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dimanche 5 février 2017

Déferlante dans le plafond (foulard du système)

Il y a une chose que j'oublie un peu de dire, c'est que le jeu, au sens de l'expression : "  il y a du jeu dans la direction ", qui fonctionne au figuré avec " il a du jeu dans la direction " (meaning : " he's  a looney"), ou bien encore le jeu qui permet au jeu de taquin de fonctionner, c'est à dire aux pièces de circuler, ce " jeu " est entre le langage et le Rréel.

Il faut vraiment mettre de côté tout ce que la pratique de la sociologie ne nous a pas encore ôté de vision morale du monde pour y parvenir.



En effet, nous avons vu qu'un élément de la taxinomie se définit par ses critères sous-jacents, qui se décrivent par du " avoir " :Un homme a un pénis", "Un homme a une moustache", " Un homme a un portefeuille", " Un homme a un cigare au bec", " Un homme n'a pas d'enfant à mettre au monde  ",  " Un homme a une femme qu'il engrosse  ",  " Un homme a une voiture chère ",  " Un homme a un pistolet  " etc.

Si on supprime un à un tous ces critères, il devient nécessaire de dire au bout d'un moment " Cette personne n'est pas (plus) un homme". Comme beaucoup de sujet de société tournent autour du sexe et du genre, de la définition réciproque de l'un par l'autre, on sait que beaucoup de gens se récrieront au sujet de la suppression des critères ci-dessus, au prétexte que " ça fait macho " etc.

Reste que si on supprime un à un tous les critères qui font un homme, ce n'est plus un homme. Donc cela signifie en toute rigueur que si ces critères sont au nombre de 125, alors il faut admettre que chaque fois qu'on admet au rang de " homme " une personne, tandis qu'on lui dénie un de ces critères, on s'ôte 1/125 ème de la légitimité de le faire.

Pour les caractères sexuels primaires, les gens seront d'accord, et plus on progressera dans la liste, plus les gens seront hésitants. Déjà pour les caractères sexuels secondaires, on aura un flottement.

Ensuite, si un homme n'a pas de femme, puisque c'est en partie ce qui définit un homme, alors c'est qu'il est pour 1/100 ème de moins, " un homme". Et on aura beau prendre toutes les postures télévisuelles qu'on veut pour léguer son opinion à la postérité, c'est ainsi. Bien.

Donc de la même façon, que vous le vouliez ou non, lorsqu'on autorise le mariage d'un évêque homosexuel avec une une lesbienne opérée, la personne dont on parle n'est plus " un homme". 

Ce qui veut dire que la frontière de classe n'est pas que " entre " les mots, elle est aussi " entre les mots et les choses". En pérorant ses opinions sur ces sujets, on remue les classes comme des boules à neige, en faisant passer des flocons de l'un à l'autre.

Mais ce qui est beaucoup moins réalisé, c'est que vous faites également passer les personnes en question d'une rubrique à l'autre. Comme si, passant la main à travers la vitre d'un distributeur automatique de boissons et friandises, vous changiez les m&ms de place pour les mettre dans la rangée des snickers.

C'est par cette dimension radiale, par cet efficace vers le monde à travers le papier rocher, qu'on atteint les gens, et la structure des choses. C'est par cette plongée dans le réel qu'on change les choses de place.
Ce n'est pas le langage qui décrit les choses, c'est nous qui changeons les choses de place, au sein de rangées de mots qui, comme les rangées du distributeur automatique, sont relativement stables.

Certes, nous pensons que les choses fourmillent, et que le langage, stable, permet d'appréhender ce fourmillement mais je me demande parfois si l'effet contraire n'est pas sous-estimé. C'est ce fameux ciseau entre " Tout dépend ce qu'on entend par / ce qu'on veut dire par ' un homme' ".

Le mot est déporté en fin de phrase. Ce qui est important, c'est dans le prédicat, comment on se positionne, et comment on dose le couple ce qu'on entend par / ce qu'on veut dire par .

Quel dosage de ce mélange ai-je mis dans ma phrase ? C'est la dimension radiale du consensus, celle dont je parlais avec cette image (la zone hachurée violet / orange) :.


Vous allez me dire " Mais ne nous ramenez-vous pas subrepticement ici le sommet intitulé " idée " du triangle sémiotique ? "

Justement, non. Même si on essayait d'installer " concept " par exemple, pour désigner la représentation collective de ce qu'est l'idée à titre individuel, ce n'est pas cela que je vise. Quand je dis " la chose " n'existe pas, " there is no such thing as ", c'est pour laisser justement la place de chose à la chose.

Le mot " homme " étant présent dans toutes les langues, et sa définition étant en général en opposition à l'animal et à l'étranger, mais souvent en système avec " femme", en autorisant socialement dans un seul pays le mariage entre êtres réels " hommes" (des " choses "), ce sont toutes les cloisons de définitions en système avec les femmes qu'on déplace.

Cf. les efforts effectués en ce moment pour créer des mots comme " auteure ", " professeure " et les associer aux femmes. Et il n'est pas impossible que les deux phénomènes soient liés quelque part. C'est au moment où un évêque  LGBT veut pouvoir enfanter in vitro avec sa compagne compagnon ex-XXYY réopéré trans, certaines " femmes " se sentent pousser le besoin que leurs amies soient " professeures " ? 
Au moment où dans les actes, on fait tout pour effacer la frontière homme / femme, on tient à la souligner dans le domaine des mots. Au moment où certaines femmes demandent la neutralité du genre sur les documents administratifs, d'autres en réclament l'apparition sur la carte de visite. 

Tout cela pour dire que le langage empoigne la Rréalité, il ne fait pas que l'épouser. Sans doute parce qu'il lui revient de construire la Rréalité.  Disons qu'il épouse la Réalité, et qu'il empoigne la Rréalité. Il n'existe pas de chose qui n'ait pas de nom, pour le dire autrement.

C'est au langage que revient de construire la Rréalité. C'est à dire de véhiculer la structure de la culture sous forme de forme visible. Non seulement de " ce qu'on appelle quoi ", mais plus encore de " ce qui est quoi ". Cf. l'apparition de certaines conférences appelées " De quoi l'énergie est-elle le nom ? " La science retournant le langage, l'interrogeant, se réapproriant le nom, le conservant parce qu'il est utile et pratique, mais le réarrangeant comme on lisse une nappe pour qu'elle ait les contours de la table. 

C'est donc bien redire que les " choses " au sens d'un objet en soi existant indépendamment de nous, ces " choses " là, nous ne pouvons les appréhender. Donc elles " n'existent " pas. Ce qui existe, c'est leur avatar dans l'imaginaire collectif, la Rréalité, mais qui n'est complètement partagé qu'en langue. C'est à dire que plus étroite est la communauté linguistique, plus proche est l'image réelle de cet objet. There is no such thing as " a man", mais plus la communauté linguistique de ceux qui en parlent est étroite, plus la réalité est la même. 

D'où que la bataille pour imposer sa langue, ou s'en défendre, ne fait que commencer. Lorsque les dirigeants s'apercevront que la langue ne décrit pas une réalité extérieure indépendante, mais en forge une que nous prenons pour telle, les films Disney deviendront gratuits, parce qu'ils réaliseront qu'à les distribuer, ils regagnent en consommation de produits un million de fois ce qu'ils perdent sur les droits d'auteur. 

C'est pour cela que tant qu'on touche au plafond de verre qui sépare les mammifères des vertébrés, tout le monde s'en fout, et que le mariage homosexuel fait tant de vagues. C'est qu'on se sent pénétré quelque part dans un cas, et pas dans l'autre. Le symbolique est la charnière par où le collectif entre en nous, où il fait qu'on a du mal à accepter ce qui par ailleurs nous importe peu : nous apprendrions sans sourciller que l'humain a été déplacé des mammifères aux batraciens. Cela ne nous affecte pas. En revanche, comme nous nous sommes tous bâtis, à des degrés différents, sur une identité sexuelle, cela nous tire par la manche quand quelqu'un, fût-ce à l'autre bout de la planète, contrevient à la définition. 

Bon bref, c'est assez pour une remarque en passant. Mais tout de même, signaler que les structures sont ancrées en nous par quelques piquets qui nous touchent plus ou moins profondément.

Ce qui manque souvent aux philosophies du langage, finalement, c'est de réaliser que tout se déroule à l'intérieur de la sphère de la conscience humaine. Quant Piaget dit " Le groupe n'est pas caractérisé par la nature de ses éléments, mais il les dépasse par une nouvelle abstraction de degré supérieur, qui consiste à dégager certaines transformations communes auxquelles on peut soumettre n'importe quelle sorte d'éléments. "

Il a raison dans la première moitié de la phrase. Mais l'abstraction de degré supérieur ne consiste en rien d'autre qu'en ce qu'a permis la mise en commun du savoir, c'est à dire ce pouvoir qu'a le bureau d'édicter si les choses sont des membres de l'association (ie. si on a le droit d'appeler telle personne " un homme"), avec toutes les limites que connaît ce pouvoir dans la sphère humaine. Si tous continuent d'accepter cette personne aux réunions, c'est le bureau qui devra revoir ses statuts.
Entre les deux, il y a usages et mouvements de foules, coutumes locales et façons de faire, entorses tolérées, licences poétiques, tournures surannées, bref, la houle et la pâte d'un vivant qui est brassée sans cesse.

On peut toujours chercher les universaux du langage, comme les équations des courbes du vol des oiseaux, ou les décisions à prendre dans les entrailles. Mais on peut aussi passer ce temps à améliorer la condition des oiseaux, c'est moins intellectuel, mais plus utile.

Autre détail, je repense à l'histoire du groupe " Ensemble muni d'une loi". Mais un ensemble, c'est déjà au moins une loi, voire plusieurs. " L'ensemble des carottes qui ont plus de trois poils au sommet", c'est toute une histoire. Et en fait, l'ensemble des entiers naturels, c'est la même chose. Après, choisir la loi de composition qui va bien pour éviter que les carottes donnent des patates...

mercredi 1 février 2017

Figures de ce type

Donc il nous reste à voir l'histoire des proportions, et le col de rebroussement. Mais avant, je voudrais poser la phrase suivante, toujours dans cette perspective de creuser ce que recouvre la signification par rapport à la compréhension, travailler cette frontière.

En effet, j'avais annoncé que j'allais sauter l'étude de l'ouvrage de Laurier dans le programme, mais je m'aperçois que je n'en pourrai faire l'économie avant que d'aborder la représentation.  J'ai conscience que cela nous mène aux alentours de la rentrée 2017-2018, et que j'ai trois années de retard pour attaquer la représentation (en duo avec la gestalt chez Petitot), mais tant pis.



Je vais donc poser la phrase, voisine de ma " traduction anglaise " de cet article http://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/01/une-figure-de-trope-parcours-plafond-de.html : " L'incarnation du baudy, c'est Dandelaire" (1). Mettons que je soumette cette phrase à l'appréciation d'un échantillon de la population.

Mettons qu'on me pardonne toutes les approximations, et qu'on repère chacune des personnes à qui la phrase ne pose pas de problème, moyennant une petite inversion, par une épingle à tête rouge sur la carte.

Mettons ensuite qu'on repère toutes les personnes qui ont fait des études littéraires, et qu'on pique des épingles à tête verte sur la carte, à l'endroit où ils habitent. Il est vraisemblable que, toujours avec un paquet d'approximations qu'on me pardonnera, les épingles aillent par couples, avec, piquées au même endroit, une tête verte et une tête rouge.

Ainsi la structure de la phrase n'est nulle part ailleurs (2) que dans le corps social qui m'a transmis la possibilité de faire cette phrase, c'est à dire les matériaux nécessaire, et la transformation utilisée.

Ces matériaux, et cette transformations n'ont d'autre intérêt que de pouvoir jouer la transformation, comme un jour une pièce de théâtre. Ils ne présentent en effet que les caractéristiques les plus banales : permutation topologique d'une syllabe, pour aboutir à un poncif ( " L'incarnation du dandy, c'est Baudelaire".)

Je n'ai donc rien " signifié ". Le repositionnement topologique fut un possible ouvert à tous, mais il n'aboutit que pour certains, ramenant l'ensemble à un simple jeu de permutation sans intérêt. Pour les autres, la phrase reste incompréhensible. Entre les deux nul " sens " qui se serait plus ou moins " dévoilé", et que quelqu'un aurait compris.

Les lieux auxquels les mécanismes du " search for meaning " aboutissent sont, selon la culture de l'auditeur, soit des places vides où la quête s'arrête, soit des portes qui ouvrent vers un ailleurs, comme pour la traduction.

En communiquant jusque là, j'ai exploité les taxinomies existantes, mais je n'ai toujours rien " dit". Si je vous dit que telle mise en scène de telle pièce de Shakespeare dit quelque chose sur le texte, vous n'êtes guère plus avancés, vous ne pourrez savoir en quoi consistait ce dit qu'en allant le voir, mais cela n'ajoutera rien à ce que j'ai dit. Je n'ai rien " dit ". Si en revanche je dis que toutes les armoires bretonnes sont normandes, c'est à vous de vous débrouiller avec les suites du conflit, mais j'ai tout " dit ".

Entre les deux, il y a " ce que je vous donne à négocier", du décollement. En fait je vous mets le couteau sous la gorge. 
Si je vous aborde en disant " Ces voleurs de politiciens", je vous contrains d'aller vous harnacher, vous équiper, je vous crie " Brettons", et vous vous retrouver à ferrailler, à toréer sous le soleil pendant que les dames échangent des nouvelles du petit.
Si je vous dis " le ciel " est bleu, vous ne pouvez que souscrire à la tautologie. Entre les deux, il reste donc la formule " Dans quelle mesure... ", qui nous conduit à tout peser " tout bien considéré "...

Dans " contrecarrer l'imminence", le thème est " l'imminence". Et le prédicat " contrecarrer". Reste qu'on peut plaider ce qu'est " contrecarrer l'imminence", en plaidant ce que sont chacun des deux séparément, ou bien l'ensemble.
C'est à dire que plaider ce qu'est " contrecarrer l'imminence " revient à fixer chacune des choses du dessous ( " l'imminence " et " contrecarrer ") dans un état absolu et indéterminé, afin de plaider le statut de l'expression globale vis à vis des verbes qui l'expriment en langue.

Si par exemple je dis " j'allais ... lorsque " est la formule canonique de " l'imminence contrecarrée", je prends cette dernière comme thème, mais du coup, je fige les deux morceaux dans une forme " indéterminée", comme en mécanique quantique. Je ne peux utiliser à la fois l'aspect " thème " et " prédicat " d'un ensemble.

Autre chose, j'ai retrouvé cette citation de Fontenelle par Olivier Douville :" Si l’on rencontre déjà le terme de « structure » à l’âge classique comme désignant la consistance et la logique de l’architecture d’un corps physique "

Ce qui m'a interpellé c'est le mot " consistance". Je m'imaginais très bien palper un corps mou, et sentir à travers le tissu élastique et spongieux une architecture, dont la forme se précisait dans mon esprit au fur et à mesure que, à tâtons, je parcourais le squelette de métal qui le farcissait.

"Potentiel de transformations et d'isomorphismes, l'os de la structure..." Je retrouve ce cartilage qui apparaît soudain dans la bouche du mangeur de soupe, senti d'abord comme différent du fonds, reconnu comme structuré, puis identifié par la suite par comparaison. Et non pas " reconnu comme structure".  

Je reconnais en quelque sorte un autre sens haptique, celui de la bouche, qui après avoir retourné le morceau, " identifie " une coque de noix ou bien un os de poulet. La silhouette de l'os de poulet s'est " formée " peu à peu dans ma conscience, elle est devenue une forme. Elle est devenue forme à peu près dans le temps où elle se drapait dans un nom, (cf. l'homme invisible), mais sa structure, par cheminement dans un système de taxons sensoriels est parvenue à émerger, mais prête à devenir, au moindre indice supplémentaire et contradictoire, non plus os de poulet mais branche de thym, bref, quelque chose qui n'est absolument pas la même chose, qui n'a absolument pas le même nom, mais qui est tout de même" presque la même chose" dans la taxinomie des structures.

Proximité qui permettra à certaines images de jouer en apparence les passe-muraille en joignant des points éloignés de l'univers. C'est cela que le structuralisme a voulu mettre à jour, c'est le squelette sédimenté au fonds de la lourde vase de notre système de connaissance. Mais c'est d'os et de chair qu'il est fait, de nerfs et de muscles, non d'équations mathématiques.

La " formalisation " qui aurait dû avec courage entreprendre le pèlerinage au sources, la remontée vers le langage des formes primitives, s'est égarée dans la formalisation mathématique, attirée en quelque sorte, aimantée par l'étoile montante de la topologie, elle même aiguillonnée par les nouveaux problèmes soulevés par les nouvelles conceptions de l'espace.

" L"anticipation catégoriale, ce ' fond de généralité et de ressemblance ' dans lequel Bergson voyait le départ vital de toute conceptualité... " (Bimbenet)


Cette anticipation catégoriale a été pensée en termes de théories des ensembles, et là l'ornière était préparée par les travaux sur les grammaires génératives et autres billevesées, qui permettaient un passage entre la structure dénotative "syntaxique" et la structure sémantique, à peu de frais. Encore une fois, nommer (mettre dans une classe), c'était classer, et classer, c'était positionner dans une procédure qui faisait de sa cinématique de traitement la justification (comme les grosses machines des films de science-fiction de l'époque, qui après avoir fait clignoter des murs de grosses ampoules, crachaient la réponse sur un petit ticket blanc. ) puisque la structure était prétendue avoir été trouvée dans la réalité.


La mettre en oeuvre électroniquement, c'était faire la preuve qu'on l'avait " découverte " comme on traque une bête au terrier.

C'est la différence entre " Les structures de la pauvreté ", et " Les structures de la parenté ". Pour ce qui est de celles-ci, on peut toujours négocier, après enquêtes sur le terrain, négocier et formaliser des usages hétéroclites. Pour celles-là, elles sont " en miroir " d'autres structures, telles que zones géographique et type d'habitat, emploi occupé, etc. Les secondes se plaident entre intellectuels, les premières sont le reflet d'un type d'organisation sociale.

Mais le premier groupe a tout intérêt à ne pas aborder les réelles questions d'organisation sociale, et de faire passer pour telles les rites matrimoniaux des zoulous, pendant qu'on se coopte entre mandarins.

Ce que je souligne ici, c'est qu'il y a deux façons d'entendre la phrase de Bimbenet. Soit au niveau individuel, soit au niveau " phylogénétique". Dans le premier cas, on a affaire à Piaget ,et dans le second, c'est le concept de concept, ou d'idée, quel que soit l'idée qu'on lui donne, c'est l'idée de concept, donc, qui s'est forgée à partir de la classification.

Le syllogisme " Tout x est un y " est bien une inclusion de classes. " Tout homme est mortel " nous place déjà dans ce porte-à-faux que sa vérité provient de la proxinimité sémantique de ses formes. On l'a vu, la définition de l'homme comme mortel est une affaire de définition réciproque, qui fait que l'ensemble fonctionne en système. Il n'y a donc " sémantiquement " rien à en tirer.

Et pourtant, c'est l'erreur que fera la suite du syllogisme pour déterminer des valeurs de " vrai " et de faux " qui n'ont pas plus d'intérêt. Nous sommes toujours dans cette ornière, bien des siècles plus tard.

Et résultat, proportions et cols de rebroussement, ce sera pour plus tard :)

 (1) Au fait, Thierry Baudry, tu peux te manifester :)

(2) Quand je dis " nulle part ailleurs", c'est avec un côté provocant pour attirer l'attention. Elle est bien évidemment ailleurs, et partout où l'on voudra trouver. Mais elle est " aussi " là, un aussi qui est peut-être nouveau et important dans notre pensée. C'est en quelque sorte une autre version du " nuage pi " dont je parlais. Tant qu'il y aura des vivants pour entendre l'expression, elle vivra. Tant qu'il y aura des letttrés pour la faire revivre auprès d'un public de lettrés, elle revivra. Ensuite, elle mourra.

C'est marrant parce qu'en corrigeant mes épreuves, je tombe sur cette phrase :" La taxinomie ou taxonomie1,2,3,4,5, est une science, branche de la biologie, qui a pour objet de décrire les organismes vivants et de les regrouper en entités appelées taxons afin de les identifier puis les nommer et enfin les classer "


Mais les nommer et les classer, c'est une seule chose :) C'est jouer sur les guillemets de " Québec est une ville du Canada ", et " " Québec" est un nom d'origine indienne".



" You ought to pay attention to anything that would make you feel unconfortable while reading the rules of class definitions. " 

samedi 28 janvier 2017

Une figure de trope (parcours plafond de verre IV, proportions III)

Suite à cet article http://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/01/histoire-de-la-pensee-ii-plafond-de.html, je vais ici me demander si un certain nombre de figures de style, jouant en quelque sorte les lames de tournevis, les outils du prédicat, figures qui permettent au sujet de dilacérer les fibres du consensus qui unissent les mots, d'écarter ou de rapprocher ces mots les uns des autres.

Mais il s'agit d'opérer cette manoeuvre en douceur. Tout d'abord il faut transmettre à l'autre quels mots on écarte l'un de l'autre au sein de l'espace sémantique, ensuite dans quelle mesure et dans quelle direction, ensuite pour quelles raisons et last but not least, quel degré d'engagement le locuteur prend lui-même dans cette opération.

C'est à dire qu'il doit pouvoir indiquer s'il prend son sujet à pleines mains, extirpant le coeur encore battant de son sujet, ou bien au contraire s'il en manipule une image avec des pincettes, et un écriteau limitant sa responsabilité.

Mais avant d'en venir là, je vais finir le billet précédent en formalisant un des aspects de la remontée et descente des taxinomies, en posant à nouveau ( ce courant prend sa source ici http://lecerclebleu.blogspot.fr/2014/08/classification-et-caracterisation.html 
et se poursuit  http://lecerclebleu.blogspot.fr/2016/09/lhomme-invisible-iv-on-relie-le-filet.html ) la " marche d'escalier " des taxinomies   : " X est un Y qui a un.. qui est un... "

Exemple : " X est un vertébré qui a une surface qui est une peau qui a des plumes qui sont ...

On a déjà vu qu'on tombera sur un " X est  " une fois sur deux. Le mouvement du discours dans l'exemple ci-dessus nous emmène vers le bas, c'est à dire vers une précision dans l'hyperonymie. 

Je voulais ici faire remarquer d'une part le rapport de ce mouvement à l'alternance structure / forme, et d'autre part le rapport à l'écart au consensus. 

Pour ce qui est du rapport à l'alternance structure / forme, on peut dire en quelque sorte que  (a une surface qui est une peau qui a des plumes ....) est la forme de la structure  (vertébré), ce que le phénotype est au génotype. Dans le cas du vivant, puisque les critères de classification sont des détails anatomiques apparents, alors nécessairement l'explication (le dépliement) de la structure vers la forme est de l'ordre de la description du détail suivant. On part des membres, puis de leur nombre de ramification etc. et on tente de trouver la classification qui a le moins de cas particuliers transverses gênants (la dame qui ose allaiter ses petits et porter des plumes etc.)

L'esprit du dépliement de la taxinomie, la loi d'alternance est de l'ordre de l'apparence anatomique.

Si on reprend l'exemple canonique, Jean tient (ce qui est) un ballon ( ballon qui a  une couleur, couleur qui est un parmi les) bleu (qui a une teinte qui ressemble à ce qui est le) ciel.

On voit dans ce second exemple que dans cette phrase purement assertive, descriptive, on dévale la taxinomie, en parcourant ses branches, en se laissant guider par elle en quelque sorte. On a déjà vu http://lecerclebleu.blogspot.fr/2016/02/faits-de-langue-de-limplicite-unite.html la factorisation / élision que je porte entre parenthèses.

Que serait alors l'équivalent formalisé de remonter la taxinomie ? 

Revenons maintenant à l'exemple de Montaigne et de Rabelais. A leur époque, " religion " s'opposait à " sorcellerie". Aujourd'hui, " religion ", avec à son côté son frère " sorcellerie", sont face à " science". 

Si je dis " ces deux croyances que sont la science et la religion", on voit bien que je remonte la taxinomie de façon très "parti-prenante", on est dans l'ataque frontale.C'est le même procédé que pour : " Tu appelles ça une voiture ? ".

Autre façon directe de remettre la taxinomie en question : " Peut-on considérer Baudelaire comme un romantique ? ".

Les tournures en question doivent informer l'auditeur que le locuteur, sans prendre parti franchement pour le consensus, mais sans le récuser complètement non plus, n'y adhère plus complètement.

Il y a d'une part les tournures d'atténuation, comme l'atténuation modale " Les gorilles seraient des singes, les Autruches auraient des doigts palmés sous les aisselles" et tout ce qui relève de ce que j'appellerais volontiers la frontière illocutoire / perlocutoire appliquée ici; c'est à dire les " On peut/pourrait dire que ... ", (avec sa marge perlocutoire : " on peut/pourrait admettre que l'autruche est en effet une espèce de singe..." )

On retombe sur le couple : " Tout dépend ce qu'on (appelle) / (entend par) X ".



Tout ceci relève de ce que j'avais appelé " l'engagement " du locuteur vis à vis de son propos, mais en quoi cela propose-t-il un écart au consenus ?

Autrement dit, si les " figures de style " semble former un un groupe de bons candidats pour devenir les outils de répartition des mots les uns par rapport aux autres, en quoi aident-elles à l'établissement de la toile de chapiteai par rapport au consensus ?

Si le consensus est un sol, l'espace évidé entre le sol et la toile héberge la différence avec le consensus. Mais c'est un peu plus complexe en réalité. Le sol est un ensemble de strates que nous tassons avec les pieds, et qui finit par sédimenter (en câblage neuronal, génétique ?) et la société aménage déjà un espace de pensée et d'existence pour l'individu.

La base de départ est donc l'espace entre le sol et le chapiteau. Comment je vais surélever les poteaux pour distendre cet espace.

Les performatifs sont à eux seuls une sorte de trope de la taxinomie : " Je lègue ma montre à mon frère Paul", ie. " Comptez-moi dans la classe de ceux qui donnent leur montre à Paul, incluez cette classe dans celle de ceux qui possèdent une montre, et cette dernière dans ceux qui le disent".


L'analogie est un outil idéal de décollement de la plèvre en matière de taxinomie. à cause de l'effet " pantographe " de son action :



Si je dis que le maffieux est à l'homme politique ce que le chevalier est au mercenaire, je renverse le sens de la comparaison que le consensus laisserait attendre, à savoir que l'homme politique est encore doté de valeurs qui font la supériorité du chevalier sur le vulgaire mercenaire, et que le maffieux a répudiées.

Passons sur les antiphrases ou l'ironie, qui sont clairement un moyens de chambouler les frontières de classe.

Pour ce qui est de " Je te promets de venir demain", ou même de " Ouvre la fenêtre ! ", je propose qu'on passe l'évènement de ma venue depuis les possibles dans les probables, et la fenêtre dans la catégorie des choses ouvertes.

Idem pour tout ce qui relève de " présupposer", " insinuer", " suggérer " etc. On peut observer que ces figures de style peuvent souvent être ramenées à une variation de la caractérisation à travers " est ", l'attribution : " Ces voleurs de politiciens, les médecins sont des incapables, les journalistes des menteurs", sont les moyens les plus simples de mettre une classe dans une autre.

On me dira que c'est user de la métonymie, et en un sens, c'est vrai. la carrière politique est un attribut de la personne, attribut qui suffit à en faire un voleur, comme la voile suffit à faire le bateau. Et cela n'a rien d'étonnant.

Pour d'autres, ce qui fait d'une personne un voleur, c'est sa couleur de peau, son habit, sa chevelure... Idem pour l'apposition : " Italienne d'origine, elle faisait la sieste et ne sortait guère avant le coucher du soleil."

Je passe également sur les ambiguïtés. Si je dis j'appelle F la classe qui serait comme une boîte où l'on met toutes les pédales de métier à tisser, et qu'on me demande si cela me gêne que la boîte contienne aussi les ficelles des pédales, ou bien encore si je définis comme G la classe qui serait comme un boîte où figrent tous les tabourets qui servent à filer du chanvre, et qu'on me demande si cela me gêne que ce tabouret ne serve pas uniquement à filer du chanvre, mais aussi à traire les ânes, j'ignore les demandes.

Si je dis " Le président de la République du Québec est chauve", alors que le Québec n'est pas une république, et donc que ce président n'existe pas, je peux vouloir signifier que tel personnage politique, toujours caricaturé par sa calcivitie, a une inflence réelle qui s'étend bien au dela de celle que laisserait supposer ses fonctions actuelles. Je le déplace donc dans la classe des gens influents. Donc la dénotation fonctionne elle aussi dans ce registre.

Sur une plus large échelle, les figures narratives comme la métalepse http://www.fabula.org/actualites/la-metalepse-dans-les-textes-et-les-images-antiques_34592.php  ne peuvent que servir le débordement de la narration par un discours pro domo.

Finalement, on peut ire que ce déplacement d'une unité à l'intérieur de la classe, ou extension de la frontière de classe pour l'inclure, que ce déplacement donc, soit suggéré ou intimé, peu importe. Qu'il soit même partiellement subi dans ses conséquences, peu importe également.

On me dira que je survole trop rapidement tout le territoire de la dimension symbolique du langage, et je sais tout ce qu'il y a dans " ouvre la fenêtre " qui déborde une simple demande de changement de classe de la fenêtre, mais je préfère laisser ce champ à d'autres, l'éthologie des primates me laissant un goût amer de journal télévisé.

Ce qu'on voit ici, c'est que pour sauter d'une (perspective de) taxinomie à l'autre, pour construire une chaîne de discours qui a une forme en 3D dans l'espace, le locuteur n'a pas finalement besoin d'user de figures de style si ce n'est pour atténuer un changement de classe qu'il peut manifester par un " est".. Bien sûr, plus il y aura recours, et plus son discours sera riche et fleuri, mais le fait de changer la perspective de taxinomie, la négation, complément, contraire, symétriques, les comparaisons simples font tout autant, sur le mode : " Il y a deux façons de jouer du violon, jouer juste et jouer tzigane".

Ce qui m'intéresse en effet, c'est comment l'esprit qui comprend cette boutade, et qui interprète correctement l'analogie, peut comprendre aussi vite que le locuteur s'est placé dans la taxinomie des façons de jouer du violon.

Même si le contexte est sûrement pour beaucoup dans ce tour de force, je suis surpris de la rapidité avec laquelle l'esprit d'un locuteur " dévale la pente des changements de perspective", et avec quelle agilité l'auditeur le suit. Vous savez que cela m'a poussé à m'interroger jusqu'aux aspects les plus bruts de cette transmission le long des neurones.

Laissons donc là le catalogue de ces modalités " sur le papier", et revenons à ce mouvement sur place du front du glacier, qui opère au moment de la traversée du plafond de verre, pour tenter de voir comment s'applique le goulot de rebroussement de la bouteille de Klein.

Voici un exemple pour se remettre le contexte en mémoire : Je vous propose une phrase franaise : " L'art est long et le temps vole".  On peut dire que cette phrase est le prédicat d'un thème. De l'art, du temps, je dis quelque chose.
Et pourtant instantanément, dans votre esprit, une autre diapo s'est substitué à ce couple. C'est une traduction " clin d'oeil" Ma phrase française est la traduction française d'un vers anglais (1).  Mon prédicat devient le vers français, et mon thème le vers anglais. ma phrase en français est une façon de " dire quelque chose " du vers anglais, puisque j'en dis qu'en français, il se dit ainsi.

Mais instantanément également, la phrase française devient le thème de ce processus de traduction que vous venez de lui attribuer. Et mon prédicat devient " Est-ce que j'ai laissé une traduction aussi lourde pour faire remarquer la symétrie ? " et autres.

En effet, j'ai hésité à écrire " L'art est long et le temps est volant", ou bien encore " L'art a besoin de ce temps qui s'enfuit". La première est trop littérale, mais je suis sûr que le lecteur va y reconnaître la phrase. La seconde s'enhardit, mais je prends le risque que le lecteur manque l'allusion.

Ceci pour tenter de faire saisir cette double nature du " statement ". Toujours instantanément chose dans l'assurance avec laquelle je m'appuie dessus, et toujours instantanément proposition de caractériser cette chose, feignant d'ignorer que la seconde précédente, je l'ai prise, et donnée, pour telle.

Je n'ai pas fini de dire " Une pomme " qu'entre moi et mon auditeur un contrat tacite a été passé : cette pomme, dont nous ignorons encore tout, va pourtant nous servir, d'un accord tacite, de référence communue. Certains de ses aspects, aspects que nous ne connaissons pas encore, du moins mon auditeur, seront remis en question.

Mais avant que le silex du prédicat taille un éclat dans celui du thème, nous avons besoin de ce thème intact. Je me souviens de ce vers latin à propos de Troie, " multos annos intacta permansit ", parlant du temps d'avant sa destruction. Et je me disais, mais Troie est toujours intacte. Depuis Homère. Ou bien elle est toujours-déjà détruite, c'est selon le point de vue.

Et c'est ici que je reviens un peu à la métalepse, c'est à dire que si le discours ne débordait jamais la description, il ne deviendrait jamais narration. C'est pour cela que l'art du XXème siècle s'est emparé des listes et des notices techniques. Pour ramener la pure description dans le champ de la fiction, par le biais de la narration.

Voir aussi s'il n'y aurait pas un rapport entre les proportions que j'ai récemment évoquées ici :

http://lecerclebleu.blogspot.fr/2016/12/there-is-no-such-thing-as-ii.html
C'est à dire la droite qui va servir à établir la proportion entre les deux.  Peu importe ce que valent les coordonnées de la droite qui sépare mon tout en deux parties, l'un de 60, l'autre de 40 %. Ce qui importe, c'est la répartition que j'opère en déplaçant ce curseur."


et là :
 http://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/01/les-signes-contradictoires-indirection.html
Ce qui m'intéresse ici, c'est une fois de plus, on est en voyage dans des proportions. Peu importe où sont les bornes, c'est la proportion de certitude vers une des bornes qui importe. Et donc le mouvement qui conduit à cet état transitoire.

Ce mouvement, c'est comme celui de l'eau dans des vases communiquants. Cet " entre " dont je parlais, c'est l'espace parcouru d'un mouvement, toujours insaisissable, comme la flèche de Zénon. Mais parce qu'il faut considérer les trois, indissociables : les bornes, ,nécessaires pour borner, et donc nommer les bornes, du mouvement de la flèche, et le mouvement, pour caractériser l'espace, la façon dont il est vécu par les bornes."

d'une part, et d'autre part la notion que je soulève dans cet article

http://lecerclebleu.blogspot.fr/2015/02/synchronicites-un-chemin-encore.html  :
 " C'est un nombre qui aurait, à gauche, 0,85 et à droite, une quantité plus grande, beaucoup plus grande, une sorte d'infinité de hasards successifs, une " épaisseur d'infini", comme celle qu'on ressent dans les paradoxes de Zénon. "



(1) " Art is long and time is fleeting " Longfellow

lundi 23 janvier 2017

Histoire de la pensée II (plafond de verre III)

Suite à cet article, je vais remettre les phrases de l'ouvrage dans l'ordre : "

" Or, selon une remarque profonde de Cassirer, la mathématique et l'art se rencontrent maintenant dans la même exigence fondamentale, l'exigence de la forme".

C'est la " vision " artistique qui aurait conquis les droits de l'abstraction scientifique. 

 La conjonction des mathématiques et de la théorie de l'art mettra les penseurs de la Renaissance sur le chemin qui mène à l'idée véritablement moderne de nature. [...]

Pour ce que vaut cette théorie, je dirai que cette idée moderne de nature fut appliquée aussi à " la façon dont elle devait être connue". On le sait maintenant, en anticipant sur la " structure de la nature", l'inconscient (individuel et collectif, la culture, donc) appelle un certain type de connaissance, adapté à l'objet à connaître. Voir mieux, c'est voir plus, voir plus fin, voir plus près, et descendre jusqu'au détail.

Les structures émergeront nécessairement de la projection des paliers d'affinement de la vision. Lorsqu'on voit des anneaux, ce qu'on voit sont des anneaux, lorsqu'on voit mieux, on voit des nuages, et les anneaux deviennent des nuages. La nature des choses devient ce qu'on en peut voir, et selon ce qu'on les a nommés. 

Je vais donc adjoindre une remarque du même ouvrage, un peu plus loin :


Et notamment la phrase : " Il ne suffit pas de dire que Rabelais et Montaigne se fient à " la nature" : ce terme, chez l'un et l'autre n'a pas le même contraire".

Aujourd'hui encore, le contraire de " religieux " est " rationnel", et pour tout dire " scientifique". Mais au XVIIème, où il n'y avait de métalangange ni en science ni en philosophie française (le français était à peine né), le contraire de " religieux " était " magique ", ou " sorcellerie". Lesquels seraient de nos jours plutôt du côté du religieux.

Nous avons ici un exemple d'indirection, concept sur lequel je reviendrai plus longuement. Lorsqu'on descend une taxinomie existante, ou ayant existé, on descend un arbre dont les contraires sont établis, et donc nommés.

Mais on n'avait pas à l'époque le choix que nous avons par exemple aujourd'hui, sous " République", à savoir : " République monarchique ", " République religieuse " ou " République oligarchique" comme on l'a aujourd'hui pour poursuivre la descente des branches.

Je ne dis pas que ces types n'existaient pas à l'époque, et qu'on ne pourrait pas aujourd'hui classer les pays de l'époque sous ces rubriques, je dis que ces types n'étaient pas disponibles pour cet usage à cet endroit de la taxinomie à l'époque.

Un historien prouverait peut-être également que la même dichotomie était à l'oeuvre en esprit, sous couvert d'autres termes, mais passons.

Maintenant lorsqu'il s'agit de " remonter " une taxinomie, on a besoin, pour aller à l'étage du dessus  de savoir quel contraire on a en face de soi.

Si je suis sur " religieux", et que j'ai en face : " scientifique ", alors le terme que j'ai au dessus de moi est " croyance de type... ", et il date du XIXème au mieux, plutôt début XXème.

Si je suis sur " religieux " et que j'ai en face de moi le terme " sorcellerie ", alors je suis dans une taxinomie plus ancienne, et le terme que j'ai au dessus de moi est " pratiques cultuelles... ". (1)

Je ne peux donc remonter à l'étage au dessus que si je connais ce que j'ai en face. Topologiquement, on a vu dans cet article  http://lecerclebleu.blogspot.fr/2015/04/topologie-pascale.html que la question n'est pas simple.

Bien, maintenant il faut ramasser tout cela et revenir à la remarque en mettant le tout bout à bout  : "
" Or, selon une remarque profonde de Cassirer, la mathématique et l'art se rencontrent maintenant dans la même exigence fondamentale, l'exigence de la forme".

C'est la " vision " artistique qui aurait conquis les droits de l'abstraction scientifique. 

 La conjonction des mathématiques et de la théorie de l'art mettra les penseurs de la Renaissance sur le chemin qui mène à l'idée véritablement moderne de nature. [...] Pour Rabelais, le contraire de Nature est Antiphysis - cafardise, austérité, mauvais humeur.Pour Montaigne, c'est l'art humain. " Est-ce que Montaigne est en effet l'homme de la Nature ? Pas du tout. Il est lié de tous côtés à la plus artificielle humanité. Il est l'homme de la tradition, de l'intelligence, de la culture. (A. Thibaudet). La sagesse consiste pour lui à recréer une nature par le moyen de l'intelligence "

----- Fin de citation.

Or " recréer une nature par le moyen de l'intelligence", c'est projeter sur elle l'existence que l'intelligence en construit, et donc sa mesure. Il faut relire ici les pages précédentes pour se faire une idée globale de la " commensuration " que la ratio va effectuer entre l'homme et le monde, se connaissant mutuellement. " Le livre de la Nature est écrit en nombres et en figures mathématiques " et la Beauté de la Nature devient " l'harmonie de ses rapports". Tout était prêt pour quantifier ces rapports, c'est à dire pour amorcer un mouvement qui chercherait à identifier les structures mathématiques à celles de la Nature. (2)

Voilà en quelque sorte pour les racines du structuralisme. Des lois de composition calquées sur les figures de style et les libertés intellectuelles permises par les figures mathématiques... sur le papier, lois qui combinent des objets épinglés par leur nom sur une classification des éléments naturels et du vivant. Une réification qui opère une objectivation du monde à travers les mots, et celle de leurs relations à travers les lois mathématiques.

Du coup, la structure de la connaissance ne pouvait se bâtir que comme celle d'un langage. L'inconscient de la structure du langage, dont il fut découvert a posteriori et donc à rebours, qu'il était structuré comme un langage. Quand je dis " connaissance ", je pense non seulement au savoir en tant que contenu, mais aux formes et aux figures de la pensée.

Prenons un exemple concret. Si vous faites des fouilles sur le site d'un village, mettons du IVème au VIIème siècle, notamment sur le bâti. Vous constatez qu'au IVème siècle, on a une ferme, des silos, un pressoir, un cimetière, une église etc.

Au VIIème, on a à peu près les mêmes bâtiments, mais disposés différemment. L'église s'est rapprochée de la maison, elle est entourée du cimetière. Le pressoir également. Les bâtiments d'élevage se sont éloignés.

Ce que vous allez en déduire, c'est un changement dans la spiritualité des gens : Ils associent désormais la sépulture à la religion, et sont devenus des bons vivants, peut-être en période de prospérité économique.

Dire en revanche que la structure des bâtiments forment les points d'un losange, qu'on peut faire le carré de l'hypoténuse du losange, n'apporte rien. C'est la " tentation structuraliste".

Par exemple voici des systèmes qui ont des structures similaires, ou qui se composent par des lois mathématiques de groupe. On s'en fiche éperdument.




Le triangle Stuttgart - Ulm - Rottweil a exactement la même structure que le triangle Vérone - Bovigo - Parme. Ils sont donc membres d'une structure de groupe qui par une loi de composition interne de transposition blablabla. En réalité, niente, il y a des triangles partout et nulle part.

La structure c'est plus pour moi la forme du système, c'est un peu au système ce que la cardinalité est au nombre. par exemple le système de l'articulation fonctionne comme celui de deux aimants que vous approchez l'un de l'autre, c'est de cardinalité deux, et ils ont la même structure, une structure duale, mais peuvent prendre des formes différentes. C'est cela que je sépare la structure de la forme. La forme, c'est un peu l'apparence de la structure, laquelle est une des apparences du système.

La différence entre une collection de choses qui fonctionnent en système et une collection de choses qui ne fonctionnent pas en système, c'est que dans un système, si on pousse une chose, toutes les autres bougent peu ou prou. Si vous mettez un nouveau canard dans un bassin déjà bien encombré de canards, ils vont tous prendre une nouvelle place pour se réorganiser. Mais les canards du bassin voisin ne vont pas bouger. Ils appartiennent à un autre système. Bien sûr, il n'y a qu'un seul système global, il ne faut pas le perdre de vue.
Surtout pour ce qui est de l'intrication. Les choses sont toutes dans un seul grand bain, il n'y a pas un moment où elles se " découvrent " l'une l'autre totalement. Il n'y a donc rien d'extraordinaire à ce que qu'elles ne s'oublient jamais totalement.

Pour le dire vite, notre pensée est structurée par les besoins de notre langue, et donc plus profondément du langage, mais à un point que nous ignorons, autant qualitativement que quantitativement, et cette ignorance entraîne que lorsqu'avec cette forme de pensée dont la structure est héritée du langage, nous prenons comme objet d'examen le langage, nous ne produisions que de la tautologie.

Et ce y compris dans les langages mathématiques. Nous progressons dans la mesure physique de l'univers, ce qui nous permet de prédire quand et comment lancer nos satellites, certes.

Maintenant, il reste à examiner la remontée en taxinomie avec des lois plus conventionnelles que topologiques, c'est ce que je ferai dans l'article suivant.

En rangeant mes images, je suis tombé sur ceci :



Mon triangle vert et rouge, en cours de construction. Six ans de réflexion pour en arriver là. Bon certes entre temps on m'a interrompu avec des histoires d'emploi et de déménagement, mais globalement, ça reste en ligne.


(1) je répète pour ceux qui ont la notion bien ancrée : On peut imaginer que à l'époque, si quelqu'un avait disposé d'une telle taxinomie, il eut bien classé religion / sorcellerie sous " croyance de type", avec à peu près la valeur que nous donnons à l'opposition magique / rationnel, le rationnel étant à l'époque du côté du religieux, puisqu'en s'éloignant du religieux, on ne s'en allait pas vers l'irrationnel, mais vers la sorcellerie.

(2) Aujourd'hui encore, et à l'appui cet extrait d'un commentaire de blog récent : 



on voit que l'apanage du scientifique reste la quantité. Pourvu qu'on la lui laisse, il est prêt à des concessions. or on sait que les équations aux dimensions sont circulaires : Je sais qu'une vitesse divisée par une distant s'exprime en unités de temps. On trouve ici l'assurance de la pensée scientifique : elle se conforte de ce que ses lois de composition restent " internes au groupe", que les définitions se renvoient les unes aus autres de manière fermée, sans " fuite". 

vendredi 20 janvier 2017

Savoir et langage (plafond de verre II, extraction)

Un ami me citait l'autre jour, comme preuve que l'univers est habité des lois universelles de la physique, qui existent indépendamment de nous, l'exemple d'un obus de canon. La science sait si bien calculer la courbe d'un obus que je peux toujours faire le fanfaron, j'ai tout de même intérêt à me pousser de l'endroit où la physique a prévu que l'objet allait retomber. 

Cet exemple est tout à fait édifiant des rapports entretenus par le langage et la connaissance dans l'esprit humain. 
Imaginons par exemple que je réponde à cela que ce n'est que du calcul, et qu'un obus deux fois plus lourd tombera deux fois plus loin, c'est de l'empirique, aucune loi la derrière. Le scientifique me répondra alors que justement non, un obus deux fois plus lourd, ne tombera pas deux fois plus loin, mais racine de deux fois, plus le cube de machin.

C'est à dire qu'une fois qu'il aura trouvé l'équation qui exprime le comportement de l'objet, il aura trouvé une expression de la loi magique qui en est le fondement. 

Je passe sur le fait qu'au passage, il a oublié toutes les questions de division de la courbe en petits rectangles, quel point est en dedans, ou en dehors de la courbe, qui viennent si on titille un peu le sujet. 




Mais, même passons là-dessus, ce n'est pas encore le plus grave. Le plus grave, c'est que du fait qu'il a trouvé une formule de calcul compliquée, qui lui permet de prévoir en gros ou tombera l'obus, il déduit de ce fait d'avoir accompli cette trouvaille, un autre fait, qui est qu'une version idéale de cette formule est inscrite en lettres d'or au firmament

C'est ça qui est ahurissant. C'est du fait d'avoir trouvé un calcul approximatif, et de ce fait seul, qu'on s'autorise à penser qu'il en existe une autre version réelle, un double idéal de l'autre côté du miroir, là-bas, dans la réaltié parfaite où Dieu fait des courbes qui suivent exactement les équations.

Il déduit, non pas qu'il a trouvé une formule qui approxime la trajectoire réelle suivie par l'obus, mais que l'obus suit la trajectoire idéale, la courbe dont l'équation est inscrite dans l'univers. 

Cette vieille idée, que les mathématiques, langage de la physique, elle-même image du monde, sont le langage du monde a cours encore aujourd'hui sous la forme : S'il y a une équation pour exprmier quelque chose, alors cette chose possède au firmament sa version idéale, sur laquelle la conduite de la chose est réglée. 

Et là où le rapport avec le langage est frappant, c'est que les équivalences empruntent aux codes du langage, reprenant cette même idée que le langage décrit tant bien que mal un monde parfait, que nous saurons décrire avec le langage parfait qui lui correspond, lorsque le royaume des cieux sera advenu. 


J'ai ainsi trouvé chez Alain Simon : " ...je suis dans une représentation géométrique de ce qui se présente sous mes yeux comme une équation : ax + by = c [...] Cette équation est l'objet, le signifié d'une droite qui la "représente", son signifiant dans un autre mode Imaginaire "


Ce qui est intéressant là dedans est de réaliser la puissance de l'association " le signifié d'une chose la représente ". Cette puissance d'association, qui est à la base de celle qui nous pousse à penser que le langage représente le monde, est telle qu'elle nous pousse à penser que deux aspects de l'idée de droite se représentant mutuellement deviennent quasi automatiquement signifiant et signifié l'un de l'autre. Et surtout qu'ils existent autant en réalité l'un que l'autre...

Bien sûr, on peut relever le rapport à la perception avec les équations qui pour se " présenter aux yeux", on fait néammoins un petit détour par le cerveau. Mais on les découvre sous les champignons :)

La science est le savoir qui veut ignorer que dans la représentation, il a y a une " acceptation", une " profession de foi" tacite du receveur, lequel dit en réalité " j'accepte de croire ce que vous me dites, que ces choses se " signifient " les unes les autres, dans l'ordre institué, j'accepte de croire que ceci est une image du monde, et j'accepte d'oublier que je viens d'abdiquer de ma liberté. Désormais je dirai que c'est de moi-même que je pense que ceci est la vérité.

Ce faisant il prête allégeance au système d'enseignement qui lui transmet ce cadre culturel C'est un " amen " qui lui vaudra sa place sur le banc. 

Qu'on me dise que les planètes ont des trajectoires que nous pouvons recopier, et qui ressemblent à une ellipise, et qu'une des codifications de l'ellipse est que son ordonnée se balade comme ça, en fonction de l'abscisse, bon, très bien. Mais pas que la trajectoire de la planète suit l'équation de la trajectoire, là non.

Pourquoi non ? Parce que le point aveugle de tout cela, c'est O, le centre du repère. Une droite n'existe que par sa définition, or sa définition par le même locuteur  : " et je vois tout naturellement une droite repérée dans un système de coordonnées, cartésiennes précisément. "

" Tout naturellement ". Hélas non, un système de coordonnées cartésiennes est tout sauf naturel. Il est un système hautement spécialisé dans le nichage de futures droites, précisément.

Dans l'univers, il n'y a pas de repère pour construire les droites, pas d'origine pour les courbes, tout glisse, tout dérape, tout se déplace en permanence, on est comme sur de la glace, impossible de se relever, et la glace est en 3D: quand on pousse l'espace, il coule, quand on l'attire, il s'étire, on nage dans du miel. Imaginez-vous immergé dans du miel, avec rien d'autre que des stylos, pas de feuille, pas de support dur, obligé d'écrire dans le miel.

Là on aurait une physique proche du réel. Mais des droites, non, ça n'existe nulle part. Et cette puissance d'association est telle que ses conséquences deviennent des prémisses. Non pas mêmee des axiomes, car des axiomes on sait qu'ils sont convention. Non, ces associations font partie de la réalité. Même si leurs représentants sur Terre sont imaginaire, on imagine leur version angélique flottant quelque part dans un réel hors d'atteinte.

Et donc ces prémisses, articles de foi, ne sont pas ouverts à la discussion. On aimerait que ce fût le cas, qu'en bon philosophe, on reste ouvert à la question, au lieu qu'un bon clergé de sa théorie, on n'en prône que l'adhésion inconditionnelle. Mais il en va ainsi des cultes, dommage, mais tant pis. Donc passons à autre chose.

Ce que j'étais venu écrire, c'est la suite de plein de choses. On en trouverait une des racines les plus anciennes dans cet article, http://lecerclebleu.blogspot.fr/2015/04/topologie-pascale.html (1), où je tentais de percevoir ce qu'était " remonter la taxinomie". Ensuite, pour le plus récent, ce billet fait suite à celui-ci. http://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/01/je-suis-la-forme-de-ton-sens.html.

Je vais revenir ici sur ce " plafond de verre " que nous traversions, lors le passage d'un étage de la taxinomie à l'autre, du trajet qui a lieu lors des trajets de caractérisation de tout discours.

Ce que je voudrais essayer de montrer, c'est que ce déplacement impacte divers aspects du discours, au cours du même acte : forme / structure, propriété / critère ou encore est / a du cours Gepalm.

Rappelons que nous sommes à cet endroit :


Les traits verts et bleus représentent la taxinomie du lexique, disons une des taxinomies, et pas nécessairement celle par hyperonymie, elles sont toutes présentes.  La flèche rouge représente le sens du discours.

Je pointe ici le moment où le discours passe de X à Y, c'est à dire où il franchit un espace de la taxinomie, pour dire que ce franchissement se passe " en apparence " comme dans la branche de gauche, en vert monochrome. En réalité, on franchit alors un " plafond de verre", matérialisé sur la branche de droite,  par une légère différence de couleur. On passe d'un aspest à l'autre par une sorte d'inversion dans le miroir, différence de couleur qui représente la part de réfraction qui reste toujours, et qui signale à l'oeil attentif le changement de palier.

Mais de quelle nature est ce " changement ", cette alternance entre les aspects, les points de vue. En disant qu'on récupérait l'aspect forme / structure, on a dit qu'on récupérait l'aspect " front du glacier" des deux diapositives.

Ce sur quoi je voudrais insister est qu'en premier examen, il me semble que ce franchisssment s'assortit obligatoirement d'une alternance entre les deux aspects. Si l'on considère qu'à l'origine du déplacement, on était dans l'état A pour ce qui était des aspects impactés, que ce soit forme / structure, thème / prédicat ou a /est (critère / propriété), alors à la fin du déplacement on sera en état B pour le ou les aspects impactés.

En d'autres termes, lorsque ce déplacement est effectué, et pendant ce déplacement, il y a un retournement de la valeur de l'aspect : ce qui était un prédicat doit devenir thème, ce qui était forme doit devenir structure, ce qui était propriété de critère ( " a " ) diot devenir une nature (un être de chose, un " est "), pour les reprendre dans le sens du déplacement vers le haut en hyperonymie, mais il peut y en avoir plein d'autres.

Le déplacement ne peut s'effectuer qu'entre deux états opposés, du point de vue de l'opposition diapositive, c'est à dire, rappelons le, une situation topologique ou un état peut prendre la place de l'autre " à la même place", si l'on ose dire.

Etre alternativement chose ou ce que je dis de la chose n'emporte aucune nécessité quant à l'état à tel instant. La seule contrainte est que si je change de diapositive, je change d'état. A telle place (repérée) du discours, nulle exigence que l'état soit thème ou prédicat, chose ou caractérisant, mais je sais que la diapositive précédente, ainsi que la suivante, offriront les états opposés. Ainsi le changement s'effectue à la même place, les images sont projetées sur le même écran, et des différences nous inférons une volonté d'adhésion (ou non) au consensus, et donc le sens, puisque nous avons en nous le consensus.

Pour apprécier le sens, il nous suffit de mesurer les écarts au consensus, à une base qui n'a ni origine ni repère. En revanche, je sais mesurer l'écart à cette surface. Même si je ne connais ni a ni b, je sais mesurer a-b.

Le sens, c'est l'écart qu'introduit le locuteur entre deux membranes, d'une part la surface du sol, et la toile du chapiteau, ou entre le poumon et la plèvre. Entre le discours convenu, le niveau zéro du consensus, et son discours à lui.


A gauche, le patinage auquel on se condamne tant qu'on pense que le réel est pourvue de structures qui nous attendent.

A droite, les strates de construction du savoir sur le savoir, par dessus le savoir implicite, par dessus la langue, par dessus la culture, par dessus les valeurs, par dessus les désirs, par dessus les besoins.

On remarquera dans cette première image un fait capital : bien que l'origine convenue se définisse de la même manière pour tout le monde, elle n'est pas la même pour tous. C'est à dire que pour chacun de nous, le consensus se définit par : " l'ensemble des valeurs sous-tendant ma culture, culture que j'ai reçue à travers les dispositions relative des mots de ma langue (sa " structure " = ma culture ).
Il est évident que bien que cette définition s'applique à tous, le contenu ne sera pas tout à fait le même pour chacun. Pour deux enfants du même âge, élevés au sein d'une même famille et hors accident personnel (maladie), les " deux consensus " coulés et moulés dans les deux enfants seront quadi-identiques.

Maintenant, nous allons utiliser ce mécanisme pour comparer un discours que nous entendons, à ce fameux consensus " socle ".


Je reviendrai qsur les points remarquables A,B,C et D, bien qu'on puisse deviner facilement. Bien sûr il faut tenir compte de l'écart, mais aussi de la variation de l'écart de la ligne bleue par rapport à la rouge. Si par exemple l'écart se réduit sur un sommet rouge, c'est que la personne apaise la tension sur un sujet qui ne fait pas consensus etc.

Ce que nous ingérons lors de l'apprentissage du langage, ce n'est pas le sens de la langue (nous avons assez montré qu'elle n'en a pas), c'est la surface d'un solide, la surface d'une planète.

Que les atomes soient finalement des atomes, tout le monde s'en fout. La seule chose importante, parce qu'elle peut vous valoir votre gagne-pain, c'est que vous disiez pareil que votre patron.

Si je vous dis " Les Bolcheviks sont des rouges", ça n'a aucun sens pour vous, ni pour moi d'ailleurs, je n'y connais rien en Histoire.

Cela ne " prend " de sens que pour un historien de la période, et encore, pas tout seul, cela en prend parce que quelqu'un peut lui en donner. Un historien est capable, lui, d'affecter un sens à ma phrase (et non pas une " valeur de vérité", cette malédiction qui nous poursuit), par mesure de la différence avec le consensus, en l'ocurrence si je produis : du consensus, de la provocation etc.

Dans le détail je vais donc avaler ou dévaler un escalier (et curieusement, comme nos amis des jeux vidéo) en déroulant mon discours :



Donc pour revenir à mon cheminement, soit je considère le mot en tant que " chose établie " désignée par le mot, soit je considère le mot comme redéfinissant le mot qu'il précède. Et c'est à ma discrétion, pour chaque phrase prononcée (2). Si je dis " Les bolcheviks sont des rouges ", je définis " bolchevik " comme une sous-catégorie de rouge, un type de rouge particulier. Si je dis " les bolcheviks sont des rouges ", je définis les rouges comme un domaine dont j'étends l'extension aux Bolcheviks".
Et vous ne pouvez pas savoir, tant qu'on en reste là, quel sens j'ai donné à ma phrase.

Il faut un complement. Par exemple, le premier usage sera assorti de " mais des rouges non violents", le second usage : " la preuve, ils on assassiné Pougatchov ".

Soit (ou exclusif) le mot me sert de support, alors je n'en discute pas le consensus, et alors je m'en sers d'outil pour redéfinir les autres, ou alors je prends ce mot pour cible, je vais le redéfinir (au sein du consensus) et les autres me serviront d'outil.

Mais je ne peux passer d'un mot à l'autre (il faut étendre la notion de mot, mais vous me comprenez) qu'en changeant de point de vue, en échangeant ma place. J'ai deux silex, j'en tape un avec le second, et celui que je viens d'affiner, je le passe dans l'autre main, l'autre vient prendre sa place, et je me sers du premier comme outil pour affiner le second.

Je n'ai qu'une bouche, mais deux mains. Ainsi je n'ai droit qu'à une marionnette dans mon théâtre, mais quelques mots seront dits par Guignol, avant que je change de marionnette, et c'est le gendarme qui finira la phrase. Ainsi, avec une seule bouche, mon discours puzzle pourra-t-il cheminer entre les consensus de chacun des camps.

Je ne peux passer, plus exactement, d'un étage de la taxinomie à l'autre, qu'en passant à travers le plafond de verre, feignant de ne pas le voir, et feignant de ne pas savoir que j'ai changé de point de vue. D'où le fait que, même dans le parcours du trait vert de gauche, j'ai saupoudré de transparence blanche.
Je sais que je n'ai pas le choix : si je veux que mon discours arrive au point de capiton suivant, je dois en passer par là, je ne peux pas faire l'économie de ce retournement.



Je n'ai pas regardé, mais il se peut que le déplacement s'effectue, du côté du discours, de point de capiton en point de capiton, ces sortes de " relais de poste" où le sens du discours doit se ramasser avant de repartir. C'est ce qui a rendu Proust célèbre, cette façon de séparer les relais de poste :)

A l'inverse, le déplacement le plus court contraint l'auditeur à mettre en route son " search for meaning", il est quasiment contraint. On l'a vu, si le langage est l'outil d'interprétation du réel, ce qu'on nous inculque depuis un âge si jeune, alors il faut que le moindre élément de langage porte comme un " reflet du réel".

Si je pose une formule courte comme " une représentation métallique ", par exemple, je viole le principe d'alternance. Aucun des deux termes ne peut servir à caractériser l'autre, aucun ne peut servir à l'autre ni de thème ni de prédicat : " métallique " est un silex qui glisse sur " représentation ", ne pouvant pas la caractériser, et inversement, dans les choses métalliques, celles qui servent de représentation ne sont pas légion.

Mais je force néanmoins la recherche de sens à se mettre en route. Invinciblement, votre cerveau va générer une image de cette association de mots.

De même mon célèbre " Je ne voudrais pas qu'un Mexicain sur quatre déchire sa chemise mais.... " qui précède certaines de mes prises de position les plus torrides ne peut pas être produit sans déclencher chez l'auditeur un minime frisson, et l'appréhension que ce que je vais dire ne déclenche effectivement au Mexique une vague de fureur sans précédent, au cours de laquelle un quart de la population aura déchiré ses vêtements en se roulant par terre de rage.



Ce mouvement de retournement, comme une voile qui fasseye, et que nous feignons de ne pas avoir entendu, celui ou " pomme " n'est plus pris comme le nom d'un fruit mais comme l'étiquette d'une classe, non plus comme un thème mais comme un prédicat, comme l'étiquette, c'est à dire " ce que j'en dis ", ou encore le considérant comme membre de l'association...

J'ai déjà été bien long ici mais il me faut  encore dire deux choses à propos de parcours dans l'arbre des taxinomies.

Tout d'abord, lorsque dans cet article, http://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/01/histoire-de-la-pensee.html je mettais cette page,



c'était essentiellement pour la phrase " La conjonction des mathématiques et de la théorie de l'art mettra les penseurs de la Renaissance sur le chemin qui mène à l'idée véritablement moderne de nature. ", que je place avant celle-ci :



" La mathématique et l'art se rencontrent maintenant dans la même exigence fondamentale, l'exigence de la forme".

Ainsi Nicolas de Cuse découvrira la fonction universelle du mesurer

Mais les " exaltés ", les génies vagabonds, les adpeptes de la magie et de la mystique restent nombreux, et la science mathématique de la nature ne s'imposera que lentement. "

-------- Fin de citation.

La mesure est devenue la mesure de toute chose, et on tentera timidement d'y recaser l'homme pour faire avaler la pilule. Même si ce dernier semble glorifié, et devrait se sentir honoré d'avoir de si belles proportions, c'est tout de même bien lui qui est inscrit dans le cercle.

La dé-mission de prendre en compte le phénomène humain dans toutes ses dimensions : la dé-mesure que la mission exige nous effraye encore et nous pousse toujours à nous réfugier dans les bras de Mère Science, qui sait tout mesurer.

Aujourd'hui, avec le rejet de la psychanalyse, c"est le même phénomène : Apeurés d'avoir à affronter la réalité du gouffre de la complexité de la psyché humaine, on laisse le boulot aux scénaristes de série tlévisée le soin de passer la seconde couche sur les jeunes, et on se réfugie dans les bras de Maman Science, qui à travers les trous de vers quantiques, va nous ramener dans le womb d'un univers parallèle où nous serons bien au chaud sur une planète soeur respirable, version moderne du paradis.

Alors qu'on pourrait objecter qu'à l'inverse, il n'y a de cercle que dans l'esprit humain. Le réalisme n'est pas toujours du côté qu'on pense.

Et ceci nous ramène à mon sujet. Mais là j'ai vraiment été trop long, je coupe, et je reviendrai sur cette histoire de forme, exigence née de la rencontre des mathématiques et de l'art.

A revenir voir

Personne ne veut avoir de corps.

(1) On retiendra aussi de cet article ceci :

Je suis content d'avoir lu ici
cette phrase :

" Pour éviter les abus de langage sur le « chat mort-vivant », on peut préférer dire que le chat est dans un état où les catégorisations habituelles (ici la vie ou la mort) perdent leur sens. "

----------- Fin de citation. 

C'est déjà pas mal. On a avancé d'un siècle. Mais on peut mieux faire encore.

En effet, le problème est que ces " catégorisations habituelles " ne sauraient " perdre leur sens", puisqu'eles sont échangées par des millions de gens. On préférerait " devraient être abandonnées au profit de... " par exemple. En effet, on le verra bien avec Laurier, c'est précisément ce qui fait fait le sens du langage, que ces catégorisations soient " habituelles" ( consensuelles).

On ne peut donc demander à la langue de " perdre son sens " habituel. Mais c'est émouvant.

De plus le chat n'est dans aucun " état " au sens d'une particule. C'est notre représentation d'un être vivant qui a été cloisonnée dans un type de possible à deux " positions ", où la dualité est mort/vivant. Il faudrait donc reformuler " Notre représentation de " l'état du chat " doit passer de la dualité mort / vivant à une autre forme, laquelle accepte d'insérer un étage de la connaissance, un étage à deux états : connaissance indirecte / connaissance directe. "

La connaissance indirecte comprend les états probabilistes quantiques : peut-être mort, possiblement mort, etc. tandis que la branche " connaissance directe " comprend les états " mort " et vivant" : en prenant connaissance directe d'un système, on le bloque dans un " état absolu". Mais il n'y a rien là en effet que d'assez banal. D'un chat enfermé dans une boîte et inaccesible à toute observation, on sait dire depuis longtemps qu'il peut être aussi bien mort que vivant. C'est une simple illustration que la science nous pousse à entrer dans cette pièce, agrandir le domaine de l'espace des possibles, une simple inviation à réorganiser nos taxinomies. 

Avec la " connaissance directe " de la nature, on revient sur la question de l'observation en physique. Décortiquer les fruits, disséquer les animaux, observer les étoiles, sont de vieilles habitudes, on pourrait dire le " socle de fonds " de l'épistémé.

Ce que les choses " sont ", on peut le " voir ". Plus on verra finement, mieux on comprendra. A la fin, on congèle le vaisseau sanguin du moustique, et de la structure de ses membranes, s'évaporeront, comme le fumet de l'omelette, les fonctions que remplissent ces membranes. En regardant le film, on comprend l'intrigue.

(2) C'est, on le verra avec Laurier, ce dans quoi s'empêtrera Grice jusqu'à la folie. Il sent bien que le sens de la phrase doit précéder celui des mots, mais il ne peut déduire le sens de la phrase de celui des mots. Il a une phrase qui a tel sens, et quand il sépare la phrase en mots, pas un seul n'a de sens.
Comment la phrase pourrait être trouver un sens dans la combinaison de mots qui n'en ont aucun par eux-mêmes, qu'ils ne prennent que mis en usage dans la phrase ?

Il a un plat qui sent l'omelette au cèpes, et quand ien analyse chaque morceau, aucun n'a ne goût d'omelette, ni de champignon. C'est frustrant :)



lundi 16 janvier 2017

Piaget Structuralisme XVII structures psychologiques (bureau association)

Suite à cet article, nous sommes page 49, et nous allons de là englober jusqu'à la page 52, des considérations sur les structures liées à l'intégration des phénomènes perceptifs. pour en arriver au §12 Structures et genèse de l'intelligence, titre alléchant.

Je passe sur les considérations sur la Gestalt, j'y reviendrai. Il me suffira de dire pour le moment qu'il n'y a de rapport des parties au tout qu'en tant qu'ils sont nommés. Pour le redire autrement, il n'y a pas de tout, ni de parties, partant pas de rapport. Il n'y a de rapport qu'entre les noms donné au tout, et les noms donnés aux parties. 
C'est d'ailleurs ce rapport, cet ensemble de rapports qui constitue les conditions d'équilibre dynamique du système. Dynamique car il n'est jamais donné une fois pour toutes, il évolue comme la forme du système en témoigne. Il n'y a pas un " calque des sens " qui glisserait sur un " calque des formes". L'intuition de Foucault devrait être reformulée en disant que la forme dus ystème est la structure des sens, elle lui donne forme.


Si l'on veut la question du rapport de la partie au tout est celui de la politique qui régit la condition de membre d'une association. Cette politique est l'expression du consensus implicite d'appartenance à l'association. Elle le formalise. On pourrait m'objecter que l'association ne fonctionne pas en système, au motif qu'on peut enlever des membres sans que le tout se réorganise. Cela ne reste vrai que pour une certaine quantité dans un temps donné. Donc en théorie, oui, en pratique non : l'association fonctionne bien en système. D'ailleurs la vie et la mort des partis politiques le prouvent tous les jours.


En effet, humainement, si le bureau exclut la moitié des membres de l'association sous des prétextes divers liés à l'esprit des statuts, l'autre moitié des membres va protester au motif que le bureau s'arroge des droits excessifs et traverstit précisément l'esprit de l'association, le consensus implicite qui lie les membres, lequel consensus est bien un équilibre dynamique.

On peut aussi bien temporairement arracher la moitié des pages du dictionnaire, interdire l'usage de la moitié des mots d'une langue, et prétendre que la langue ainsi amputée demeure. En théorie, oui. En pratique, ses locuteurs vont se mettre à réorganiser le système.

Nous sommes amenés à ce paragraphe par une phrase d'introduction " Mais c'est là un problème central pour la théorie du structuralisme". Quel est donc ce problème ? 

" Il s'agit d'expliquer comment le sujet en développement va conquérir les structures logico-mathématiques. " 

La métaphore a un côté militaire. Le sujet va aller conquérir une nouvelle province pour l'ajouter à l'empire. L'empire sera ainsi défini par l'ensemble des provinces qu'il aura peu à peu annexées. Depuis ce grand territoire extérieur où les structures barbares s'ébattent sauvagement. 

Je préfère adopter le point de vue inverse, à savoir que ce qu'on appelle le " développement d'un sujet " est pour partie l'acquisition que lui propose le groupe de certaines de ses structures opératoires, en l'occurrence les structures logico-mathématiques. 

Je précise cela pour dire que je ne bats pas en brèche ces hypothèses au prétexte de tel ou tel argument technique, mais au motif d'un renversement de perspective. On pouvait bien lister toutes les paffions de l'âme, la recherche était intéressante à l'époque, mais il se trouve que nous changeons de système épistémologique.

Si on dit " Le groupe utilise le langage pour faire entrer son monde dans le sujet, à savoir le structurer par sa culture et lui en transmettre sa part pour en faire un membre du groupe", au lieu de dire " l'individu utilise le langage pour décrire le monde", on a déjà presque tout gagné : les grosses bêtises sont bornées.

Rien d'étonnant donc à ce que je sois amené à considérer que la notion de frontière dans une classe puisse être mise en rapport avec celle de l'appartenance d'un individu au groupe, tel que se gagne, se maintient ou se perd le statut de membre dans une association (1).


Mais revenons au texte, parce qu'il y a là des précisions intéressantes. " Ou bien alors il [le sujet] les découvre toutes faites, mais on sait bien qu'il n'en constate pas l'existence comme on perçoit les couleurs ou la chute des corps... "

On sait depuis Einstein que précisément, on ne " perçoit " pas la chute des corps, on ne perçoit que celle des autres. Quant aux couleurs, nous avons déjà insisté là-dessus et nous y reviendrons avec Laurier. Il est curieux de noter que la perception des couleurs revient automatiquement sous la plume de qui aborde l'étude du langage.

" Et que leur transmission éducative " Première apparition de la notion, après 50 pages d'exposé. " n'est possible que dans la mesure où l'enfant possède un minimum d'instruments d'assimilation " Oui...

" qui participent déjà de telles structures". Aïe, donc pour apprendre, on a besoin d'une chose qu'on a déjà apprise. Mais alors comment l'a-t-on apprise la première fois ?

Trêve de gausserie, la cristallisation n'est pas facile à expliquer. 

N'empêche. L'enfant ne constate pas l'existence des structures comme on perçoit les couleurs. Il s'en est fallu de peu pourtant. Elles sont l'objet d'une " transmission éducative". Belle litote, involontaire, sans doute.

 (1) La simple mise en rapport, ne fut-ce que le rapprochement topologique dans l'espace unidimensionnel de la chaîne syntagmatique, le rapprochement donc de deux mots, suggére par là une parenté quelconque entre eux, parenté dont le contenu reste à déterminer, la nature à expliciter, mais dont l'existence même est entérinée par le simple fait de la mise en rapport.

Elle engage donc mon rapport au groupe, qui m'a en général transmis un consensus concernant le rapport entre ces deux mots. Par exemple, par le simple fait de dire " drogue bien", je rapproche deux mots, et ce rapprochement n'a aucun sens puisqu'il s'agit d'un nom et d'un adverbe de moralité.

En rapprochant ces deux mots, je viole l'attachement " drogue mal ", consensus transms par le groupe, violant un attachement, je coupe le lien.

Je prends cet exemple caricatural pour dire que pratiquement toutes les combinaisons de mots portent cet aspect. En les utilisant je les cautionne. En les cautionnant je cautionne le consensus qui les étaye. En cautionnant ce consensus je réaffirme mon obédience au groupe, qui en échange de cet acte d'allégeance, me conservera au rang de ceux qui reçoivent le quignon de pain, voire les honneurs, les médailles, le diplôme, l'aspect rubicond, la bonne cave, la robe etc.

Il reste une zone à explorer : Si je dis " douche - girafe ", si je dis " pamplemousse - citron ", ou " voiture - parapluie ", ou " donnez nous notre pétrole quotidien ", alors je tombe dans la gentille poésie innofensive, pour enfant ou pour adulte selon le degré de niaiserie du trope.

Tout le territoire du langage n'est pas miné. Si cela ne remet pas en question les intérêts que le député maire a mis dans la ZAC avec son beau-frère gérant de la société, tout va bien. Si ça ne bouscule pas les conventions des petits poujadistes qui peuplent votre pays, on vous donnera un petit prix de poésie et une bouteille de mousseux.

Tant que vous ne remettez pas en question les principes qui permettent à la maffia de s'enrichir tout en arrêtant un petit dealer de temps en temps pour faire semblant de maintenir l'ordre, vous pouvez toujours mélanger les mots comme dans un sac de scrabble.