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mardi 22 novembre 2016

Piaget Structuralisme XV structures biologiques

Je vais repartir d'un peu en arrière par rapport au point où j'avais laissé ce fil de discussion, à savoir la page 45, mais alimentée de la lecture des pages précédentes, que je rappellle ici :


Après avoir relié l'homéostasie à du significatif, (comme si la coagulation du sang relevait du " normal / anormal ...."), Piaget va effectuer le même type d'opération d'autorégulation entre l'environnement et le génome via la sélection des phénotypes, et pourquoi pas, au codage de la logique des instincts dans l'ARN.



Ce qui est recherché ici, c'est une structure " porteuse". Qu'il s'agisse du génome ou de l'epigénome, de l'ARN, il faut une structure matérielle, tangible, qui puisse porter la logique et le sens de ces organisations. C'est ce qui m'étonne bien sûr, c'est cette imposibilité pour lui d'admettre que les structures de savoir des sociétés " évoluées " puissent résider uniquement dans le nuage du vivant, dans son ici et maintenant transporté par le temps, que ces structures n'existent que virtuellement dans cet espace chaud où le sang pulse. 

Non, pour lui il faut qu'elles soient " déposées " quelque part dans un treillis de ferraille, dans la veine d'une mine, c'est la version moderne des Tables de la Loi, il faut que ce soit gravé quelque part. 

Et comme ce quelque part est extérieur à nous, il faut que quelque chose ou quelqu'un ait pensé le lien entre cet extérieur à nous et les catégories, du genre " normal / anormal " que nous percevons comme intérieures à nous... Cqfd, c'est Dieu qui a gravé les Tables...

D'où que lorsqu'on en arrive à l'humain, on puisse lire ce genre de phrase : " Les contacts et les modifications [...] acquises en fonction du milieu [...] ne sont jamais stabilisées que par assimilation à des structures ". 

Le mot " assimilation " est ici à savourer grassement... Et finissons en beauté :

" En un mot, les ' totalités ' et  ' régulation ', tout en étant matérielles et de contenu physico-chimiques, font comprendre la liaison indissociable des ' structures ' et du sujet, puisque l'organisme est la source de ce sujet [...] " 

Il s'agit bien sûr d'en venir aux structures psychologiques. On a vu que le lien entre les structures et une sorte de réalité était, pour ce qui regarde les mathématiques, basé sur les opérations géométriques supportées par les figures en écho à la combinatoire des déplacements, en physique on n'a pas trop compris, et en biologie, la structure se matérialise par son support physique.

Il est admirable que le chapitre se termine sur une citation des mots et des choses. Et laquelle ! Un déchirure de l'ordre des choses, laquelle se trouve réduite à " un simple pli dans notre savoir ". Pourquoi a-t-il mis ici cette citation ? 

Que cherche-t-il en fait, que pressent-il, sinon ce que dit Foucault. Mais le structuralisme, c'est comme la blue note, c'est le truc un peu faux qui permet de passer d'une forme de pensée à une autre. Il sent que sont en écho la structure de notre savoir et celle de la réalité, même si la première est inscrite dans cette dernière. C'est là que le bât blesse, bien sûr. La structure de notre savoir est aussi taillée pour la réalité que les cônes de notre rétine à la longueur d'onde de la lumière solaire, sinon, nous ne verrions rien

Mais nous ne pouvons pas imaginer l'hypothèse que nous soyons aveugles sur cette Terre, car notre espèce n'aurait pas survécu. 

On connaît par ailleurs l'idée de Piaget sur l'apprentissage par l'enfant : ses processus cognitifs oscillent de façon à se cristalliser dans des structures logico-mathématiques. 

Ce qui est arrivé, c'est que cette découverte s'est faite dans un premier temps dans ces termes. Exprimée ainsi, il fallait que ces structures fussent " quelque part ", alors que la nature même de cette découverte implique que la structure ne soit nulle part ailleurs que dans le même espace qui a donné lieu à la découverte précédente. 

La découverte complète se formule donc : " ses processus cognitifs oscillent de façon à se cristalliser dans ce que nous codons, représentons et comprenons comme ce qu'on appelle des structures logico-mathématiques. "

L'espace où l'enfant apprend, et où l'adulte nomme est un seul et même espace. Ce sur quoi cristallisent les procesus cognitifs ne sont rien d'autres que des résultats de cristallisations précédentes, ce sont des concrétions, qui attirent et retiennent l'oscillation de la structure sur une forme connue. Et  comment faire autrement ? 

C'est pour cela que Sheldrake a imaginé que l'univers physique fonctionne sur ce principe, de façon plus large que pour les structures à niveau d'énergie minimal ou les cristaux. 

Il est très intéressant, d'un point de vue épistémologique, de regarder cette période. C'est comme s'ils avaient trouvé l'outil, et qu'ils ne se le sont pas appliqués à eux-même. L'outil affleurait, sortait du sol, on le brosse, on l'exhume, et on cherche alentour le squelette auquel il appartient. Mais on ne pense pas qu'on vient de trouver un de ses propres outils. 

On ne voit pas la main qui l'a tenu, et qui vient de le découvrir. C'est quand même marrant, que cela ait émergé à ce moment là, cette idée qu'on puisse comparer les choses non plus par des listes de critères fixes mais par des opérations intellectuelles, qui créaient des familles de structures par-dessus les dissemblances, cristallisant dans ces mêmes structures. Mais je crois qu'il le sent, tandis qu'il feint d'ouvrir frénétiquement les portes des placards et les tiroirs, pour trouver où on a mis ces satanées structures, comme on cherche le tire-bouchon, alors même, il le sent que ce qu'il cherche, c'est ce qu'il vient de trouver, et que ce n'est nulle part ailleurs. D'où la référence à la fois précise et hors de propos à Foucault, précisément là, sur le sujet, comme s'il indiquait une direction encore interdite. 

C'est peut-être, après l'archéologie du même que Foucault déterrait du moyen-âge aux Lumières, l'archéologie du dissemblable qui s'est offerte pour la période du XIXème et du XXème, avec l'éclosion des nouvelles sciences physiques et de la psychanalyse. 

Je rappelle que le " Que Sais-je " que j'épluche ici a été imprimé en 1968, et il me semble que c'est une édition révisée. Il pressent qu'il a trouvé quelque chose où tout se reflète, il n'est pas encore sûr que ce qu'il tient, c'est un miroir où il se regarde, mais quand il bouge le miroir, ça lui en donne tout de même bien l'idée.

lundi 21 novembre 2016

Retour sur la peau des patates - escalier de caractérisation - dimensions

Je vais revenir un instant sur cet article, Taxinomie, discours et capiton
http://lecerclebleu.blogspot.fr/2014/10/taxinomie-discours-et-capiton.html , mais auparavant, je voudrais dire un mot déclenché par un détail qui précède, en l'occurrence cette image que j'avais portée peu avant l'article : 


Image d'une pomme, ainsi légendée : " Ceci est une pipe " (avec visibles ratures, bien entendu), et  assortie du commentaire : " Voilà, comme ça, c'est réglé ". 

J'entends d'ici certains s'adresser à moi en ces termes  " D'accord. Admettons que nous avons cédé. Sous le poids de ces charges que vous venez déposer et accumuler, nous cédons. Nous donnons toute son extension à ce fait que vous voulez établir, comme on établir un ambassadeur, avec droit de siège au chapitre, ce fait que pour une part, la prédication crée la réalité. Nous l'admettons, c'est entendu, ce qu'il est convenu d'appeler la réalité est une projection de la structure de prédication, d'accord, et maintenant, nous vous retournons la question ' Et alors ? ' ".

Je vais répondre, mais je vous remercie d'abord d'admettre que la question se pose. En effet, et alors ? Qu'est-ce que cela change de considérer la réalité comme un espace du langage où nous vivons ? C'est là que mes derniers fidèles vont s'en retourner, désespérés, à leurs familles abandonnées du temps de l'espoir de devenir des pêcheurs d'homme, secouant la tête et la poussière de leurs sandales, disant " Non là c'est trop, on ne ne peut plus te suivre". 

Peu importe, j'irai sur le qui-vive par les noires frondaisons, l'oeil sombre, et le sourcil inquiet au bruit dans le feuillage, les maigres rêves au hamac hantés de feulements et de démangeaisons. Mon Dieu, c'est beau comme du Hugo.

Eh bien l'espoir est de mieux comprendre la charnière entre le savoir et la réalité. " Mieux " c'est à dire que si on lui accorde certains caractères dans un sens, il se peut que ces caractères aient des réciproques intéressantes. En fait, c'est le la proximité avec cette image qui m'a incité à le formuler ainsi :


Si notre pensée ne décrit pas le monde, mais qu'elle en est une partie, alors l'inverse est vrai, et il y aurait moyen de délier ces cercles qui sont enfermés l'un dans l'autre, les délier pour de vrai, lorsqu'on aura trouvé la formule magique (1)

C'est à dire si on trouve la figure de style correspondante à la déliaison des cercles. On va me dire que c'est de la pensée magique. Je rétorquerai que le fait qu'un hamiltonien puisse passer d'un endroit à l'autre de l'univers n'est pas loin de mon schéma de pensée. Vous allez me dire que je raisonne à l'envers, et que le hamiltonien ne fait qu'entériner une chose qui était déjà là. 

C'est là que mon article de foi devient carrément hérétique. Je n'en suis pas si sûr. On me dira que les anciens avaient observé les planètes. Je répondrai qu'ils les voyaient fixées sur une sphère, et que rien n'interdit de penser qu'elles l'étaient. Ah, le scandale est encore plus grand. C'est comme aujourd'hui les limites de l'univers. Rien n'interdit de penser qu'elles sont effectivement ce que nous pensons qu'elles sont. C'est une évidence, m'allez-vous dire. Eh bien, peut-être que cela paraîtra aux physiciens dans 3 siècles bien pire que de penser qu'elles sont punaisées sur une sphère.

Ce dont nous n'avons justement pas idée, c'est des dimensions de pensée que les révolutions scientifiques remettent en cause. Sinon, on aurait déjà trouvé. C'est proprement l'impensable, à quoi nous appelle la prochaine étape de notre savoir. 

C'est notre frilosité, et la peur des charlatans, qui nous garde dans le rang. Et elle est compréhensible. Mais il faut comprendre comment notre pensée est reliée à l'échelle des possibles. C'est, si on veut le formuler ainsi, une discipline à part entière, un champ de la pensée dans lequel il faut progresser, s'améliorer, comme dans les autres. Nous avons besoin d'épanouir nos dimensions, et cette direction se présente à nous. 

La direction, c'est d'ouvrir une allée là où il y avait une frontière. C'est la part de gâteau qu'on pense trop petite pour la couper encore en deux sans tout casser. En se rapprochant, elle constitue un territoire bien assez grand, si on prend la peine de l'examiner en détail. En fait cette frontière c'est toujours la même, c'est celle entre l'imagination et la science, entre la foi et la raison, celle qui nous fait basculer dans l'indéfendable.

Nous ne pouvons plus aujourd'hui gérer cette frontière avec les mêmes outils que du temps de la nef des fous. Trop d'indices s'accumulent, mais en vrac, comme un tas de déchets poussés par les engins de chantier, les tassant au pied du mur en attendant mieux. 

Comprendre notre rapport au savoir, dans son efficace sur le réel, c'est à dire dans notre capacité à aménager le réel, sans se voiler la face sur l'étendue des relations entre les deux, c'est assurément nous ouvrir un champ d'expériences immenses. 

Bon, je vais maintenant en venir à l'alternance de nature de la caractérisation, que je n'ai pas assez creusée à l'époque.

Il m'avait semblé que le fait qu'une phrase se déploie dans une figure d'alternance pouvait relever d'une sorte de cadence en escalier qui parcourrait la taxinomie, chaque marche décrivant une alternance qui oscille entre " thème / prédicat ", " être / avoir " , " propriété / critère ", ces alternances dessinant en quelque sorte dans l'espace le cheminement du discours. Comme un chemin entre des cubes ne pourrait se faire que le long des arêtes.

C'est la Bintje qui dit " j'ai la peau épaisse", et la peau de la Bintje qui dit " je suis épaisse". C'est au départ la Bintje qui dit : " pour savoir ce que je suis, il faut que tu saches que que j'ai".

Mais ce que j'ai d'épais, c'est ce qui est épais en moi. Il faut donc que tu saches ce qu'est la peau, pour une pomme de terre.

Etc. Je ne vais pas poursuivre, l'alternance thème / prédicat suit ce parcours être / avoir au long de la taxinomie. On peut donc les voir tous deux comme un redoublement d'une variable permettant de situer si on est sur un étage thème ou un étage prédicat de la taxinomie.

Ou plus exactement " comment on voit l'étage ". En effet, ce n'est qu'une question d'aspect, puisqu'on peut renvoyer " épais " à " épaisseur ", et inverser le point de vue. Ce qui était prédicat devient thème etc. Mais cela n'a aucune incidence, le langage sait jouer l'un aussi bien que l'autre.

C'est tout l'enjeu cependant de l'intellectualisation, des principes, de la prédication en gros, que l'établissement de " ce qui se plaide " et comment, pour le dire vite. Cela emporte bien évidemment tout le système de valeurs cf. la généalogie de la morale etc.

On le sait, ce qui me reste toujours à déterminer, c'est comment l'édifice se reconstitue en interne. Je ne parle pas du risque de retomber sur une méprise concernant la nature de la structure : il n'y a pas de principe, il n'y a que transmission. J''entends bien, mais je ne comprends pas comment la structure se reconstitue avec autant d'exactitude en interne.

A revenir voir.  A creuser également encore, cette alternance.

Sans doute pour une part le lien dans le vécu avec des situation émotionnelles, de loyauté, de violence, où le contexte des enjeux valide la construction... du symbolique. D'où chez certaines personnes ce " manque " apparent d'adhésion aux valeurs du groupe.

Bref, je vais revenir à encore plus terre à terre. Comment ces structures mentales se manifestent-elles dans le biologique ? 

Ceci nous ramène pour le troisième point à la question des dimensions. C'est la question du +1 qu'il faut attribuer à chacune.

Je vais être une fois de plus iconoclaste, car je vais considérer l'espace géométrique comme espace dont les caractéristiques sont déterminées par les exigences qui permettent son existence intellectuelle.

Je me réfère aux deux aspects du mot dimension, tels que dissociés dans la définition ci-dessus. Pour moi, il n'y a de dimension qui ne se mesure. Ce serait sa meilleure définition. Peu importe donc le système fermé qui veut qu'une vitesse soit constituée d'espace et de temps, ce qui m'intéresse c'est comment on mesure ces grandeurs.

  • un objet ponctuel (comme un point) dont on néglige la taille est dit de dimension zéro, car une fois que l'on a désigné le point, on n'a besoin d'aucun paramètre supplémentaire pour le trouver.

Je m'interroge notamment sur en lisant la phrase : "  Un objet ponctuel (comme un point) "

" dont on néglige la taille est dit de dimension zéro, car une fois que l'on a désigné le point, on n'a besoin d'aucun paramètre supplémentaire pour le trouver. " 

Il " est dit" ressemble à une formule de droit, et cela m'inquiète. Je récuse l'idée d'une conception qui " néglige " les fondements de son existence, entre autre la taille d'un " objet " censé modéliser une partie de la réalité.(2)

Car il reste qu'on a " désigné " le point, mais comment donc ? Eh bien sans doute par d'autres points sur les axes du repère, lesquels ont un peu intérêt à être trouvés " pour de vrai", eux, si on veut que l'ensemble tienne debout.. 

Passons.et tentons de reprendre cela de façon rationnelle. On se souvient que je n'ai pas poussé jusqu'au bout cette idée du " remplissage " de l'espace, mais poursuivons : imaginez qu'une droite soit vraiment située dans un univers en 1D.

Il est hors de question pour un de ses points de " sauter " ailleurs sur la droite. Puisqu'il faudrait pour cela emprunter le plan, ce qui est contraire à la convention. L'univers est donc entièrement immobile et incapable du moindre changement. Idem avec un plan : les points peuvent circuler à plat etc.

Donc, si on veut raisonner correctement, il faut dire que définir une droite suppose de manipuler deux dimensions : la première pour y caser les points, et la seconde pour faire circuler ces points, c'est à dire en fait pour en " faire des points" (s'ils ne bougent pas, ce ne sont pas des points, ils n'existent pas, il faut qu'ils se déplacent pour les isoler).

Donc une droite est un espace à deux dimensions. De même, un plan est un objet à trois dimensions, la troisième étant nécessaire pour définir ses objets. En deux dimensions strictes (imaginez ce que voient les Flatiens), seule la notion de point est possible : échanger un point à gauche ou à droite d'un autre point. 

Pour le dire autrement, je mets en examen la phrase: "
  • un objet plan (comme une feuille de papier) dont on néglige l'épaisseur est dit à deux dimensions, car il faut deux nombres (xy) pour désigner un de ses points ; "

Ce que je veux dire, c'est que les points d'une droite sont incapables de concevoir les points d'une droite. Idem pour les " points " d'un plan. Les Platiens ne sauraient concevoir que ce qu'on pourrait appeler, mais uniquement ici pour l'exemple, un " pixel". Un pixel a bien deux dimensions, car il se réfère à un espace 2D fermé, celui de l'écran ou de l'image. Mais ce n'est pas un " point " au sens où nous l'entenons.

Pour définir un tel " point ", à trois dimensions, il nous en faut quatre, minimum celle du temps, c'est à dire la possibilité de l'interchanger. En effet, si nous étions prisonniers d'un instant fixe, nous ne pourrions rien faire.
Mais en vertu de ce qui précède, et pour rester cohérent, il nous faut admettre que si nous manipulons des points à 3 dimensions, c'est que nous disposons de la quatrième.

Mais d'une seule quatrième. Je reviendrai à cette assertion bizarre. 

A revenir voir (je n'en ai d'ailleurs pas fini avec les espaces vectoriels)

Disons donc pour le moment que nous vivons dans un espace à au moins 4 dimensions. Sont elles toutes également libres sur l'axe du temps ? La question se pose. 

Pourquoi " au moins", car nous n'avons pas encore examiné notre " rapport " aux dimensions. Nous pensons généralement qu'elles sont sous nos yeux, mais l'exemple des Platiens nous a montré que ce n'est pas le cas.

Il y d'ailleurs dans une conférence de Cédric Villani une image amusante à 19:30 pour matérialiser un espace à plusieurs dimensions. 


La flèche orange est de moi. Le petit truc implicite qui m'amuse dans ce schéma, c'est qu'il coule de source que pour faire apparaître plus de deux dimensions sur du papier, il soit possible de procéder comme pour la troisième, c'est à dire d'utiliser la représentation de la profondeur par son aspect visuel, et utiliser pour cela la convention de la perspective.

Pour le dire autrement, l'important n'est pas pour moi de savoir ce qu'est, ce que serait ou non la réalité, mais bien dans quelle mesure elle est en interaction avec notre pensée. Et de dire que ce que je viens de dire est une façon contemporaine de formuler ce qui se serait auparavant dit par " l'important n'est pas de savoir ce qu'est la réalité, mais ce qu'on en peut connaître ".

On peut plus je pense dire aujourd'hui aussi sereinement " Mais peu importe que les Platiens puissent ou non concevoir les points, ces derniers existent". 

Mais je donne d'un côté ce que je reprends de l'autre, puisque je dis que si on a démontré qu'on peut retourner une sphère sans la déchirer, alors il est de notre devoir d'apprendre à le faire avec les mains, et que ce qui nous sépare de cette capacité est justement en cause dans ce que je dis.

Bien, j'espère que c'est clair. 


(1) Et cette formule magique est déjà écrite, puisque les équations de Nash et de Perelman nous donnent tout espoir qu'après le retournement de la sphère, la déliaison des tores puisse être envisagée un jour. 

(2) Et ceci n'est pas, il s'en faut de beaucoup, une base pour aller vers un espace quantifié par les briques de Planck. 


mercredi 16 novembre 2016

Représentation 2a (Aulagnier 3) IQS Chap. 13 Le langage pictural.

Suite à cet article, http://lecerclebleu.blogspot.fr/2016/08/representation-1d-aulagnier-2-point.html
je vais m'arrêter, avant d'attaquer en pas à pas dans VI à la notion de représentation, sur le chapitre 13 d'IQS intitulé : " Du langage pictural au langage de l'interprète".

Ce que j'espère trouver là est une certaine définition du langage pictural censé être utilisé dans la phase originaire, afin de mieux comprendre comment fonctionne le mécanisme de représentation pendant cette phase. L'objectif final étant toujours le même, à savoir se faire la meilleure idée possible du rôle et du fonctionnement de la représentation dans la psyché selon Piera Aulagnier.

Je continuerai de traiter en parallèle les queues des deux comètes de Piaget et Laurier.

Nous sommes donc page 330 d'IQS. Afin de situer les " mots fondamentaux ", ceux par lesquels l'analyste rend " dicibles les affects", Aulagnier propose de revenir à Freud par cette phrase qui illustre ce que Freud appelait " l'exigence de figurabilité " :


" La pensée du rêve, inutilisable sous sa forme abstraite, " doit être " transformée en langage pictural " 

Notons que Piera Aulagnier dit : " La représentation par image de chose a précédé la représentation par image de mot, fait plus important, elle reste le mode de représentation propre au primaire et va imposer ses formes et se couleurs à cet ensemble de constructions psychiques dans lesquelles le processus secondaire, bien que présent, cède l'avant-de-scène aux causalités du primaire : volontairement, dans la rêverie diurne  et dans la fantasmatisation consciente, involontairement dans toute une série de phénomènes pathologiques dont l'hanllucination (visuelle ou auditive) nous offre la forme la plus extrême et la plus frappante. " 

Je pense ne pas trop m'avancer en disant que le primaire dont elle parle là se réfère à celui de Freud, et non " au sien" en ce qu'il suit l'originaire. 

Le but de cet article n'est pas de présenter mon point de vue, mais je me permet de signaler l'expression " image de mot", ainsi que " rêverie " et " fantasmatisation consciente " sur lesquelles j'aimerais m'attarder, ne serait ce qu'en rapport avec la notion de représentation. Je rappelle que pour moi la représentation n'est pas un phénomène conscient.. 
La personne ne vit pas un phénomène de " prendre pour", une illusion dont elle se saurait peu ou prou victime. La personne vit le représentant en lieu et place du représenté (totalement disparu, effacé), en bloc, et la substitution n'est accessible qu'à un regard tiers. 

Même si deux représentations peuvent se superposer, les pourcentages étant ce qu'ils sont, ils sont non négociables. Mais passons pour le moment. mettons qu'il n'y a pas de superposition pour simplifier. 

" Dans cette sorte d'ontogenèse que Freud nous propose [...] le visuel précède l'accoustique, le vu précède sa connaissance et la possibilité de sa nomination,  l'image sensorielle est le premier référent de la représentation qu'elle rend posible "

 " Nous appelons régression le fait que dans le rêve la représentation retourne à l'image sensorielle dont elle était sortie un jour "

On sait maintenant que l'auditif est utilisé précocement in utero, et cette utilisation n'est pas forcément à confondre avec une " possibilité de nomination ", et à titre personnel, je pense que le toucher au sens large, c'est à dire les sensations haptiques de pression de la peau contre soi et / ou la membrane utérine qui sont encore sous-estimée, mais passons, c'est une évidence, il n'y a rien à proposer contre le fait qu'on voit avant de nommer. 

Arrivons à la page 331. La " possibilité de retrouver ce langage pictural " m'inquiète un peu. Le " retour sur scène " du souvenir visuel n'est pas ce à quoi je m'attends pour l'originaire. Disons que la catégorie des images réelles, sensorielles de la " réalité historique " du passé de l'enfant, appartiennent certes à l'ensemble des formes perçues, mais que j'aurais plutôt tendance à laisser cela à des professionnels de l'analyse du refoulé. Je cherche un lanagage des formes tel qu'il fonctionne " hors émotions", non qu'il ne soit lié en permanence au flux des émotions de la vie, mais ce n'est pas l'analyse chorégraphique de la scène traumatique qui m'intéresse, on l'aura compris, je pense.

Suite de la page 331 : " l'analyse de ce premier langage nous prouve l'universalité d'un ensemble de thèmes picturaux, que chaque peintre se trouve dans l'obligation d'exécuter, de re-produire dans et par ses premières compositions." 


J'ai raté la conduite de cette analyse, ainsi que la présentation des thèmes prouvant leur universalité. Elles se trouvent sans doute dans un ouvrage que je n'ai pas lu.

Plus bas, le lien entre la pulsion de voir et la pulsion épistémophilique est évident. Pour ce qui est des " causes et des fins ", il est certains que les " raisons d'être " d'une chose disent assez qu'un pilier de la connaissance est la causalité. Mais on a montré j'espère qu'il n'est pas le seul.

Je préfère quand ce lien se cherche une justification du côté " d'une certaine intrication " entre voir et savoir, celui du plaisir et de la réassurance, de la présence et de l'intégrité. 


Passons sur les pages 332-333, qui font un détour pour exposer les théories de la construction de la connaissance du sexuel chez l'enfant. 



De la page 334, en bas, je garde cette phrase : " Du plaisir de voir on passe ainsi au désir d'élucider, trouver les causes et les conséquences du vu. "

Je la garde parce qu'elle insiste si lourdement sur la causalité comme principe fondateur de la structure de la connaissance, qu'elle me rappelle un peu cet article. On projette sur le vu, sur la réalité du vu, le fait qu'il doit bien posséder quelque part, ce vu, des causes et des conséquences. Or on l'avu, et même Aulagnier le sait, elle l'a dit quelque part, ce sont là des catégories du langage. Mais elle le dit tout de même. Je coupçonne que c'est parce que ce n'est pas là son essentiel, elle veut aller ailleurs.


" Mais ne peut-on aussi dire que l'inverse reste vrai, et que la connaissance se donnerait comme but ultime la possibilité de se rendre et de rendre visible son connaissable et son connu ? "

En d'autres termes, éclairer son objet, et in fine, lui donner un contenu. Nous avons vu que l'antécédence de la prédication évoquée par Bimbenet va aussi dans ce sens, et je ne peux que me réjouir de tout cela, car ce sont des bases sur lesquelles je m'appuie pour aller plus loin.

" N'est-il pas légitime d'y reconnaître à notre tour l'espoir, toujours présent, de pouvoir attribuer un statur de certitude à nos propres pensées ? " Je dirais même un statut ontologique aux notions qu'elles recouvrent, mais passons pour le moment.

" Retenons pour l'instant la valeur démonstrative, cette preuve par l'évidence, que l'on attend de l'observation et des propriétés d'observations propres à certains phénomènes : observation qui a une place privilégiée dans l'ensemble des démonstrations, des preuves, venant assurer le sujet de la conformité entre sa connaissance et la chose qu'il prétend connaître, [...] "

En effet, tout cela ne nous avance guère sur ce fameux langage pictographique...

mardi 15 novembre 2016

Incise sur la sélection - Bimbenet, le retour

Comme vous le savez, je mets au propre les articles de ce blog pour en faire une version papier présentable, et je me sens obligé de préciser certains points. C'est le cas pour cet article,  http://lecerclebleu.blogspot.fr/2014/09/classification-et-caracterisation.html , où la motivation est que le point est d'importance, et que je n'ai pas assez explicité son apparence, tandis qu'il prospérait en interne.

Le fait est qu'il se relie aux questions de normalité, caractère orthoradial que j'évoquais récemment (j'évite d'employer " normal"). Il s'agit de la phrase :  " A l'inverse, c'est le mot forme qui, fort de toute cette population, comme un maire de ses administrés, désigne non pas ce qui peut s'actualiser comme rond, en rond, descendre telle une divinité vers son avatar, pour habiter ce qui peut être, ou rond ou carré, et encore moins  l'une de ses occurrences " pour de vrai". (la fameuse " propriété") mais désigne ce qui peut être " soit... et tout à la fois".


Du fait que le langage nous donne le choix entre plusieurs termes, nous déduisons que la chose a le choix entre plusieurs formes. Du fait que nous hésitons, pour dire, pour un prédicat sur la chose entre une collection de termes sur l'axe paradigmatique, nous déduisons cet autre " fait " (qui n'en est pas un) qu'une chose a le choix d'être, entre une collection d'états vers lesquels elle pourrait osciller.


Mais une chose n'hésite jamais entre être ronde ou carrée, et encore moins au prétexte, que nous, lors que la prédication, hésitons entre des (plus que " entre ces ") termes pour la décrire. 

Encore une fois, je prie ceux qui ont compris de bien vouloir m'excuser, ils doivent commencer à en avoir assez. Mais c'est que je vois cette confusion étendue dans tant de domaines et jusque dans les recoins si éloignés de la pensée que je me sens une obligation de conserver quelques ilôts de biodiversité. 

Je vais justifier (un peu) cette insistance par le second volet de ce billet

Je préfère me tromper et découvrir une bonne surprise que l'inverse. Ainsi en fut-il des pages de L'animal que je ne suis plus, d'Etienne Bimbenet. Je pensais qu'il était enfermé dans le modèle de pensée dominant, et voilà qu'il me surprend en apparaissant non loin dans mon rétroviseur. L'invisibilité des autres est simplement due à mon ignorance. Bref, assez de mea culpa, des faits.

Je vais vous mettre in extenso les pages concernées, vous comprendrez. J'ai été alerté par la phrase située page 262 :

" Une raison qui se contente de l'autorité du réel est une raison paresseuse qui omet de faire la genèse de l'autorité comme telle". Par cette phrase, l'honnête homme se lançait un défi à lui-même. 

L'auteur tient sa promesse, il relève le gant, le raisonnement se déploie et Bimbenet arrive là où il devait arriver. Cela me réconforte aussi, vous pensez bien. Je préfère qu'on soit plusieurs à penser la même chose, c'est mon côté peuple. Non, mais bon sérieusement, cela prouve qu'il y a un Zeitgeist, et toute idée ridicule de compétition mise à part, je me demande par quel bout je verrai la suite... (frisson).

Je vous laisse donc déguster le raisonnement et on y revient. 





















En conclusion, mon insistance sur l'erreur que génère la confusion se justifie par une des conséquences de la structure de cette erreur. 

Nous avons vu en effet  que nous attribuons à un domaine de notre imaginaire que nous appelons Rréalité (somme supposée de toutes les réalités supposées perçues identiquement par tous) les propriétés de structure du langage. 

Or il est dans la nature de cette structure qu'elle actualise des instances de taxinomies. Nous divisons les couleurs en blanc, noir... instances d'une série finie de couleurs. Nous divisons les formes en rond, carré... instances d'une série finie de formes, exclusives les unes des autres. 

L'illusion est de penser, encore une fois parce que c'est dans la natur et la fonction du langage que d'introduire et d'entretenir cette illusion, que les instances de la nature, du réel, se laissent sélectionner comme on feuillette un catalogue de VPC, et que les vignettes correspondent au code produit. 

L'erreur est d'appliquer cette structure au réel, c'est à dire de penser que les instances de la Réalité s'actualisent par la même structure, c'est à dire entre autres sous les formes finies, exclusives et dissociées, que le langage a forgées pour en échanger les notions. 

L'erreur, si l'on veut le formuler ainsi " moins pardonnable", est que les hommes de science ont laissé perdurer la première, la transformant en errement, et l'ont appliquée à leur savoir. Ils ont laissé perdurer l'illusion que l'objet de la science aurait l'amabilité de venir se fracturer gentiment, épouser doucement, se fragmenter fort civilement, au contact des termes dans lesquels leur savoir, comme toute forme de langage, était structuré. 

Et c'est là que le " c'est à dire entre autres " revêt toute son importance. C'est pour cela que je disais " des termes", plutôt que " ces termes". Il faut comprendre que je ne remet pas en cause les instances du savoir, mais la sructure même de ces instances. Peu me chaut que les mathématiciens aient besoin de carrés ou de ronds comme d'autre d'un compas ou d'une craie comme outil, ce que je voudrais qu'on réalisât, c'est que nous avons projeté la structure de ces outils sur la structure de la nature (soit le binaire comme états du possible). (1)

Non, donc, en termes d'instances mais de structure. Peu me chaut qu'il y ait des carrés ou pas dans la nature, ce qui m'ennuie, c'est l'impossibilité que nous y avons projetée, que ce carré ne soit pas rond.
Au prétexte que, pour en parler, ce n'était pas très pratique. 

C'ets le tertium non datur, entre autres structures, que nous avons projeté, et qui constitue le péché originel. Et en ce sens, l'adoption de la forme alphabétique pour l'écriture a joué un rôle, j'en ai l'intuition, et je m'attaquerai quelque jour à la démonstration.

La Physique cherche dans la Physis une ratio qui n'y est pas, d'où qu'elle passe son temps à déconstruire les édifices de savoir, pour laisser la nature s'exprimer, si on desserre un peu l'étau de certitude dans laquelle nous l'étranglons, pour lui laisser dire " je préférerais ne pas". 

Le temps perdu à réaliser que " finalement non", " que finalement ne pas " en sciences est délirant. Le temps perdu à réfuter des hypothèses qui ne sont que des préjugés. Débarrassons-nous de ce que nous projetons, et nous libérerons du temps et des ressources précieux à la recherche.

Là où cela est peut-être en train de se dessiner, c'est dans la civilisation de l'image, de l'icône, de l'écran tactile plein de pictogrammes, qui font le désespoir des parents et le bonheur des jeunes qui n'ont plus besoin d'apprendre à écrire. Nous sommes peut-être en train de se libérer de ces carcans en redevenant une civilisation pré-écriture, revenant vers - 3000 avant J.-C.

Bref, reprenons. Car cela nous ramène à l'étude du langage pictographique de l'originaire d'Aulagnier.

 (1) Du coup, je comprends mieux cette manie de faire des statistiques sur le singulier, qui me fait tant enrager. Un moteur ne se promène pas entre les choix moelleux d'être " possiblement plus ou moins en panne", comme Boucle d'Or qui hésiterait à se prélasser sur tel sofa : Si un moteur n'a le choix qu'entre deux états, à savoir fonctionnel ou en panne, il n'a qu'une chance sur deux d'être dans les deux états. Nous projetons indûment les possibles offerts par le lexique, la roue de bandit manchot de l'axe pardigmatique, sur le réel, et nous le faisons au point que la possibilité que cet évènement se produise ne dépend plus de ses capacités réelles à s'actualiser mais du vocabulaire statistique dont on l'enrobe !

mercredi 9 novembre 2016

Piaget Structuralisme XIV structures physiques et biologiques

Suite à cet article,
http://lecerclebleu.blogspot.fr/2016/10/piaget-structuralisme-xiii-structures.html

Je voudrais revenir un instant sur le bas de la page 39




avec cette phrase :

" Or l'action est également la source des opérations, non pas qu'elle les contienne d'avance "

Justement, si. Piaget ignorait à l'époque les découvertes à venir sur le cortex cérébral.

" ces coordinations générales comportent certaines structures élémentaires suffisant à servir de point de départ aux abstractions réfléchissantes et aux constructions ultérieures". 

C'est intéressant parce que finalement, ces structures que les recherches sur les neurones miroirs allaient mettre au jour, Piaget en soupçonne l'existence sous forme d'un " starter kit", une trousse de départ. Il retombe en kantisme, si on peut dire, bercé par le vieux débat de savoir si les structures sont en nous ou bien dehors. Mais il a senti qu'elles étaient, au moins pour une grande part, acquises.

N'empêche que, les cherchant au dehors pour expliquer la congruence des équations à l'univers (qui interpelle, rappelons-le, Etienne Klein, mais sous forme de question, au moins : sont-elles à chercher dehors, ces structures ?), il finit par les trouver à l'intérieur, et donc en venir aux " structures biologiques".

Poursuivons. Nous sommes à la charnière entre structures physiques et biologiques.  Donc page 40.


Sous-chapitre 10 : les structures organiques.

Là on a une définition intéressante : La structure est " un système total de transformations autorégulatrices", ce qui fait de l'organisme vivant le " prototype des structures". 

L'idée sous-jacente est celle d'un système, qui, par les propriétés de ses mécanismes d'autorégulation, est en fait capable de maintenir, disons son " intégrité". Ces mécanismes d'autorégulation seront conceptualisés sous formes des lois internes du groupe, et " l'intégrité " par le fait que le résultat de la composition de deux éléments du groupe par la loi est toujours un élément du groupe. 

Mais que recouvre la notion d'intégrité ? Qu'est-ce qu'être " intègre " (autorégulation = se conserver tel que l'on est) ? C'est " pouvoir être appelé du même nom". En effet, si une marguerite se transforme en tulipe, elle ne " s'autorégule " pas. Elle ne s'autorégule que si elle reste une marguerite. 

Si le nombre et la qualité des changements qui affectent les critères restent en dessous d'un certain seuil (observable ou décidé), alors le système est dit " autorégulé". Si trop de critères changent avec trop d'importance, alors le système n'est plus " autorégulé", et il ne représente plus une structure.

On apprécie l'importance de la charnière : La conservation des systèmes, notion mise en parallèle avec celle de structure. 

Ceci appelles deux remarques :

Tout d'abord, on voit que l'intégration globale n'est pas finie à cette étape de la pensée. En effet, on peut dire que tout système se transforme et change, mais qu'il le fait à l'intérieur d'un système plus grand, et que les changements du petit système répondent peut-être à une réponse par compensation visant à conserver l'équilibre du système global. On retrouvera cette question jusque dans les " variables locales " des réfutations d'Einstein à la MecaQ.

La seconde voit les murs de ce bâtiment retomber exactement sur mes fondations. On peut parler de fondations puisque la prise de conscience de cette équivalence date de 2011, avec ma série sur la manivelle.

Je suis frappé par le fait que l'idée que je développe ici était en germe là-bas. Impliée, prête à être commentée, arrosée, dépliée, mais tout était là.

Je rappelle le véritable point de départ, qui se situe au chapitre 4 ; " extrait de Critique de la critique, page 150, où Todorov narre son entretien avec Paul Bénichou.

Ce dernier dit :

" J'ai consacré beaucoup de temps à des études de poésie orale (traditionnelle ou folklorique), française et espagnole, et dans ce domaine je professe - à tort ou à raison -, que l'idéologie est de peu d'intérêt. Cette poésie [...] transporte, du moyen-âge à nos jours, des notions et des types qui ont joui d'un crédit continu ; les variations que lui ont fait subir, au cours des siècles, l'évolution historico-sociales sont trop évidentes et ne surprennent pas ; elles sont peu de choses au regard de la permanence des sujets traités, des schémas d'affabulation, et des jugements qui accompagnent plus ou moins explicitement les diverses situations d'amour, de trahison, d'adultère, de meurtre, de guerre. En revanche, cette poésie est du plus haut intérêt par les procédés de création formelle auxquels elle nous fait assister : sous l'effet du jeu infini et renouvelé des variantes, , on voit l'ordre du récit, l'organisation des incidents, le détail des traits et des expressions se modifier, se diversifier [...]


----- Fin de citation

Croyant lire dans le réel, déposée, une continuité des schémas d'affabulation, ce que Bénichou découvre en vérité  comme continuité, c'est la durée sur laquelle ce que lui appelle une " histoire d'amour " s'étend.

Pour revenir à Piaget, ce que nous appelons un système, et lui une structure, c'est l'ensemble des choses qui " tiennent " sous un même nom sans faire craquer le sac, sans provoquer une assemblée du conseil visant à se faire exclure de l'association pour non-respect des statuts, pour non-appartenance à cette classe de " la chose que je désigne par (= sous)", et qui, pour mériter son nom, doit être " auto-régulatrice", c'est à dire assez sage pour se policer elle-même. 

Si elle change, je ne lui reconnaîtrai plus le statut de structure, le système aura évolué " hors de lui-même ", on ne pourra plus l'appeler du même nom. Le schéma d'affabulation ne sera plus reconnaissable, il ne sera plus une histoire d'amour, puisqu'il ne sera plus une " n-ième version " de ce que moi, je considère comme une histoire d'amour, en laquelle je reconnais une histoire d'amour, prétendant qu'elle perdure comme telle, alors que c'est moi qui daigne l'appeler ainsi, et donc la faire " exister dans cette catégorie". 

Ainsi pour en finir avec la notion de frontière de classe, il n'y a ni élément ni classe, il n'y a que des conventions de nommage, et la carotte n'existe dans la catégorie des végétaux que parce qu'un consensus l'y maintient. C'est une histoire de PV d'AG, et d'exclusion pour des raisons et par des lois certes étudiables, mais qui ne m'intéressent pas ici. 

Bien. la phrase se poursuit de façon non moins intéressante par : " et si l'on connaissait la sienne avec précision, il nous fournirait la clef du structuralisme par sa double nature d'objet physique complexe et de moteur du comportement. " 

Il faut d'abord dire un mot de ce " la sienne ", qui est sans doute là pour " la structure de l'organisme". L'organisme est le prototype de la structure, qui elle-même, réside dans l'organisme en tant que principe fondateur et organisateur. La même réentrance, que nous avons déjà rencontrée, se reproduit à l'échelle plus vaste du structuralisme. Le structuralisme, clé de l'organisation des " choses ", et dont la clef est fournie par la chose. 

Cette tautologie se paye même le luxe de s'expliciter dans la phrase suivante : " un structuralisme biologique authentique n'est même qu'en voie de formation après des siècles de réductionnisme simplificateur, ou de vitalisme plus verbal qu'explicatif ". (C'est moi qui souligne).

C'est bien dans le fait de considérer la structure du langage comme structure du réel, de prendre l'une pour l'autre, que se dénonce elle-même la confusion.

Il serait trop long de gloser ici le développement qui suit ce propos de Piaget, empêtré dans la tentative de dissocier les deux démarches, ce qui ne fait que renforcer le sentiment bien connu de Piaget. Le malaise, comme ailleurs, persiste. Notons qu'appel est fait une fois de plus à un emboîtement (sans base ni fin) des structures dont Piaget a déjà lui-même souligné l'aporie. 

Notons également que l'issue est recherchée dans la notion de système, où le " reconditionnement " du comportement des parties fait qu'elles ne jouent plus " en soliste", mais " dans un orchestre ". 

Je pense que c'est cette notion fondamentale qui est tout l'enjeu ici. L'approche de cette figure de pensée qu'est le système, où le rôle des parties ne se comprend que dans le tout, et vice et versa, n'est pas si évidente (épistémologiquement parlant : elle ne naît pas à un instant chez une personne), comme on l'a vu justement pour les frontières de classe. Le dessein du tout étant impénétrable d'une part, d'autre part les lois de comportement imposées aux parties n'étant qu'un lointain reflet des harmonies locales décidées par les interactions internes complexes des parties, le dialogue rétro-actif et mutuellement interdépendant est difficile à comprendre. 
On le voit avec la self-assembly, cette difficulté tient notamment à ce que notre esprit cherche frénétiquement à trouver les lois célestes auxquelles ces éléments obéissent, alors qu'elles ne sont que des lois d'équilibre du système. 
Lorsqu'il faut faire entrer de nouveaux passagers dans un wagon de métro, aucune loi ne saurait prévoir les mouvements des passagers déjà présents dans le wagon : elles sont totalement " ad hoc " et dépendant de la situation existante, de l'espace disponible et de la morphologie de chaque passager.

Idem pour les wagons dans la rame, idem pour les trains sur la ligne, pour le nombre de lignes quadrillant la ville, etc. Alors qu'aucune " structure " du déplacement des passagers dans le wagon n'existe au préalable, et dont l'analyse de tel wagon serait le " prototype".

La qualité du transport de la ville dépend donc aussi en partie de la bonne volonté des passagers de se pousser, ce qui nous amène au chapitre suivant, introduit par la phrase page 44 :
" En effet, l'éthologie a mis en évidence l'existence d'une structure complexe des instincts, au point que l'on peut parler aujourd'hui d'une logique des instincts et en analyser les divers niveaux hiérarchiques, l'instinct constituant ainsi une logique des organes ou des instruments organiques avant que se constitue une logique des actions non programmées héréditairement et des instruments fabriqués".

On voit venir une démarche maintenant bien connue : c'est la logique et les niveaux hiérarchiques des tableaux utilisés pour décrire l'objet qui va être " découverte " et mise en évidence. 

Il y a une image simple qui peut illustrer cette démarche : une personne raisonnant de façon " classique " à propos de la genèse de la main va penser que les gènes humains contiennent une " structure " dont le déploiement opérationnel conduira à construire une main munie de cinq doigts, et donc que réside quelque part le codage du plan de " la main à cinq doigts". 

En réalité, le bourgeon du doigt diffuse dans la chair une substance qui engage le bourgeon de la main à produire un autre bourgeon de doigt. Lorsque le premier doigt est éloigné (par la poussée des nouveaux bourgeons de doigt) du bourgeon de main, la substance diffusée se perd dans la chair, sa concentration baisse, et le bourgeon de main ne reçoit plus ce signal : il arrête alors de fabriquer des bourgeons de doigt.

Ainsi, l'équilibre entre l'épaisseur de la chair, sa résistance à la diffusion de la substance d'une part, et d'autre part la faculté de cette substance à diffuser et à atteindre le bourgeon de main, fait que en général, il y a cinq doigt à une main humaine. 
Mais il suffit que l'un ou l'autre de ces facteurs changent, modifiant l'équilibre, pour que le bourgeon de main continue son oeuvre, et fabrique des doigts surnuméraires. 
Point de plan, point de structure, juste un équilibre historiquement acquis. La fabrication des doigts ne répond à nulle équation mathématique que nous aurions tracée pour lui convenir, correspondance qu'on pourrait ensuite admirer, elle est. C'est nous qui projetons nos structures imaginaires dessus. 


jeudi 3 novembre 2016

L'idée du plan III (phénoménologie, le zèbre)

Le lien avec l'idée du plan devient ténu, mais j'ai intitulé ainsi cet article parce qu'il fait suite à celui-là. Je pensais être revenu depuis longtemps sur ce passage de Bimbenet qui me semble soulever un point important.

Je vous laisse d'abord lire le développement des quelques pages qui précède la phrase sur laquelle je veux intervenir. Je sais que c'est bien court et qu'il faut, pour bien saisir, être imprégné du chapitre précédent au cours duquel Bimbenet détaille le monde perçu comme une extension en quelque sorte de l'utile, du " nécessaire et suffisant " à l'animal pour vivre en interaction. Se pose alors la question de savoir en quoi c'est différent pour l'homme :




Là où j'ai bondi, c'est sur la phrase en haut de la page 121 : " Dans la perspective ouverte par la phénoménologie, la question n'est pas de savoir si cette visée absolue est justifiée ou non ".

Certes, elle se situe à la suite de, page précédente : " C'est même, de toute évidence [...] la suprême illusion ". Mais si c'est bien elle que " nous avons à élucider, alors on ne peut s'exonérer de la question de savoir si la visée absolue est justifiée ou non, parce qu'on ne peut pas l'écarter au prétexte qu'on est dans un cadre plus petit que le cadre général. Comme, en droit toute entité privée ou publique fonctionne nécessairement dans le cadre plus large de la loi française, qui subsume tout cadre, mais peut s'y infiltrer à rebours pour en récuser les dispositions particulières, de même aucune question ne saurait être écartée au motif que " dans ce cadre, seule compte ... ".

Ce retournement permet de fonder le caractère " incontestable " de la présence à soi d'une telle visée. Et une fois ce socle boulonné, on aura pages suivantes tputes les expressions sur l'objet en soi, donné comme tel, le monde tel qu'il est..., qui trouvent là leur légitimation enfouie. L'ajustement ne pourra plus se faire que sur la qualité de l'interface médiatrice. (conceptualisation). 

Ce qui donne, arrivé parge 261 : " Et il est vrai qu'en déclarant qu'une femme est belle, que la curiosité est un bien, et a fortiori quand je déclare que ce que nous voyons est un zèbre, je mets l'objet avant le sujet, j'accomplis la révolution anthropologique qui fait du monde et de ce qui y apparaît la source de validité de mes différents comportements. On pourrait se demander si cette révolution n'a pas eu lieu avant, autrement et plus profondément que dans ce jugement lui-même. Le problème de la connaissance, mais plus généralement de la prédication, c'est en effet qu'elle vient toujours trop tard : un jugement  se laise légitimer depuis l'état de choses dont il juge ; il a sa source de droit non en lui-même, comme acte d'un sujet, mais dans l'objet lui-même ".

Et voilà, le tour de passe-passe est réalisé " l'état de choses, l'objet lui-même " précèdent le jugement et attendant patiemmment depuis le début de l'univers la connaissance qui va venir les révéler. 

Non, c'est la connaissance qui fonde l'objet. Et en cela, même la perception est une connaissance, laquelle nous fait prendre un amas de champs pour des particules. Et confondre " déclarer " et " est " un zèbre dans la prédication. Prendre l'idée qu'on se fait du plan pour le plan.

Au fait, je déménage tout ce qui est réflexions sur la topologie et la physique de l'information chez Natacha. Je ne garderai ici que ce qui est langage et représentation, épistémologie et apprentissage.

mercredi 2 novembre 2016

L'idée du plan II (Exit L-S )

Je sais que je suis pénible, parce que j'ai Piaget, Laurier et Aulagnier en route, mais tout de même, je voulais dire un truc. Je suis en train de mettre en forme ce blog pour que ce soit imprimable d'un bloc en version papier, et j'ai donc eu accès au articles de 2014.

Je signale d'ailleurs le tout premier article, pour ce qui est de la caractérisation d'un adjectif par un second dans l'ordre d'un troisième, en mode " rhéostat". Mais je voulais surtout revenir sur l'article intitulé L'idée du plan, où j'écrivais :

"L'univers a signifié bien avant qu'on ne commence à savoir ce qu'il signifiait. Il a signifié, dès le début, la totalité de ce que l'humanité peut s'attendre à en connaître." (Cl. L-S, in Introduction à l'oeuvre de Marcel MAUSS.)

A la question que je posais, je répondrais aurd'hui clairement " non ". Non, L-S n'a pas pensé de cette totalité (1) qu'elle était la totalité " à venir " qui serait enfermée dans la bulle, même variable mais toujours fermée, du langage.

Je vais essayer de tenir ces deux choses dans les mains, et de présenter de la troisième.

Première étape.
Prenons l'idée d'ongulidé. Vous serez d'accord pour dire que c'est un mot inventé par l'homme pour recouvrir d'une notion un ensemble d'animaux divers. D'ailleurs vous n'avez pas tiqué en lisant " l'idée d'ongulidé". Ce n'est pas une chose concrète, l'ongulidé, c'est une idée. Donc on ne rencontre aucun ongulidé qui marche sur ses ongles, ni sur la terre, ni sur la mer, puisqu'aucun ongulidé ne marche, n'est-ce pas ? Bien. (2)

Maintenant, seconde étape, reprenez la phrase de L-S et critiquez-là violemment. A la volée, le soufflet.

Allez-y franco. Vous allez rétorquer : " Mais l'univers ne signifie rien. Et encore moins avant l'homme. "

Puisqu'en effet, ce ne sont pas les choses qui " signifient " (les choses ne font rien, et encore moins avec intention ou en direction de quiconque), mais les gens qui " lisent des cohérences, et attribuent des significations culturelles assises sur ces réseaux de cohérences projetés".

Donc l'univers ne " signifie " rien, il en serait bien incapable, il y a autant d'interprétations différentes de l'univers que de gens, et donc a fortiori, l'univers avant l'homme ne signifiait rien, encore moins que rien.
Bien.

Troisième étape, c'est toujours là qu'il vous faut boucler votre ceinture. Ce que vous venez d'appliquer à L-S, appliquez-le à l'être. Je reprends.

Ce dont vous venez d'accuser L-S, c'est d'appliquer une idée préconçue à la réalité, de de plaquer sur l'univers cette idée que l'univers possède en lui une signification qu'il projetterait comme un projecteur de cinéma un film, vers l'homme ébahi, et ce bien avant que l'homme apparaisse.

Peu importe l'absence de spectateur, l'univers fait tourner la signification. Pendant des milliards d'années, l'univers a passé la bobine du film dans une salle vide, attendant désespérément que l'homme apparaisse pour bénéficier enfin de tout cela. Vu comme ça, c'est grotesque, n'est-ce pas ? Bien.

Maintenant dites vous que lorsque vous pensez l'univers en termes d'être, vous entrez dans la même démarche. Parce que " être " appelle derrière lui autre chose. Et c'est dans cet autre chose qu'est la chute. Non seulement "  être " appelle " quoi ? ", aporie qui signe le retour immédiat au langage.

Mais encore les dérivés comme " être depuis combien de temps ? " (l'origine de l'univers), " être ou ne pas être" (la mort), et des sujets de philo comme " Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien", le plus grand sujet de bac jamais posé. On sent le corps professoral qui se dit " Sait-on jamais, s'il y en avait un qui avait une idée, ça nous rassurerait un peu".

La congruence, l'isomorphisme, la parenté, la proximité, la ce que vous voulez de votre structure moléculaire avec votre environnement vous donne à penser (et heureusement) que cet environnement " est ", et que par conséquent en retour, vous êtes là pour le voir.

La chauve-souris aveugle se déplace dans un monde de parois qu'elle prend pour la totalité du monde, et nous faisons de même (3). Mais nous faisons pire, dans le sens de ce que je suis en train de dire. la chauve-souris ne fait que le tenir-pour-là, le tenir pour monde, comme on se le " tient pour dit".
La chauve souris tient cette paroi pour présente à cet endroit, parce qu'elle a une foi totale, aveugle, en ses sens, et qu'il faut qu'elle évite la paroi, elle n'a pas le choix.
D'ailleurs, le voudrait-elle, elle ne le pourrait pas. Un animal domestique s'accoutume à un environnement, mais vous pouvez torturer un animal sauvage en le faisant détaler mille fois sur un même signal (dans une certaine mesure). Bref.

Nous, nous exerçons une décision. Avons-nous le choix ? Guère, d'après tout ce qu'affirment ceux qui travaillent sur la perception. Nous prenons la décision de croire, non seulement qu'il faut éviter ce mur que nos yeux nous désignent comme un obstacle dangereux, mais que ce mur est.

Ce qui est complètement différent, et que ne fait pas la chauve-souris. Elle ne tranche pas sur le statut ontologique du mur. Elle l'évite si elle le peut, elle le heurte si elle rate.

Nous tranchons sur le statut ontologique du mur. Avec un insuccès constant, dirai-je pour le plaisir de paraphraser Rastier. En effet, Le mur se définit comme infranchissable. Puis les ondes le franchissent, il devient infranchissable " pour certains". Etc.
La définition des choses évolue au fur et à mesure de nos découvertes, et rien n'a signifié quoi que ce soit, ni depuis le début (quel début ?), ni " totalement".

Voilà pourquoi il est plus simple et raisonnable de récuser le verbe être, de dire que les choses ne sont pas, afin de pouvoir repartir sur des bases saines.

On peut tenter de disséquer comment le sujet se construit de façon à se faire aussi bien berner par cette houle de champs, la dernière arnaque en date étant celle des particules. J'aime bien celle des ondes gravitationnelles aussi.

En gros la réponse est parce que les cellules de notre rétine dédiées à la vision sont adaptées aux matériaux et à la lumière de cette planète. Sinon, notre espèce aurait disparu depuis longtemps. Nous ne " voyons " pas des choses qui " sont", mais simplement les molécules de notre oeil sont adaptées au système des plantes qu'il voit. C'est un seul et même système . Nous pensons " voir " exactement comme l'araignée ou le ver de terre, mais plus qu'eux, nous pensons que ce que nous voyons " est". Du fait que nous ne voyons, et que nous ne nous pensons pas comme un seul système avec ce que nous voyons, à la différence d'une araignée. D'où qu'il ait fallu que nous inventions qui avait pu nous créer.

Nous pensons que le pistil est persuadé que le calice existe, et encore heureux. Tant mieux pour tout le monde si cela marche. Mais nous ne devons pas nous laisser berner. La lumière n'est " lumineuse " que pour un oeil qui la voit telle, et surtout séparée de la nuit.

Prenons les infrarouges. Ils n'existaient pas avant qu'on les découvre, tant qu'on n'avait que l'oeil nu. Avant l'appareil pour les percevoir (l'oeil), les rayons lumineux n'existaient pas plus. Ils n'avaient d'ailleurs simplement pas besoin d'exister. Rien n'a " besoin " d'exister. Ce qui répond à la question " Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt rien ? "

Parce qu'il n'y a pas " quelque chose". Parce que " il y a quelque chose veut dire " " J'ai besoin de nommer ce quelque chose qui est là, qui m'appelle et qui veut que je le nomme ". C'est un pur fantasme, une projection au sens le plus strict du terme.

Nous projetons sur le monde les couleurs des plantes, comme nous projetons sur une carte d'Europe les couleurs des pays. Mais l'Allemagne n'est pas mauve. Parce qu'elle " n'est " pas. C'est moi qui ai besoin de la colorer pour la connaître, de penser qu'elle " est " pour l'appréhender par mon système perceptif.

Pourquoi ? Je ne sais pas encore.

Mais ce que je voulais dire, c'est que cette " idée du plan " qui gît, lovée dans la partie " présupposés " de ces pensés, ce n'est pas la téléologie, c'est l'idée que la réalité existe en tant que tout structuré par des parties, c'est à dire des " choses", lesquelles " sont".

Ce qui nous ramène à notre pensum Piagétien. Je sais que c'est pénible, ma manie d'écrire les adjectifs avec la majuscule du nom propre, mais c'est comme ça.



(1) Quand le mot " total " apparaît, c'est signe que la pensée s'est laissée aller à enfler comme un boeuf. Qui peut prétendre avoir sur les choses une vision " totale " ?

(2) Dans L'idée du Plan, j'avais pris l'exemple du ptérodactyle et de l'oiseau. Vous admettez qu'un ptérodactyle n'existe pas, principalement pour la raison que vous ne savez pas exactement ce que le mot recouvre.
Comme vous pensez le savoir pour " oiseau", vous changez de registre. Vous ne dites plus que ce mot recouvre quelque chose, mais de l'oiseau qu'il est.

C'est la même chose que pour la permanence des formes narratives chez Bénichou. Ce n'est pas qu'on peut repérer des formes narratives persistant entre telle et telle période dans la littérature, c'est la période de vailidité de ce qu'on sait être recouvert par les mots " forme narrative " à notre époque, qui est révélé par cette étude de permanence.

(3) Je sais que Bimbenet a fait tout un chapitre là-dessus, je vais y revenir.