles quelles, il ne les a pas gobées sans rien dire. Il a bien vu qu'on les avait mélangées à de la croyance, et il a recraché la soupe dans le pot de fleurs.

Il a bien vu que cette abdication de la raison finale, c'est le prix payé pour conserver l'estime de la horde et sa place autour du feu. Il a bien vu qu'elles ne reposaient sur rien, leurs certitudes, que sur la certitude que conserver l'ordre social bâti sur ces fumerolles, c'était permettre de conserver les privilèges de classe, et que poser des questions, c'était déjà cracher dans la soupe.

Certes il lui a bien fallu en avaler un peu, pour se structurer, pour comprendre les autres, et surtout pour éviter de leur répondre trop " à côté ", comprenant qu'on l'aurait interné pour moins que ça.

Poursuivons :

" Confronté à la psychose, nous avons découvert, non pas simplement que le modèle de Freud laissait sans réponse une partie de ces questions, mais, fait plus décisif pour notre démarche, que l'application de ce modèle à la réponse que ce discours suscitait en nous-même laissait hors champ une partie de notre propre éprouvé. "

Voilà une belle honnêteté intellectuelle et un respect de la démarche scientifique bien digne de Freud.

J'aurai à revenir longuement sur l'interprétation d'Aulagnier, concernant la certitude, la vérité et le savoir.



Je ne sais pas si l'important n'est pas tant cette certitude et cette vérité sur un savoir ultime " seul détenteur de vérité ", deuil que le psychotique ne saurait pas faire, castration qu'il n'aurait pas su opérer ou qu'on n'aurait pas su lui faire conduire. Alors que l'analyste, non psychotique lui, saurait se mettre à la place de "celui qui ne sait pas tout". Mais on a vu avec quelle difficulté.

Car le problème est que ce serait supposer que le psychotique adopte cette attitude, or c'est précisément celle qui l'a empêché de sceller pour sa part le pacte social.

Et ce que qui l'a amené là, c'est qu'au cours de la rencontre inaugurale sujet discours, il a eu le sentiment de participer à un crime, le viol du sacré.

Le péché contre l'esprit, le pire des crimes, l'impardonnable, c'est de voler le sacré, ce qui ne se vend pas : le corps, la langue.

C'est dérober la statuette du dieu, la remplacer  par une fausse, et vendre la vraie. C'est tuer la poule aux oeufs d'or. C'est substituer le mensonge à la vérité, c'est ne pas avouer que les choses sont ce qu'elles sont non pas justement parce qu' " elles sont ce qu'elles sont", parce que " c'est comme ça", parce que " c'est la vie", parce que Dieu, la Physis ou autres divinités auxquelles je ne connais à la vérité strictement rien, l'auraient voulu ainsi.

La vérité, c'est que les choses sont ce qu'elles sont parce que les classes au pouvoir organisent l'économie de façon à ce que le monde soit transformé dans une certaine direction et avec certains effets.
Voilà la vérité, si honteuse à dire qu'on organise un spectacle abracadabrant pour la dissimuler.

Je voulais poser ceci en préambule de ma recension des occurrences de la représentation chez Aulagnier pour qu'on en comprenne l'esprit. Il faut que je comprenne à mon tour, c'est ma dette de travail, comment le concept de représentation, central, et donc constituant axe qui disparaît, puisque le reste tourne autour, s'articule avec les trois instances originaire, primaire et secondaire.

C'est à dire comment, lorsqu'on admet le plus profondément possible le discours de l'autre comme la marque d'une évidence première, certes remodelée par le symbolique, mais marquée de la subjectivité, ce concept de représentation continue de fonctionner au cours de l'évolution de la vie psychique.

C'est à dire comment ce processus, du statut de concept abstrait, peut passer à celui de mécanisme réel, biologique, qui fait en quelque sorte la " soudure " entre la Réalité, la Rréalité, et la réalité, c'est à dire entre d'une part un hors-soi dont le prototype est le corps propre, un " vécu devenant commun " sur la scène où le fantasme rejoue sans fin ses actes, pièces, au sens dramatique, dans la longue agonie du crépuscule, et d'autre part cet espace symbolique conscient dont la structure est véhiculée par le langage.

Nous avons une culture commune de ce qu'est la représentation du langage, puisque c'est sa fonction même. Ce qui inclut la littérature. Nous avons une culture immémoriale de la représentation artistique, picturale, théâtrale, musicale, ou utilisant le langage.

Mais il reste l'originaire. C'est de lui qu'il faut repartir pour tenter de comprendre dans la pensée d'Aulagnier comment se relient la notion d'être à celle de réalité. Comment le dispositif de représentation peut-il passer d'une dualité plaisir/souffrance à la récusation, mienne cette fois, pour des motifs de " moralité " du pacte symbolique ?

Un pictogramme n'est en rien moral. Le pictographique ne connaît que l'harmonie de la structure sans loi (ou sans autre loi que l'apposition plaisir/souffrance), la cohérence d'un tout que chaque touche n'a d'autre raison d'être que de contribuer à créer. Ce serait donc qu'au cours du primaire, une sorte association s'est opérée à un moment entre le beau, le bien et le vrai.

C'est cette liaison que le " compromis " social fait voler en éclats. Dès lors, il devient " compromission", souillure, faute. L'univers est moralisé d'un bloc, la Chute précipite le parlant dans un péché continuel : celui de faire croire à l'enfant que ce qu'on lui dit est la vérité, à charge pour lui de découvrir que c'est faux.

L'excuse sera bien sûr que " la vie c'est comme ça", " il faut bien", "on ne peut pas faire autrement, etc. "

Mais peu importe. Il y a autre chose. Admettons qu'il y ait un plaisir esthétique. Admettons qu'il y ait harmonie. Cela entraîne-t-il qu'une représentation pictographique " harmonieuse", soit associée à un sentiment de cohérence intellectuelle, de " justesse ", et par là de " justice", le beau entraînant le vrai, le vrai soutenant le juste ?

A l'inverse une représentation graphique " laide " (disharmonieuse) serait-elle automatiquement associée à quelque chose de faux, et donc quelque chose de mauvais ? En d'autres termes, comment peut-on imaginer lier les registres régissant l'originaire au registres régissant le secondaire ?

Dans ce cadres, faut-il imaginer la scène du primaire comme lieu d'une " transition " entre ces deux régimes ?

Voilà pourquoi cet article, pour dire que je tire à peine Aulagnier à moi pour examiner comment on passe de l'un à l'autre de ces secteurs.

Comment on peut forcer l'esprit à se laisser redevenir une machine à remonter le parcours temporel de la construction de ce propre esprit, pour revenir à " l'impensable avant que nous avons tous partagé " (VI, avant-propos page 18) dont parle Aulagnier (et cf . IQS, et page 331 : " la primauté temporelle du ' langage pictural ', ' l'analyse de ce premier langage nous prouve l'universalité d'un ensemble de thèmes picturaux que chaque peintre se trouve dans l'obligation d'exécuter de re-produire dans et par ses premières compositions '... "  ) ce temps où tout se parlait à nous-mêmes, non en mots mais en images.

Vous l'aurez compris, c'est la philosophie du langage à travers laquelle je cherche à creuser un trou de ver. Si on comprend comment l'articulation de la représentation en mots succède à celle de la représentation en images, alors l'étude des mécanismes symboliques du secondaire (ce que tous appellent appellent " le langage", et la linguistique son objet d'étude) devient une entreprise aussi utile que passionnante, mais dont je peux me dispenser pour me consacrer à plus difficile et plus précieux : défricher ce continent inconnu qu'est l'originaire.

Je reviens donc à mon propos liminaire. Ce que j'ai découvert chez Aulagnier, c'est la confirmation de mon intuition, mais ce qu'il me reste à y trouver, parce que ce n'était pas son propos et donc que les indications sont dispersées, c'est ce que ses découvertes (au sens scientifique du terme) peuvent apporter au travail de mon moulin.

Du plaisir de voir, on passe au désir d'élucider, trouver les causes et les conséquences du vu. Mais ne peut-on aussi dire que l'inverse reste vrai, et que la connaissance se donnerait comme but ultime la possibilité de se rendre et de rendre visible son connaissable et son connu." (IQS p. 334)
 Lorsqu'on sait que le haut de cette page est consacré à la découverte visuelle du sexe de la petite fille par le petit garçon, on emballe vite fait une partie de la culture humaine, et notamment le fait que le langage se propose comme objet de désir substitutif à la vue, comme s'il y avait un " super plaisir " un en plus de jouissance à découvrir, caché dans le monde, comme le plaisir serait caché dans le sexe de l'autre.

Si " la pulsion scopique sert d'étayage à la pulsion épistémophilique ", alors, et c'est la que je tire le propos à moi, c'est de l'expansion continue du désir, renouvelé en chaque être vivant, que provient l'expansion de l'univers, comme espace où ce désir doit habiter. Le désir " déplie l'espace " c'est cela qu'il nous reste à prouver.

Mais il faudra passer par une marche minutieuse le long du sentier de la construction psychique, pour comprendre comment les phénomènes de représentation permettent cela. Même si la caution ici présente nous permet des pas plus assurés.

Je vous laisse lire la suite, vous y découvrirez non seulement un trésor d'intelligence, mais des liens avec mes billets suivants.



jeudi 28 juillet 2016

Le zéro et l'espace, suppression du 5, torchon, peigne

D'une part, cet article fait suite à je ne sais plus lequel, où je me demandais quel serait l'effet d'enlever le nombre 5 de la liste des entiers dits " naturel". Eh oui, comme les réels, les nombres sont pourvus par les mathématiciens d'un poids de réalité.

Je vise ici " l'invisable", cette entité dont les instances peuplent notre imaginaire, et dont ce dernier peuple la réalité. On se souvient de mon célèbre " Un maire mérite-t-il la confiance de ses administrés ? " et du non moins fameux " Henri VIII était-il gay ", lesquels prouvent que le langage non seulement ne relate pas la réalité mais encore n'est pas en rapport avec la réalité.

Nous verrons avec l'étude de Laurier, et notamment l'exemple de la dénotation de la lune, les embarras inextricables que la philosophie du langage a su faire mousser sur ce point. Je me contenterai donc d'ajouter une prise à mon tableau de chasse : " Bob Dylan est-il plus célèbre que Robert Zimmermann ? ". A rebours, la question permettra de départager les irréalistes, comme nos amis prétendus scientifiques d'outre-atlantique, grands modélisateurs de robots ménagers devant l'Eternel, des réalistes, pour qui la réponse est " oui " sans doute possible.

L'invisable sont ces points du réel que le langage ne peut atteindre, tout simplement parce que les points du réel qu'il atteint s'avère être une fausse réalité. Les nombres, prototype du signifiant, participent depuis longtemps à cet invisable, ils le peuplent, ils l'on colonisé très tôt dans l'imaginaire humain, permettant de formaliser le support imaginaire de la chose.

Je donnerais cher pour assister aux premières réunions entre hominidés qui eurent pour but de propager la notion de cardinalité. Car je suis venu à cette idée en imaginant, au cours de l'hominisation, comment a pu se passer le moment de l'émergence de la notion de cardinalité. Une femme, posant un caillou à côté d'un autre, puis une brindille à côté d'une autre, et tentant de faire comprendre à sa compagne (c'était un couple homosexuel de la Rift Valley) que ce qui l'intéresse dans l'analogie, c'est le nombre deux qui est commun aux brindilles et aux cailloux, et non pas ces objets (1).

Donc d'autre part, et pour faire un peu suite à la note 2 de cet article, je voulais dire un petit mot de ce brave zéro, au nom duquel tant de nos camarades sont morts sur les barricades.

L'idée que je caresse ici est en lien avec celle que j'avais évoquée une fois, à savoir ce qui se passe si je retire le 5 des entiers naturels, comme on tire d'un coup une boîte de chaussure dans une pile, ou un produit dans un distributeur automatique.

Lorsque je propose cette idée alentour lors d'une conversation, la réponse est la plupart du temps (le reste étant incompréhension pure) " cela dépend si les autres sont au courant". Ils prennent la suppression du nombre 5 pour une interdiction d'utilisation.

Il est donc intéressant de constater que le nombre 5, même une fois dépossédé de son " agrément d'utilisation ", continuerait d'exister. Il suffirait de " promulguer le décret", de " propager la nouvelle". Pourtant, je précise bien à chaque fois que ma question est de savoir s'il serait aussitôt remplacé par le nombre 6, comblant le vide, ou pas.
Avec bien entendu les problèmes connexes, à savoir que 26 serait le produit de 6 par 6 etc. Je passe sur le budget du projet migration 05, qui explose.

Peut-on supprimer le nombre 5 ? Et si on commençait par le zéro, c'est peut-être plus simple ?

En tant que chiffre, zéro est noté sous forme d’un petit cercle : 0. Il est utilisé pour « garder le rang »2 et marquer une position vide dans l’écriture des nombres en notation positionnelle.
En tant que nombre, zéro est un objet mathématique, également noté 0, permettant d’exprimer une absence comme une quantité (nulle) : c'est le nombre d'éléments de l’ensemble vide. Il délimite les nombres positifs (+) des nombres négatifs (-). Il est le plus petit des entiers naturels. Ses propriétés arithmétiques particulières, notamment l’impossibilité de la division par zéro, impliquent parfois de traiter son cas à part. Il sépare les nombres réels en positifs et négatifs et tient lieu d’origine pour repérer des points sur la droite réelle.
En algèbre, 0 est souvent utilisé comme symbole pour désigner l’élément neutre pour l’addition dans la plupart des groupes abéliens et en particulier dans les anneauxcorpsespaces vectoriels et algèbres, parfois sous le nom d’élément nul. Il est aussi l'élément absorbant pour la multiplication.
Les Babyloniens ont utilisé les premiers, un peu plus de 200 ans av. J.-C., une forme de chiffre zéro à l’intérieur d’un nombre (par exemple : 304) mais jamais à droite du nombre, ni à gauche. C’est l’Inde qui, en reprenant l’héritage culturel des Grecs, perfectionne la numération. Elle n’utilise pas seulement le zéro comme notation à la manière babylonienne, mais aussi comme un nombre avec lequel opérer. Notion et notation indiennes du zéro sont ensuite empruntées par les mathématiciens arabes3 puis par les Européens.
Il faut noter la place particulière des Mayas, seuls arithméticiens de l’Antiquité à définir deux zéros, l’un cardinal, l’autre ordinal, comme l’illustre le verso de la plaque de Leyde4. "
L'affaire se corse. Le zéro " en tant que chiffre " est utilisé pour " garder le rang". Disons qu'en décimal, il est utilisé pour " pousser le un vers la gauche", et signifier que ce un désigne alors le nombre de dizaines, et non plus d'unité.

En effet, l'espace réel n'ayant pas d'origine, donc de zéro, les chiffres aménagent en son sein un espace de représentation imaginaire, où " l'origine " est située en bas à droite du dernier chiffre. Ce qui a été repris d'ailleurs dans les noms de domaines, cf. www.xyz.com. (avec le point à la fin)

C'est donc une quantité nulle qui vient oecuper l'espace réel d'une autre quantité, disons une quantité convenue de l'espace [0,1] c'est à dire un incrément dans les intervalles définis avant le retour du signe de ' la dizaine' etc.

Cet intervalle s'étend sans aucune difficulté, cf. l'hexadécimal, autre déclinaison du binaire, mais pourrait-on le " réduire". Le binaire " dénombre " l'espace. Il le pourvoit de quanta, le découpant en intervalles soit vides, soit pleins, qui " épellent " les formes possibles, d'ù son succès à tout " numériser", y compris les images, et bientôt les volumes.

Mais de quel vide est fait cet espace que le zéro installe, poussant les autres signes à gauche et à droit. Il le peuple d'un déficit de un, mais d'un plein de zéro, qui n'est rien, juste de l'espace. C'est donc que l'espace n'est rien. On peut l'évider à volonté.

Bien sûr : L'espace, comme les nombres, comme l'univers, est en expansion, il est donc " infinitisable " à volonté. Les nombres, comme l'espace pourront toujours se pousser pour qu'on y mette plus de chiffres.

Mais au fait, il semble que le zéro en tant que nombre " utilisable" soit apparu bien plus tard que le zéro en tant que " signe de rang".

En tant que nombre, il permet d'exprimer " une absence", ou " une quantité nulle". Diable, voici des choes bien difficiles à exprimer, et qui sont de nature différentes, d'ailleurs.

Une absence, mais de quoi ? D'une chose dont le zéro signe la " non présence". Ma maman est partie, mais sa place est toujours là, elle pourra venir la réoccuper d'un instant à l'autre.

Une quantité nulle. Là c'est plus simple. J'avais un pois chiche devant moi, il n'y est plus, c'est donc que tu me l'as volé. J'avais deux pois chiches devant moi, il n'y sont plus, c'est donc que tu me les as volés. J'avais trois pois chiches devant moi, il n'y sont plus, c'est donc que tu me les as volés. etc.

Il vous suffit de prendre la phrase avec un, de constater ce qu'il vous faut changer pour la transformer en " phrase à deux pois chiches", et vous aurez la place du zéro en tant que nombre, la création des entiers négatifs etc.

Arrivons-en maintenant au morceau de choix : " Il sépare les nombres réels en positifs et négatifs et tient lieu d’origine pour repérer des points sur la droite réelle."

Il " tient lieu d'origine ". Répétons ce verset à haute voix pour nous pénétrer de sa suavité, mes frères. Un signe, devenu objet mathématique, représentant une quantité vide, a été chargé de " tenir lieu", donc un lieutenant, un représentant de quoi, de l'origine.

Sacrée promotion, tout de même. Et d'origine pour faire quoi ? Repérer les points sur la droite réelle. Laquelle a une réalité qui m'effarouche de plus en plus. Tu parles d'un repérage...

Je vous laisse conclure vous même, ça vous fera de la place pour le reste. Je vais faire mon Einstein, postuler qu'il suffit d'ouvrir le 0 en deux, ce qui donne deux signes 0( (zéro gauche), parfois noté α et )0, (zéro droit), parfois noté alpha à l'envers :),  entre lesquels on peut caser le reste de l'univers, ce qui permet de résoudre la plupart des paradoxes où intervient l'infini (énergie infinie qui permet de dépasser la vitesse de la lumière etc.) Faites les calculs, vous verrez.

Bon bref, une fois ce ménage trop rapidement fait sur le mode de la plaisanterie, on va pouvoir aborder ultérieurement, avec le sérieux qu'elle mérite, la question de la suppression du 5.

A revenir voir (ainsi que note 2).

Je voulais également en profiter pour aborder la question des cheveux, ou fils, qui sont tirés à travers un peigne à trous, peigne immobile et qui oblige donc les cheveux, ou fils s'il s'agit d'un métier à tisser, à coulisser les uns sur les autres en se chevauchant, avant de sortir, devenus parallèlles, des trous du peigne.
La flèche rose représente le sens de la traction. La zone emberlificotée va être le théâtre d'un étrange ballet au cours duquel les fils vont emprunter, en se chevauchant, des trajets qui vont les amener à coulisser les uns sur les autres.

Vous vous souvenez de mon expérience du torchon. A l'époque, javais représenté ainsi le mouvement des choses venant à la rencontre les unes des autres (les " évènements").


La flèche noire est le sens de traction " depuis le futur ". (2)


Les choses " viennent aux autres " par leur rencontre selon les flèches vertes.

Il est bien évident qu'à part lors de l'exemple trivial des voitures se rencontrant à un carrefour, tel n'est pas le trajet réel des choses qui se rencontrent.

En réalité, le cours des évènements est plus comparable au trajtet des fils dans le peigne. Ils vont coulisser les uns sur les autres, et entrer en contact en des points qui sont bien difficiles à prévoir, et qui ressemblent à quelque chose de chaotique.

Or l'ensemble est modélisable, mais représente une frontière entre le " théoriquement possible " et le " réellement faisable", frontière que vous savez que j'effleure en ce moment, que j'agace, disons.

En effet, si le trajet des fils était unique, la modélisation serait complexe, mais faisable. La difficulté vient ici du fait qu'il y a tellement de possibles dans cet ensemble de trajets que chaque cheveu peut avoir l'impression qu'il a certain degré de liberté.

Et il l'a.  Un cheveu peut décider de passer au-dessous ou au dessus de tel autre, de changer son parcours. Si les autres s'adaptent, pas de problème, tout va se reconfigurer. Sinon, c'est le noeud dans les dents du peigne.

Prolongeons cette comparaison pour l'appliquer au buisson du moi, sans frontière, se constituant par aggrégation d'expériences successives.

En effet, ce moi varie au cours du temps. Ce que je tenais à souligner avec mes illustrations, c'est essentiellement la nécessité d'oublier la frontière nette comme définition du moi, afin d'éviter de lui plaquer telle ou telle caractéristique. Une bonne manière d'éviter la notion de chose tout en reconnaissant que nous l'utilisons dans le réel est de convenir que les choses n'ont pas de frontière. Elles ont un gradient de densité ontologique, qui nous permet de stabiliser l'image, en quelque sorte, puis de l'analyser.

Tentons maintenant de faire converger les deux remarques précédentes avec celle sur la taille des points. Quelle est la taille des points de l'espace telle qu'elle permet que Charles devienne visible pour les Platiens (du moins sur ses bords) en entrant dans la fenêtre violette ?


Mais bon, c'est trop compliqué pour un seul article, on va diluer un peu.

(1) je ne vais pas développer cela ici, mais en fait, je m'interrogeais sur les rapports entre ce moment et celui de l'émergence du symbolique, c'est à dire celui où on a désigné un objet non plus comme " ce " caillou, mais comme une des occurrences du symbole sonore " caillou". Je me demandais si l'un est un prérequis de l'autre.

(2) Je viens d'entendre dans Régis Debray (Conférence à la Sorbonne février 2016) l'histoired de l'ange épouvanté. 9:55, 15:20 et 47:00 Angelus Novus de Paul Klee.