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lundi 16 janvier 2017

Piaget Structuralisme XVII structures psychologiques (bureau association)

Suite à cet article, nous sommes page 49, et nous allons de là englober jusqu'à la page 52, des considérations sur les structures liées à l'intégration des phénomènes perceptifs. pour en arriver au §12 Structures et genèse de l'intelligence, titre alléchant.

Je passe sur les considérations sur la Gestalt, j'y reviendrai. Il me suffira de dire pour le moment qu'il n'y a de rapport des parties au tout qu'en tant qu'ils sont nommés. Pour le redire autrement, il n'y a pas de tout, ni de parties, partant pas de rapport. Il n'y a de rapport qu'entre les noms donné au tout, et les noms donnés aux parties. 
C'est d'ailleurs ce rapport, cet ensemble de rapports qui constitue les conditions d'équilibre dynamique du système. Dynamique car il n'est jamais donné une fois pour toutes, il évolue comme la forme du système en témoigne. Il n'y a pas un " calque des sens " qui glisserait sur un " calque des formes". L'intuition de Foucault devrait être reformulée en disant que la forme dus ystème est la structure des sens, elle lui donne forme.


Si l'on veut la question du rapport de la partie au tout est celui de la politique qui régit la condition de membre d'une association. Cette politique est l'expression du consensus implicite d'appartenance à l'association. Elle le formalise. On pourrait m'objecter que l'association ne fonctionne pas en système, au motif qu'on peut enlever des membres sans que le tout se réorganise. Cela ne reste vrai que pour une certaine quantité dans un temps donné. Donc en théorie, oui, en pratique non : l'association fonctionne bien en système. D'ailleurs la vie et la mort des partis politiques le prouvent tous les jours.


En effet, humainement, si le bureau exclut la moitié des membres de l'association sous des prétextes divers liés à l'esprit des statuts, l'autre moitié des membres va protester au motif que le bureau s'arroge des droits excessifs et traverstit précisément l'esprit de l'association, le consensus implicite qui lie les membres, lequel consensus est bien un équilibre dynamique.

On peut aussi bien temporairement arracher la moitié des pages du dictionnaire, interdire l'usage de la moitié des mots d'une langue, et prétendre que la langue ainsi amputée demeure. En théorie, oui. En pratique, ses locuteurs vont se mettre à réorganiser le système.

Nous sommes amenés à ce paragraphe par une phrase d'introduction " Mais c'est là un problème central pour la théorie du structuralisme". Quel est donc ce problème ? 

" Il s'agit d'expliquer comment le sujet en développement va conquérir les structures logico-mathématiques. " 

La métaphore a un côté militaire. Le sujet va aller conquérir une nouvelle province pour l'ajouter à l'empire. L'empire sera ainsi défini par l'ensemble des provinces qu'il aura peu à peu annexées. Depuis ce grand territoire extérieur où les structures barbares s'ébattent sauvagement. 

Je préfère adopter le point de vue inverse, à savoir que ce qu'on appelle le " développement d'un sujet " est pour partie l'acquisition que lui propose le groupe de certaines de ses structures opératoires, en l'occurrence les structures logico-mathématiques. 

Je précise cela pour dire que je ne bats pas en brèche ces hypothèses au prétexte de tel ou tel argument technique, mais au motif d'un renversement de perspective. On pouvait bien lister toutes les paffions de l'âme, la recherche était intéressante à l'époque, mais il se trouve que nous changeons de système épistémologique.

Si on dit " Le groupe utilise le langage pour faire entrer son monde dans le sujet, à savoir le structurer par sa culture et lui en transmettre sa part pour en faire un membre du groupe", au lieu de dire " l'individu utilise le langage pour décrire le monde", on a déjà presque tout gagné : les grosses bêtises sont bornées.

Rien d'étonnant donc à ce que je sois amené à considérer que la notion de frontière dans une classe puisse être mise en rapport avec celle de l'appartenance d'un individu au groupe, tel que se gagne, se maintient ou se perd le statut de membre dans une association (1).


Mais revenons au texte, parce qu'il y a là des précisions intéressantes. " Ou bien alors il [le sujet] le sdécouvre toutes faites, mais on sait bien qu'il n'en constate pas l'existence comme on perçoit les couleurs ou la chute des corps... "

On sait depuis Einstein que précisément, on ne " perçoit " pas la chute des corps, on ne perçoit que celle des autres. Quant aux couleurs, nous avons déjà insisté là-dessus et nous y reviendrons avec Laurier. Il est curieux de noter que la perception des couleurs revient automatiquement sous la plume de qui aborde l'étude du langage.

" Et que leur transmission éducative " Première apparition de la notion, après 50 pages d'exposé. " n'est possible que dans la mesure où l'enfant possède un minimum d'instruments d'assimilation " Oui...

" qui participent déjà de telles structures". Aïe, donc pour apprendre, on a besoin d'une chose qu'on a déjà apprise. Mais alors comment l'a-t-on apprise la première fois ?

Trêve de gausserie, la cristallisation n'est pas facile à expliquer. 

N'empêche. L'enfant ne constate pas l'existence des structures comme on perçoit les couleurs. Il s'en est fallu de peu pourtant. Elles sont l'objet d'une " transmission éducative". Belle litote, involontaire, sans doute.

 (1) La simple mise en rapport, ne fut-ce que le rapprochement topologique dans l'espace unidimensionnel de la chaîne syntagmatique, le rapprochement donc de deux mots, suggére par là une parenté quelconque entre eux, parenté dont le contenu reste à déterminer, la nature à expliciter, mais dont l'existence même est entérinée par le simple fait de la mise en rapport.

Elle engage donc mon rapport au groupe, qui m'a en général transmis un consensus concernant le rapport entre ces deux mots. Par exemple, par le simple fait de dire " drogue bien", je rapproche deux mots, et ce rapprochement n'a aucun sens puisqu'il s'agit d'un nom et d'un adverbe de moralité.

En rapprochant ces deux mots, je viole l'attachement " drogue mal ", consensus transms par le groupe, violant un attachement, je coupe le lien.

Je prends cet exemple caricatural pour dire que pratiquement toutes les combinaisons de mots portent cet aspect. En les utilisant je les cautionne. En les cautionnant je cautionne le consensus qui les étaye. En cautionnant ce consensus je réaffirme mon obédience au groupe, qui en échange de cet acte d'allégeance, me conservera au rang de ceux qui reçoivent le quignon de pain, voire les honneurs, les médailles, le diplôme, l'aspect rubicond, la bonne cave, la robe etc.

Il reste une zone à explorer : Si je dis " douche - girafe ", si je dis " pamplemousse - citron ", ou " voiture - parapluie ", ou " donnez nous notre pétrole quotidien ", alors je tombe dans la gentille poésie innofensive, pour enfant ou pour adulte selon le degré de niaiserie du trope.

Tout le territoire du langage n'est pas miné. Si cela ne remet pas en question les intérêts que le député maire a mis dans la ZAC avec son beau-frère gérant de la société, tout va bien. Si ça ne bouscule pas les conventions des petits poujadistes qui peuplent votre pays, on vous donnera un petit prix de poésie et une bouteille de mousseux.

Tant que vous ne remettez pas en question les principes qui permettent à la maffia de s'enrichir tout en arrêtant un petit dealer de temps en temps pour faire semblant de maintenir l'ordre, vous pouvez toujours mélanger les mots comme dans un sac de scrabble.

jeudi 12 janvier 2017

Petits volets possibles (prédicat)

Tant que je suis chaud sur le sujet, et suite à cet article
http://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/01/je-suis-la-forme-de-ton-sens.html

et à celui-là http://lecerclebleu.blogspot.fr/2015/01/tout-est-possible-et-seulement-possible.html

plus ancien, il y a deux autres catégories de possibles à examiner, qui sont des possibles post-perception, et classés dans l'impossible.

On pourrait dire qu'il y a deux aspects dans le possible. L'aspect plus connu, qui est temporel : il se peut que cette chose arrive, on en dit qu'elle est " possible". Je vais m'intéresser à l'aspect spatial, c'est à dire comme quelque chose peut prendre place parmi les choses que l'humain évoque. Car ce n'est qu'une fois évoquée que la chose a une chance de se produire. Inversement, il se produit chaque seconde des choses que nous ne percevons pas, car elles ne sont simplement pas " possibles".

Le dallage des possibles comprend aujourd'hui deux types de dalles : le type "  impossible ",  d'une part et le type " plus ou moins faisable " d'autre part, qui énumère les sous-catégories. Je ne m'intéresse ici qu'à deux types qui touchent l'impossible.

La première catégorie, c'est par exemple au cours d'une partie d'échecs, le joueur A s'aperçoit qu'il a fait une bêtise, et souhaite rejouer le coup n-3.

La seconde catégorie s'illustre par la possibilité de supprimer la propriété privée en France dans un délai de un mois.

Ce qui est important en pratique, c'est le degré de changement de type pour la dalle de possible. Une sorte de dérivée du possible, si on veut. Dans le cas du jeu d'échec, le changement de type est prévisible à trois conditions : son adversaire le joueur B accepte de " détricoter " la partie jusqu'au coup incriminé, et A change de mouvement. Compétition ou non, décision des instances d'arbitrages etc.

Tiens au fait je note une toute petite poussée de généralisation d'un terme. Comme la plupart des gens n'entendent le mot " instance " que dans l'expression " les instances du football ", ils pensent qu'une " instance " est un directeur de la FIFA. On avait eu un peu le même type de dérive avec le verbe " supporter " quelqu'un, qui signifie désormais lui manifester son soutien depuis un banc en hurlant, puisque les utilisateurs n'ont l'occasion d'entendre ce mot que dans le contexte du football. Mais je ne veux pas me mettre à dos ce noble corps de métier qui brassera bientôt plus d'argent que l'éducation.
Tiens un truc marrant, j'ai lu dans le journal Le Monde que les Chinois visitant le Château de Versailles détestaient que les tasses à café en vente à la boutique soient marquées " Made in China", mais " Vous comprenez", expliquait le directeur " pour arriver à en faire fabriquer en France, c'est impossible". C'est merveilleux, le monde est merveilleux.

Seconde condition : la prochaine partie, où les possibles sont remis à zéro en quelque sorte, et où il lui sera loisible de jouer différemment ce même coup s'il se présente. Enfin une modification des règles du jeu d'échecs.

Pour le second cas, la suppression de la propriété privée, rien à " détricoter". Il sufffit de lister patiemment les textes de loi à modifier, et de prévoir l'attribution de tous les biens privés. En revanche, cela est impossible à faire dans un délai d'un mois. Et il n'y a pas non plus de " prochaine partie " à attendre, où tout serait remis à zéro.

Enfin, " rien à détricoter", pas tout à fait strictement. On peut estimer que le fait de passer de nouvelles lois qui abrogent ou modifient les anciennes, est une façon de détricoter le travail des précédents. Ce n'est pas défaire matériellement, comme dans le cas du jeu d'échecs, où passer le film à l'envers donnerait la même chose que ce qui serait fait là. C'est défaire " en structure " l'esprit qui a donné lieu à la lettre, de l'esprit des lois etc.

Sinon pour revenir à la distinction thème / prédicat, oui, elle est reliée à cette vision. Au sens où le prédicat " dit la chose", comme la loi " rend un jugement " entre les choses, elle tranche. Le prédicat relie les choses, et tranche quant à la décision de la façon de les relier. Le prédicat instaure, et redéfinit le degré de lien entre les choses. C'est lui qui effectue le travail d'entretien du consensus.

Il repasse entre les choses (disons les thèmes), tendant ou distendant leurs liens, et leur assignant des places nouvelles (relatives). J'ai trouvé une autre image que le dynamique du velcro, sans doute meilleure, et en plus elle colle avec mes définitions sur les chemins et les champs. Lesquels remettent à l'honneur le choix par exclusion ou par désélection.

Voyons donc le prédicat comme un outil qui règle la place des mots les uns par rapport aux autres. On pourrait dire selon des " règles de bienséance". Comme on place les invités à table. J'ai dit de cette étiquette qu'elle était la culture, et qu'elle est la structure qui préside aux mouvement du prédicat-outil, du prédicat navette qui règle la place de ces entités que sont les thèmes (les mots).

C'est ce que j'avais tenté de figurer par cette pièce. Et ce qui est amusant, c'est que je l'avais intitulée " A daily month", avec cette réentrance de soi en soi-même. Là où le filet devient compliqué, c'est que cette structure de la culture, nous l'exprimons avec du langage, donc des thèmes.

Il y a bien sûr une manière de parler de sa culture, c'est à dire une culture de la culture. On revient bien évidemment à la violence. Mais passons pour le moment.

Ce qui m'intéresserait, ce serait de trouver un langage purement topologique pour décrire ce qui régule les mouvements de la navette qui circule entre les mots pour régler leur écartement...

Bien sûr, dès qu'on dit cela, on pense à un langage graphique. Et j'ai toujours vu dans les pilotes de logiciels en 3D des outils qui seraient adaptés à ce genre de mission. Mais il reste à trouver les lois et les critères de déplacement, et là je ne suis pas encore prêt.

En effet, ces lois relèvent de la caractérisation d'un thème par un autre, dans un ordre, comme on l'a vu dans ce fameux article. avec le rhéostat. Je règle la distance relative de " mercenaire " et de " soldat d'armée régulière ", et ce :

  • par rapport à un neutre, mettons du genre " force de maintien de l'ordre armées / outils de maintien de la violence du pouvoir "
  • à l'aide du thème-curseur " cruauté ".

Mais bon, ça ne va guère loin. A creuser donc... De toute façon, comme je le disais, j'ai assez creusé ce filon, j'ai pris deux ans de retard sur la représentation. Mais j'avais besoin d'un outil au clair là-dessus pour avancer par ailleurs, c'est à dire un outil qui explique la liberté dont dispose la représentation de faire représenter une forme par une autre.

Par exemple, si je peux faire affleurer à ma conscience que devant prendre une autre image de ce tore qui donne sans cesse de la douceur comme un gâteau décoré de trucs pastels, je suis orienté vers l'image d'une femme noire aux formes généreuses.

Je sais alors que les thèmes de mon langage sont reliés dans un espace où voisinent les formes géométriques, les caractéristiques morphologiques des êtres, et des associations entre des sentiments, des ethnies... Tous ces thèmes sont reliés en fait par des prédicats qui assignent à ces thèmes des distances dans un espace 3D dont je ne garde que la partie " politiquement correcte".

C'est pour cela que je creusais les histoires de dimensions. Dans un manuel de géométrie, il est impossible de caser une femme noire à côté d'un tore. Et pourtant, dans notre inconscient, ils peuvent voisiner tout près, avec un gâteau à la crème et d'autres représentations graphiques invisibles dans notre espace 3D conscient.
Et pourtant, quelque chose de mon moteur de prédicat intérieur est venu faire voisiner ces mots un jour ou l'autre. Dans le rêve ou autres, ces représentations réapparaissent, l'espace se révèle peuplé de tout ce qu'il porte, et non plus seulement des choses admissibles.

L'inconscient est structuré comme un langage, disons que le langage qui matérialise une partie de la structure de l'inconscient. Mais de cette dernière, les règles topologiques me restent toujours inconnues.
Je pense tout de même à des rôles de traces mnésiques, de choses qui s'inscrivent. C'est évident, me dira-t-on. Oui....


Sinon je reviens sur cette vieille phrase

Tout ce qui commence par " Tout dépend ce qu'on appelle ..." ou " Tout dépend ce qu'on entend par …"

Et je la complète par :

Tout ce qui finit par " Tout dépend ce qu'on appelle ..." ou " Tout dépend ce qu'on entend par …"


La boutade servira aussi d'introduction à Laurier. Vous mesurez j'espère la lassitude que peut provoquer ce genre de remarque. Je ne sais pas si vous mesurez la fatigue qu'il y a à attaquer la falaise du langage, cette inexorable avancée, bruissement de milliards de locuteurs, qui me roule toujours au bas du glacier.

Pratique séculaire et sans fin, inexorable, le bloc du langage avance contre moi, comme tout ce qui est d'histoire. Et ne recule pas d'un pouce. C'est lui qui me pousse avec une force énorme. C'est une sorte de transfiguration que j'attends. Comme si, admiratif de leur constance à rester accroché pendant la marche, l'univers décernait à certains une sorte de récompense, un traitement d'exception, passer de l'autre côté du miroir.

Le tout est de savoir si ces instants de récompense, pourtant perçus, ils vous le diront tous, relèvent du délire pur ou bien si, par quelque mystère, il y avait effectivement entre l'épisteme et l'espace physique une sorte de relation, comme entre l'espace physique et le temps, qui permettait à une dimension de travailler l'autre. 

Le tout serait de savoir pourquoi le rêve, par exemple semble associé à la réalité. Il y a là une tentation tout à fait pernicieuse et féroce. Que les mécanismes du rêve soient associés intimement à notre conception du monde, on ne fait encore que l'aborder. Mais jusqu'ici, le rêve a toujours été considéré comme un accès à un " autre monde". La tentation est grande de croire qu'en parcourant la voie royale vers l'inconscient, nous franchirons la porte des étoiles. 

Et pourtant, si la tentation venait à nous effleurer, il faudrait bien se pencher sur le plat-bord, laisser filer un peu d'eau entre les doigts, la ramener pleine d'étoiles, et admettre que quelque chose s'est passé. Comment " admettre ", laisser entrer le fantastique ou l'impossible ? Goutte à goutte, comme l'huile dans la mayonnaise, parce que trop d'un coup, cela fait " tourner " notre conscience ? 


Je suis la forme de ton sens (rebroussement, dé-structure, possibles)

J'écrivais donc quelque chose comme " La langue, c'est la culture mise en forme. Et la culture, c'est la mise en forme du système de valeurs (au sens moral le plus strict : ce qui est bien / pas bien, donc ce qu'il faut faire / ne pas faire ou dire). "

Nous avons déjà vu le lien entre le consensus testé par la performance du langage, et son fondement moral. ce lien entre la morale et le langage existe en langue même lorsqu'on dit " Tu appelles cela te laver les dents ? " Certes la critique est adressée à la façon du brossage, mais c'est bien au langage qu'est fait l'affront. Pour qu'une chose ait un nom, il faut qu'elle mérite ce nom. Idem avec le méprisant " Tu appelles ça une voiture ? " 
La chose ne se hisse pas au niveau du nom. Pour mériter son nom, le véhicule devrait avoir un gros moteur, des pare-chocs rutilants. Avant " d'appeler " quelque chose par son nom, en fait avant d'invoquer le nom, comme on dérange un dieu, il faut que la chose le mérite. Il faut donc que la société ait crédité de son nom de voiture le fameux véhicule, il faut que le groupe l'ait baptisé de " voiture".

Et pour l'enfant, qui entendra longtemps " On ne dit pas ça", et " On ne dit pas comme ça " utilisés dans des usages très proches, " parler mal " c'est mal parler, et inversement. On y reviendra avec Laurier sur l'observance des règles.

Pour en revenir au schéma de la forme et de la structure, on voit qu'il y a ici une sorte de " récursivité ", ou plutôt et c'est d'importance, un trajet au cours duquel ce qui joue le rôle de donneur de forme vis à vis de la langue, devient à son tour forme d'une autre chose et ainsi de suite. Nous avons déjà rencontré plusieurs fois ce schéma de pensée. Il a l'avantage de superposer, au calque d'une réentrance éternellement gênante, celui d' une linéarité conceptuelle mise à plat sur une page, tout en conservant l'aspect dynamique  de la permutation.

On l'a rencontré avec la Genèse des Structures, déjà évoquée par Piaget au colloque de Cerisy de 1959.

Il y a donc deux aspects, deux rôles qui peuvent être joués : D'une part le rôle de la forme, forme-produit, produite et qui pour naître, épouse une structure (cf. le papier rocher, le décor de théâtre, le sapin de Noël etc), et d'autre part le rôle de la structure implicite, non formalisée, car non formalisable en tant que telle (1), qui n'apparaît pas, mais qui informe du visible.

Mais de même que la structure n'a pas de forme, la forme n'a pas de structure.

Le trait remarquable ici est donc qu'une même chose peut servir les deux rôles. La culture sert de forme exprimée au système de valeurs, et devient à son tour structure implicite lorsqu'il s'agit de revêtir une tournure explicite, une mise en forme, sous forme de la langue.

Faut-il chercher plus loin en amont et en aval ? En aval, il y aurait déjà un petit ménage à faire entre le langage et la langue. Ensuite on peut mettre au même niveau une autre forme d'expression culturelle comme les arts non verbaux, et enfin, passer pour de bon à l'étage au-dessous en aval pour voir à quelles formes la langue a donné naissance en tant que structure. On rejoint là la sémiologie, toutes les formes narratives, la fiction. Bref, l'énorme bazar de la production littéraire, laquelle va de l'annuaire aux jeux poétiques métalinguistiques.

En amont, il y aurait à chercher en quoi le système de valeurs est une forme visible, déchiffrable, qui est informé par un système invisible et plus profond. Mais ce serait faire injure au principe même que nous avons retenu, qui est " prendre la place de " que de le réduire à du " plus profond ".

La culture est forme produite, informée, par et du point de vue de la morale, et la culture est informante pour la langue, elle est " moulante". 

La tentation se présente de découvrir quel est le système informant de ce qui verrait la morale comme une forme qu'il produit. La morale serait alors vue comme une forme visible, par exemple les formes de la violence et de la volonté, tout ce qui a été déterrré par Freud. Tout ce dont, sous prétexte de valeurs, s'autorise un individu pour en violenter un autre relève de ces formes visibles. Ce que je veux dire par l'emploi de ce " faire injure", c'est que tout est aussi visible que le reste. Ce qui " génère " est devant nous à la même place que le reste, aussi " visible " que ce qui est généré. 

Lorsque l'enfant voit l'eau de la fontaine, sans voir la pompe et le réservoir souterrain, pour lui la fontaine fonctionne avec la magie d'une source dont l'eau est toujours renouvelée. Lorsque par la connaissance, l'adulte " sait " le mécanisme, il " lit " alors dans la même apparence une réalité différente, et l'eau est recyclée par le mécanisme. 

De même, sans la sociologie, nous voyons la violence comme une expression des passions humaines, venue d'insondables profondeurs. Avec la sociologie, nous lisons l'exploitation des uns par les autres comme la satisfaction d'appétit de pouvoir de quelques uns, prenant les " valeurs " pour prétexte, et les " forces de l'ordre" comme outil. " L'ordre " étant ce qui s'oppose bien sûr au changement du système de valeur, et surtout du nom de la famille qui en tire la richesse. L'exploitation prend différentes formes, mais la violence de la domination pour l'exploitation est la même.

Mais poursuivons l'expérience. Quelle serait la structure de ce qui donne forme aux instincts ? On peut répondre la volonté de puissance, l'énergie vitale, l'instinct de conservation, la libido, rien de très original. On reviendra pour inventaire, sans beaucoup de passion.

Ce qui est notable en revanche, c'est que cette figure m'était apparue sous la forme du front du glacier.  http://lecerclebleu.blogspot.fr/2015/03/la-frontiere-du-glacier.html Je voyais à l'époque une sorte de tapis roulant, avec tout en bas, un front roulant, faisant passer la glace du dessus vers la glace du dessous. Cela c'est le mouvement normal du glacier quand il avance (enfin je m'avance, mais disons,bon...).
Maintenant imaginons un glacier qui n'avance plus. Son front est alors une sorte d'écran de cinémal, où de la glace défine de haut en bas, toujours à la même place. Image changeant de quelque chose qui reste à la même place.

Là où il ne s'agit pas d'une pure réentrance, c'est que la succession des rôles tenus me fait penser au col de rebroussement de la Bouteille de Klein. Ce qui supprime avantageusement l'idée de niveau liée à la " mise à plat " du processus. Dans le col de rebroussement, comme dans un film, on a l'impression d'une unique image animée à l'écran, alors qu'il s'agit d'une succession d'images fixes venant se remplacer dans l'acte de " tenir le rôle du présent".


On voit que n'était-ce le mouvement de rotation autour de l'axe vertical, un spectateur verrait, comme dans un film, des images qui se remplacent.

Cela illustre, topologiquement, le concept de deux classes qui seraient incluses l'une dans l'autre. A est incluse dans B et B est incluse dans A. Et pourtant elles ne sont pas égales. Elles sont " successivement " incluses l'une dans l'autre. La classe des hôtesses de l'air est incluse dans la classe des femmes qui portent un uniforme, et cette dernière est incluse dans la classe des hôtesses de l'air, dans la mesure où certaines hôtesses ne portent pas d'uniforme.

Ainsi, on ne peut parler de " monter d'un niveau " que si on considère un gradient à cet espace topologique, qu'on se met à répéter et à orienter cet espace, ce que font les pratiques. La boule est labile dans toutes les dimensions, la seule origine au repère est la perspective taxinomique.

Il y a un mouvement de pensée qui nous a appris à considérer comme impossible qu'on puisse inclure les hôtesses de l'air dans les femmes en uniformes, tandis que dans la réalité, certaines n'en portent pas. C'est un peu ce réflexe qui oblige à prendre des gants comme " une nouvelle espèce d'insecte découverte", une espèce qui a des ailes là où traditionnellement les insectes n'en avaient pas. La nature a conservé le droit de surprendre nos taxinomies, et le monde, non.

C'est en quelque sorte une autre dimension du tertium non datur, qui pourrait être exprimé par quelque chose comme " le tertium est datur ou non, selon la façon dont on regarde les choses". En fait, c'est toute la caractérisation qui est là en cause, on y reviendra avec l'histoire des corbeaux blancs chez Laurier.

Cela m'amène à dire un mot de cette notion de " possible". Je regardais tout à l'heure un chat, et j'opérais devant lui des manoeuvres complexes (non destinées à son intention). Après un temps de " search for meaning", il classa mes opérations dans la catégorie " inintéressant ". Il est clair que le search for meaning se déroule dans un espace balisé, comme celui du jeu de marelle, de cases continues, comme le territoire des communes de France doit baliser le territoire national de façon jointive pour que l'administration soit exercée. Il ne peut y avoir, hors litige, de  " trou" .

Bien. Admettons donc que l'espace des actions d'un chat soit balisé du point de vue des motivations (un objectif qui détermine un départ) par la collection non exclusive (combinaison d'éléments possibles) de : je vais cela : " pour me nourrir " / " pour me reproduire " / " pour me défendre " (protéger, laver...) ".

Au sens où pour la même raison de complétude, le chat imagine que mes actions se classent nécessairement dans une de ces trois catégories. Étant donné qu'il ne peut participer en l'occasion à aucune, il se détourne du search for meaning et porte son attention ailleurs. Ce que je faisais pouvait pourtant à mon avis être classé par lui dans " il cherche à manger ", mais sans plus de possibilité de participer pour lui.

Pour le chat qui me voit faire, il n'y a que trois possibilités :" il cherche à manger " / " il cherche à se reproduire " / " il cherche à se défendre, laver, soigner ...".

L'ensemble de l'espace des possibles est balisé sans vide à 100 % par ces trois possibilités. Il ne peut pas observer (2) une activité qui ne rentre pas dans une de ces trois cases. Sinon, ce n'est plus une activité, on s'en désintéresse sans pouvoir y participer. Le chat ne peut faire coulisser une des dalles pour ouvrir un vide entre les possibles.

Mais nous, pouvons nous faire glisser les dalles des possibles ? Une fois que l'espace des possibles est balisé par un certain nombre de possibles, pouvons nous remanier le dallage ?

On entend pourtant régulièrement de telle espèce ou de tel mécanisme biologique : " On se sait pas pourquoi le ver de terre boit de l'eau / pourquoi nos cellules se contractent / pourquoi le singe bat des cils / pourquoi les comètes émettent du gaz  ? "

Mais cela ne prouve en rien que nous avons écarté les dalles des possibles. Si nous ne comprenons pas pourquoi le ver de terre boit de l'eau, c'est parce que nous pensons qu'on boit de l'eau : pour étancher sa soif / sa faim / se laver / se soigner... Sinon, on ne " sait pas ". Et pourtant, ce n'est certainement pas bien loin. Un jour on verra que c'est pour regonfler telle membrane, et on ajoutera un possible à la collection. Mais s'il s'avère que ce ver de terre boit de l'eau  pour améliorer le rendement du portefeuille d'actions de votre beau-frère, vous n'êtes pas près d'en déterrer le possible.

C'est bien là le problème. Il suffit que le possible soit juste un peu plus loin que le vraisemblable, et il disparaît des possibles. C'est en cela que je parle de reconfiguration du possible. Une manière d'apprivoiser l'impossible qui nous amènerait le possible à portée de main plus rapidement.

Relations avec les binarités auparavant examinées : thème / prédicat. 

A revenir voir

Dernier point, il y aurait à rechercher les effets de feed-back : comment les productions de la langue informent la structure de la langue, notamment dans ces effets de " craquement " que j'ai évoqués. On me dira que c'est le retour de la réentrance, et c'est vrai.C'est la limite de cet exercice qui consiste à inventer des rôles qu'une même chose tient, et de plus simultanément.

La seconde façon pour ce feed-back de s'exercer, est la " dé-formation" : si la forme n'a pas de structure, elle peut en être " dé-formée". Ce trait est fondamental. Il est le symétrique de ce que j'avais exprimé en disant que le choix sur l'axe paradigmatique se fait plus par exclusion que par option positive. 
Pour exprimer ce que je ressens, je choisis le " moins pire " des mots. L'autre est trop ceci, son voisin trop cela etc.

Bien. Dans cette façon de " déselectionner" figure le mécanisme qui consiste à enlever des critères pour monter vers la généralité, c'est à dire à " enlever de la forme " à une forme de façon à pouvoir remonter vers des structures " qui n'existent pas ", c'est à dire dont la combinaison n'a justement pas encore donné de forme, mais qui pourraient s'avérer utile (1 sic)

On y reviendra aussi avec Laurier lors du chapitre sur les universaux.


 (1) C'est le même problème que la représentation. Si la structure pouvait apparaître sans avoir besoin pour cela de s'incarner, de se donner à voir en tant que forme, elle n'aurait pas besoin d'adopter une forme visible, elle l'aurait déjà. Si la structure a pour apparaître, besoin d'une forme, c'est que, comme l'homme invisible a besoin d'un drap pour nous apparaître, elle est  invisible.

Pour me donner de la marge, c'est à dire anticiper le dérapage conceptuel que notre complaisance nous laisse toujours sur un concept, je dis qu'elle n'existe pas. Je pense que c'est le seul moyen de faire comprendre qu'elle est hors de portée des outils de connaissance tels que nous les avons encore, c'est à dire attachés aux catégories du langage.

(2) Dans la même ligne en fait que la note (1), et on revient à la projection des catégories et à l'organisation de la perception, je mets volontairement il ne peut " observer". vous voyez sans cesse se dérouler sous vos yeux des choses que vous ne percevez pas.

Si vous les percevez et que vous décelez un défaut d'analyse, c'est que vous êtes déjà dans la catégorisation. " On ne voit que ce qu'on connaît", dit-on, mais l'emploi de " connaître " me gêne un peu ici, même si c'est dans l'idée.

lundi 9 janvier 2017

Les signes contradictoires (indirection, proportions II)

Je pensais l'autre jour à ce phénomène que nous connaissons tous : voir arriver une personne et " décoder " ses vêtements.

Nous allons prendre le cas le plus courant : les signes sont cohérents : la personne a le crâne rasé, un treillis et des rangers, ou bien elle a les dreadlocks, des pantalons bouffants, c'est un babos, etc.

Dans ce cas l'identification est facile : la personne est un militaire, un écolo, un indien, un cow-boy etc. Chaque signe est arbitraire, et fonctionne pourtant dans une totalité : s'il a un jean moulant, c'est personne, s'il a un jean moulant et un foulard jaune, bleu, rouge, au fait, il est de quellle couleur, le foulard de Lucky Luke ?

Avec le nom, vous pouvez allez vérifier sur Google. Sans le nom, vous êtes dans l'indirection.

Maintenant, prenons le cas où les signes sont contradictoires. La personne a les cheveux longs, est vêtue d'un treillis militaire etc.

Vous allez difficilement pouvoir vous empêcher de faire un puzzle des totalités, vous allez dire de cette personne, qu'elle est une mosaïque : un peu facho, un peu écolo, un peu indien, un peu cowboy.

Incapable de réaliser le " search for meaning " classique, vous allez déplacer la mosaïque des signes sur la mosaïques des catégories. Mais c'est une faute méthodologique. Puisque l'association : ensemble de signes - sens ne fonctionne pas, il n'y a aucune raison valable pour que la personne individuelle corresponde à la mosaïque de concepts que reflète ses vêtements.

Sans que cela soit néanmoins impossible. C'est là que ça devient amusant.

Cela devient amusant si on met ce phénomène en rapport avec ce qui est à la base de la  Gestalt : " un rapport des parties au tout. " (Jean Petitot)

Il y a un autre exemple qui me praît similaire. Celui des signes de l'absence : Je regarde la maison, les volets sont ouverts, et toutes les pièces sont noires. J'en déduis que mon voisin est absent de chez lui. Mais pour consruire cette absence, je me sers de signes bien présents. Je reconstruis une absence au nom de signes de la présence.

C'est parce qu'il n'a pas allumé la lumière qu'il est absent, c'est parce qu'il n'a pas fermé les volets que je peux voir l'intérieur des pièces noires. S'il avait fermé les volets, je ne verrais pas l'absence de lumière à l'intérieur des pièces, et la présence, le constat de cette absence de lumière me manquerait pour conclure à la positivité de l'absence du voisin.

Ainsi de mon personnage mosaïque. De ses cheveux longs je " déduis " qu'il n'est pas un fasciste, de son absence d'absence de chien d'attaque je déduis qu'il est un peu facho etc. Je relève des pans qui tombent de la certitude, comme on relève des cheveux sur le dessus de la tête pour les nouer, je transforme des positivités tombées en désuétude de certitude en construction d'une représentation, fût-elle aussi ténue qu'une absence.

Il reste, je pense, une traec d'incertitude, cette idée que mon voisin est peut-être tapi chez lui dans le noir. De même qu'en le voyant circuler derrière un rideau, je pourrais penser qu'il s'agit de l'ombre d'un mannequin.


Ce qui m'intéresse ici, c'est une fois de plus, on est en voyage dans des proportions. Peu importe où sont les bornes, c'est la proportion de certitude vers une des bornes qui importe. Et donc le mouvement qui conduit à cet état transitoire.


Ce mouvement, c'est comme celui de l'eau dans des vases communiquants. Cet " entre " dont je parlais, c'est l'espace parcouru d'un mouvement, toujours insaisissable, comme la flèche de Zénon. Mais parce qu'il faut considérer les trois, indissociables : les bornes, ,nécessaires pour borner, et donc nommer les bornes, du mouvement de la flèche, et le mouvement, pour caractériser l'espace, la façon dont il est vécu par les bornes.

Alors les bornes sont le thème, et le mouvement de la flèche, du propos, le prédicat ?

A revenir pour ça ET les proportions.

Un autre détail tant que je suis dans le vrac. Un mien ami me disait récemment que ne pas avoir d'enfant est rater quelque chose, et qu'on peut en éprouver le sentiment d'un manque irremplaçable. 

Je tentai alors une petite manoeuvre rhétorique, qui fut suivie d'un habituel effet, et c'est pour cela que je la rapporte ici. 

La manoeuvre est la suivante : Je réponds alors " Pourtant regarde, je ne sais pas jouer au badminton, je n'y  ai jamais joué, donc cela ne peut pas me manquer. Sinon, je devrais souffrir ainsi du manque de tous les jeux auxquels je n'ai jamais joué. Avoir des enfants est une expérience supplémentaire, mais son absence ne sauirait manquer. 


Tombe alors la phrase qui coupe court à tout développement sur le sujet : " Non, tu ne peux pas comparer le fait d'avoir des enfants et un simple jeu de divertissement. "

Qui coupe court parce qu'elle bouche l'horizon. Le " tu ne saurais " du " tu ne peux pas " renvoie à des imposibilités physiques, des monstruosités de pensée genre comparler une souris à un éléphant, une brindille à un chêne, bref cela viole les catégories de pensées communément admises.

C'est donc un impératif catégorique qu'on impoise au développement du raisonnement, un " sens interdit " moral.

Mon interlocuteur récuse la comparaison, au motif que les deux termes comparés sont " trop différents". Or c'est ici même, dans cette différence, que se fonds la richesse de la comparaison. Si je parle d'un gond capable de supporter la porte A aussi bien que la porte A, je n'apporte rien. Si je parle d'un gond que les goinds de vantail ne peuvent pas connaître, non sérieusement, si je parle d'un gond qui supporte aussi bien une porte légère que lourde, on se doute que sa fonction de gond est encore plus " étroitement visée ".

Or comme je le disais, cette mésaventure m'arrive couramment. Tentant de faire progresser l'autre en l'étirant hors de sa frontière, c'est lui qui m'y ramène, effaçant le territoire que je me proposais de lui faire découvrir, et ce au motif de la récusation du déplacement de frontière.

Au lieu de tenter de déceler la richesse dans l'illustration que je lui propose, l'auditeur choisit d'ignorer cette voie pour récuser le " petit côté "' du rectangle de l'analogie.

Ce cas d'indigence intellectuelle me laisse perplexe depuis des années qu'il se répète. Je pense qu'il signale un manque dans l'apprentissage des concepts. On n'apprend pas assez " à penser ", parce que commencer un tel apprentissage supposerait d'admettre qu'existe quelque part la possibilité que moi, et par conséquent mon rejeton, ne pense pas parfaitement, ce qui ne saurait être.

Et c'est fort dommage. Disons que ce qui est surtout dommage, c'est que c'est le genre d'exercice mental qui est à la construction de concepts ce que l'étirement est à une compétition olympique de patinage artistique...

Je me dis que si les gens bloquent à ce niveau, ils sortent tous du vestiaire sur un brancard avant d'avoir enfilé le costume. Et je me dis que c'est peut-être là que le bât blesse, et pourquoi ma conversation déplaît tant. Calcifiés dans des raisonnments de feuille de calcul, leurs esprits tournent en rond dans des plans articulés par des changements de plans convenus etc. etc. dessinant dans l'espace des figures aisément reconnaissables...

D'un autre côté, j'ai déjà mentionné cette difficulté que génère l'attitude consistant à s'extraire systématiquement de ses propres schémas de pensée avant que d'être fossilisé à l'intérieur. On se retrouve à tout traverser sans que personne ne vous reconnaisse plus nulle part.

Les frontières des catégories habituelles étant abolies, je me retrouve comme le passe-muraille, là où je ne devrais pas être. Et donc non vu, non aperçu. 

Mais c'est logique. A force de prouver que ces murailles n'en étaient pas, mon succès ne fait que me placer dans une situation délicate. Et me renvoie justement à la dimension morale, comme l'implique le mot de généalogie. 

La structure finale, le support de l'édifice, est une structure " morale". Et rien d'étonnant que les structuralistes aient remonté le courant jusqu'aux tabous de l'inceste et autres, bien vus par Freud avant. La culture, c'est la structure du reste, et la morale, c'est la structure de la culture. Dire ce qui se dit et ne se dit pas, c'est déjà préparer le terrain pour enseigner ce qui se fait et ne se fait pas. 

Les militaires, dictateurs, industriels et pollueurs corrompus tuent chaque jour des centaines d'enfant et utilisent d'autres enfants comme esclaves sexuels, alors que les simples images de ce fait entraînent ici des poursuites judiciaires. 

Mais dans les deux cas, la morale est sauve. C'est pour ma jouissance et mes intérêts que moi militaire je pille et je viole, comme tous les autres qui exercent leur pouvoir. Je niche mes intérêts au coeur d'une démarche militaro-industrio-religio-économique-politico orientée vers la maîtrise de telle ou telle ressource naturelle et la destruction de tel ou tel habitat naturel.

La seule chose qui serait anti-structurale, donc anti-culturelle, ce serait de dire " tuer cet enfant ou pas, ça n'a aucune importance". Car cela récuserait toutes les autres morales sur lesquelles sont bâties les justifications du meurtre des enfants. 

Ainsi, Les assassins d'enfant sans mobile apparent, autre que " de vérifier " sont pourchassés, alors que les assassins d'enfant avec mobile (guerre, pouvoir, argent, sexe, ou combinaisons des frustrations psychopathologiques des précédents) ne sont que rarement inquiétés. 

Alors on me dira que l'enfant est intouchable, et qu'en abolissant les " il faut ", on reste dans l'orgie et la barbarie sanglante. Je réponds seulement que ne pas répondre à la question de pourquoi il faut en sortir c'est risquer d'y retomber sans cesse, en fermant les yeux sur ceux qu'on torture dans les prisons.

Piaget Structuralisme XVI structures psychologiques

Suite à cet article, nous allons parcourir le chapitre IV " Les structures psychologiques" du Que-Sais-je de Jean Piaget, intitulé Le Structuralisme, lequel chapitre précède celui des structures linguistiques. Je rappelle que le but est de tenter de comprendre ce que recouvre le terme de structuralisme en général, à travers les propos de ceux qui l'ont porté. 

Nous sommes donc page 46, où nous est présentée une brève histoire de la Gestalt Theorie, ou Théorie des Formes. Un de ses fondateurs, W. Köhler, a terminé en 1909 sa thèse sur la psycho-acoustique  L'ouvrage de Köhler sur les formes physiques est de 1920, et celui sur la psychologie de 1929.

Ce plan suit en quelque sorte celui de l'ouvrage, à savoir que les formes apparaissent comme porteuses de sens, mais que chez Köhler, il semble que soit retenu essentiellement un isomorphisme fonctionnel, c'est à dire, si on ose s'exprimer ainsi, " qui marche, en tant que, et tant qu'il nous aide à comprendre".

Donc qu'on exploite jusqu'à ce qu'il ne fonctionne plus. " Jusqu'à ", au sens temporel et spatial, jusqu'à ce que l'outil ne sache plus nous accompagner. Et il se pourrait que ce soit le point d'achoppement, ce moment une partie de sa pensée originelle s'est détachée de la Gestalt, pour s'agglutiner avec autre chose, quelque chose comme un -meta, la perception d'une permanence d'une sorte d'essence des choses, essence dont les fluctuations pourraient, elles, être prises en charge par les mathématiques et la logique. 

Il ne me semble pas innocent que c'est au même moment qu'on découvre en mathématiques qu'on peut " retourner " des solides sans les déchirer, ce qui correspond à la modélisation d'une figure de pensée (le contraire par exemple, qui inverse la notion sans la détruire)

De ces fluctuations, on guiderait les échappées sauvages, on dompterait enfin le fougueux étalon de la pensée (parce qu'on n'arrive toujours pas à retourner le ballon). Mais nous n'en sommes pas là, et il faudra repartir sans doute sur une étude plus approfondie de la Gestalt pour statuer. Je le ferai peut-être entre Piaget et Petitot, à l'occasion de l'introduction à la lecture de l'introduction de Morphogenèse du Sens.

Page 47, deux choses intéressantes. Ce que dit Piaget de ce que la Gestalt a retenu de la phénoménologie, cette " ambiance " dans laquelle elle s'est développée. Finalemet, ce n'est que du Montaigne remis au goût du jour, donc on passera sur la phénoménologie. Je veux dire, on passera sur ses conclusions et son apport. Ce qui m'intéresse bien sûr, ce sont les positions de principe qu'elle a générées.

Intéressant aussi ce qu'il dit de la façon dont Köhler a amené les champs dans le contexte de la Gestalt. Passons sur l'histoire de " l'intelligence ", ce qui compte c'est que cela fait revenir Piaget sur le point des structures " pures", sans histoire, sans genèse, sans fonctions et sans relations avec le sujet : " Il est facile de construire de telles essences sur le terrain philosophique, où l'invention est libre de toute contrainte, il est difficile d'en rencontrer sur le terrain de la réalité vérifiable". C'est l'hôpital qui se fout de la charité.

page 48

" L'idée centrale du structuralisme gestaltiste est celle de totalité". Il sait très bien que l'idée centrale est en réalité celle du rapport entre le tout et les parties. D'ailleurs il y vient. Mais il n'est pas innocent qu'il pointe tout de suite la question du tout, sur laquelle il avait lui-même buté : Il n'y a pas de tout, puisque toute chose peut être, et doit être considérée comme elle même partie d'un tout.

Là je fais une incise personnelle

Le tout n'existe pas, mais en revanche, son nom existe. Ce nom c'est " fruit", lui-même instance d'une catégorie qui est le taxon correspondant. Que ce nom recouvre ou pas un tout réel, peu importe. Ce qui importe, c'est qu'il existe sur ce tout un consensus suffisamment serré pour les besoins de la cause. Si je dis à un enfant au retour des courses " Mets les fruits à part des légumes ", cela ne posera aucun problème. Ce qui n'est pas forcément le cas pour un naturaliste ou encore le marché de Rungis. Ces deux derniers risquent de demander des précisions, pour des raisons différentes. (les taxons pour Rungis sont des catégories produits, et non des espèces, variétés...)

On voit bien que ni le mot ni la chose n'existent per se, et en dehors d'une relation, relation elle même inscrite dans un contexte.

Pour revenir au champ de forces selon Piaget, il le présente comme un exemple de totalité, ce qui est discutable, mais le disqualifie aussitôt, au prétexte que les " champs de force " synaptiques s'organisent plus lentement.
Ceci n'est pas sans intérêt, et l'histoire de la " compréhension immédiate " nous ramène à la question de savoir si on construit la structure à partir de ses éléments, ou si elle existe d'elle-même, ce qui justifie la suite de la page.

On verra que Petitot substitue utilement les rapports entre le tout et les parties, à ce jeu de construction qui n'a pas de fin. Notons page 49 l'émergence de la notion de self assembly.

" L'équilibre se passe de l'hérédité". Encore une fois, le mystérieux rapport des parties au tout, qui règle leur équilibre, dans un immédiat qui se passe de justificatif, vient heurter cette vision qui voudrait que tout cela soit " construit " selon des lois externes, donc préexistantes. Ou préexistentes, donc externes.

Il est curieux de remarque à quel point l'existence d'un équilibre entre le tout et les parties, équilibre se jouant à huis clos et sans appel à une théorie visée par l'humain, avec imprimatur, heurte une conviction bien établie. Au point que ce qui est là, sous nos yeux, devient contre intuitif. C'est l'appel désespéré, sans cesse renouvelé à une pensée extérieure organisante, qui met en valeur la difficulté.

Cette difficulté, elle est celle d'imaginer quelque chose qui ne serait pas joué d'avance. Joué d'avance car se conformant à un scénario préexistant. Préexistant, et donc post-existant, et donc qui me sauvera du pétrin de la mort. La difficulté à admettre un monde au sein duquel je disparais purement est simplement est assez facile à comprendre.
Les solutions trouvées pour y remédier font de bons jalons pour l'histoire de la pensée. Avec l'animisme, puis les polythéismes, il s'agit de s'attirer les bonnes grâces des divinités.

Et pour cela, de comprendre ce qu'elles veulent que nous fassions pour leur être agréable. Au temps du polythéïsme, il s'agissait de leur offrir des sacrifices et des temples pour faire cela avec les honneurs dûs à leur rang.
En gros, partager de la bouffe, et si possible leur donner le meilleur. Comme on fait aujourd'hui avec un hôte de marque à table. 

Avec le mnothéisme, le problème se seimplfie et se complique à la fois. Se simplifie parce que le Dieu a eu la politesse de nous révéler ce qu'il souhaitait dans un livre, et se complique parce que les prescriptions se sont augmentées d'un labyrinthe de consignes sociales : coucher avec untel et pas l'autre, respecter les sens interdits, emprunter les passages cloutés de la femme de ton voisin, etc.

Pour " faire bien ", il s'agissait désormais de " bien faire ". Heureusement, le clergé était là pour canaliser et orchestrer l'ensemble.

Ensute la médecine a pris le relais. La médicaments et les opérations allaient nous rendre immportels. Comme la promesse tarde à se réaliser, on s'est un peu retournés vers l'univers pour voir s'il ne contiendrait pas dans ses lois éternelles les signes ou les traces d'une pensée extérieure.

Je voudrais pour finir revenir sur un passage qui m'a fait tomber de ma chaise. Il s'agit de cet article, et notamment la fin :

" ce qu'il appelle la « valeur » et qui est définie comme suit : « un terme n’acquiert sa valeur que parce qu’il est opposé à ce qui précède ou ce qui suit, ou à tous les deux. » 6.
(Et le premier, il est défini comment, dans ce cas ? Errrmmm, pardon)
Dès lors le signe est-il défini de façon différentielle7, c'est-à-dire par opposition avec d'autres signes. Saussure met ainsi en évidence que le langage est une structure, essentiellement différentielle
J'appelle cela un système, pas (encore) une structure, mais bon. "

J'ajoute que si tous les signes d'une langue étaient identiques, et sans différence entre eux, la langue serait très compliquée à interpréter. Par exemple, comment différencier le sens de : “ lalalalalala” de celui de “ lalalalalala “ ?


Ok, stop au cynisme. Ce qui est incroyable, c'est que ceci ait fait oeuvre de socle au savoir il y a un siècle. C'est à dire à quel point nous avons récemment ouvert les yeux sur le langage, après l'avoir utilisé pendant des siècles.

Je sais bien qu'il s'agit de la valeur au sein de la structure, dont il est question, valeur dont la différence de morphologie formelle n'est qu'un support nécessaire. D'où le petit nombre de phonèmes nécessaires : c'est comme les couleurs dans les cartes, on peut représenter l'affrontement entre toutes les alternances avec 5 couleurs seulement je crois. 

Donc il y a un siècle, on mettait à jour la structure du langage, c'est à dire un nombre d'éléments qui ne tire sa puissance de fonctionnement de pouvoir s'opposer aux autres. On a vu depuis que c'est aussi une caractéristique du langage binaire. Suivant que c'est un 1 ou un 0 qui suit le 1 ou le 0 précédent, on peut représenter n'importe quelle valeur.

Ce qui veut dire qu'on pourrait coder toutes les frontières avec 5 niveaux de gris, soit 3 bits. Simplement, l'oeil humain ne s'y retrouverait sans doute pas.

Bien revenons donc à la différence fondatrice du système. Effectivement, si on avait une collection d'éléments de classe tels que {li,lo,lu, la, la, la}, le dernier " se tassant " sur lui-même dans la similarité, on pourrait dire que la liste de phonèmes de la classe se réduit à {li,lo,lu, la}

On voit donc déjà inscrite en germe ici cette idée que c'est " entre " li et lo, dans cet espace où joue la différence que tout réside. La loi de composition de la structure des sens dans l'ensemble des combinaisons de phonèmes est propre à chaque langue, ce qui n'empêche pas de rechercher des lois générales, bien sûr.

Mais on voit avec l'exemple du japonais, et l'appui gestuel dessinant les idéogrammes correspondant pour désambigïser les homophones, que c'est une sorte de territoire fermé.

Pour résumer, on voit qu'on revient à cette " unité de concept " qu'est la différence minimale, comme brique support de la structure. Et on note que l'exemple de la totalité selon Piaget est un champ, c'est à dire quelque chose d'éminemment continu et sans limites, au moins intuitivement, ce qui permet d'éliminer les " effets de bord " et la question des quanta. Quantum d'espace etc.

On voit donc que le structuralisme " dérape " toujours sans rencontrer d'aspérité où il pourrait s'arrimer. Les aspérités conceptuelles sont des oppositions déjà largement intégrées par rapport au continuum des bruits perçus. On construit des limites abusives, mais fonctionnelles, en découpant le continuum perçu, et sur ces limites se construisent les oppositions fonctionnelles, puis les structures, qui est à une collection d'oppositions fonctionnelles ce que la modélisation des lois d'oppositions sur lesquelles le sens pourra se construire est à une série de mesures observées.

Mieux on observe, et " au plus près de l'utile", et mieux apparaîtra la structure des lois qui gouvernent la courbe des points relevés.  Mais cette construction est continue, d'une part, et d'autre part la difficulté qu'elle offre est que le terrain du mesurable n'est nulle part ailleurs que dans la communauté " chaude " du vivant humain, de la mensée en circulation. Il n'y a aucune structure à tirer des tablettes dans les dialectes non connus de l'époque sumérienne, ni d'un dialecte parlé par quelques savants dont le dernier est mort. C'est lorsqu'ils existent dans l'esprit vivant d'un être humain qu'ils prend place dans la structure.

Et ceci, je ne sais pourquoi, semble très difficile d'accès pour ces penseurs. Il faut absolument que gise quelque chose là dehors.

lundi 2 janvier 2017

Histoire de la pensée

Je voulais mettre un passage de l'Histoire de la Pensée de Jean-Louis Dumas (chez Tallandier), en résonance avec Bimbenet notamment, pour tenter de voir comment ce qu'il y a de proprement humain dans l'hominisation a connu depuis la proto-histoire l'évolution fulgurante qu'on sait.











J'emploie " fulgurance " pour éviter d'employer " accélération ", mais il faudra bien poser le mot quelque jour.  Nous sommes donc dans le second tome, " Renaissance et siècle des Lumières ".

Normalement, vous devriez maintenant me voir venir. " L"invention de soi " (je ne sais plus de qui est la formule) s'est poursuivie depuis les débuts de l'humanité de façon continue, et il n'y a pas de raison de penser qu'elle va s'arrêter. Vous savez également que l'espace physique est pour moi non seulement le support extérieur dans lequel, mais encore le mode sur lequel se déploie notre représentation de cette présence à soi, vécue comme un décentrement permettant de s'observer comme un autre, et les autres comme un soi.

La réalité, c'est tout à la fois le territoire qui est régi par d'autres règles, et tout à la fois l'ensemble des règles qui constituent cet espace, qui l'érigent en territoire. C'est l'endroit où je structure " de l'extérieur " ma connaissance, comme quelqu'un qui assemblerait des pièces sans les voir, et à la fois l'endroit où une autre entité que moi régit, encore une fois, cette cohérence. Au siècle de Gilgamesh, cet inconnu était la " mer extérieure", circumterritoriale, et souterraine aussi. 

Alors les dieux étaient dans les nuages, dans les fleuves, bref, pas loin.

Plus tard elle sera la sphère des fixes, à la surface de laquelle sont piquées les étoiles. Les dieux sont déjà relégués derrière le rideau. Ils tirent les ficelles, certes, mais ils ont déjà quitté la scène immédiate de la nature. 

Je prétends que personne aujourd'hui ne peut plus comprendre Platon ou autre auteur de cette époque au point de me garantir que les questions qu'il pose ne sont pas en substance exactement les mêmes qu'aujourd'hui. Non pas dans une sorte de " Ils avaient déjà tout pensé " un peu condescendant, non : La frontière qui a reculé, ce n'est pas tant la distance à laquelle voient nos télescopes, c'est plutôt celle de ce que nous croyons possible. C'est cela la vraie frontière, qui saute juste avant que la technique ne vienne prouver que, effectivement c'est possible. Le jour où nous penserons que remonter le temps est possible, on y arrivera techniquement.

Après Perelman, les ballons qu'on retourne vont apparaître. Ce qui est curieux c'est que subsiste encore, cf. ici à 33:00; les outils basés sur la " négation d'une proposition ", alors qu'on sait que cela n'a aucun fondement.

Plus on imagine, mieux on réalise. Il faut donc aujourd'hui des outils pour mieux imaginer, et pour se libérer en premier lieu des impassibilités que le langage nous impose comme limites lorsque nous pensons.

Cette formulation, en opposition avec la vision traditionnelle du " langage, outil de la pensée " (conception, mise en forme, transmission) va être mise en synoptique avec chaque point du bouquin de Laurier que nous allons aborder.

lundi 26 décembre 2016

There is no such thing as II (répartition taxinomies, maison, caillou, proportions 1))

Il faut que je revienne un peu sur le moment où je parlais de " portée " dans cet article. J'ai conscience qu'on pourrait m'objecter que l'oscillation ici évoquée est " horizontale " (disons inscrite dans un plancher, dans le plan de l'axe syntagmatique pour le dire de façon fautive), alors que le plafond de verre, parallèle à ce plan sépare justement deux espaces distincts dans un plan vertical, deux étages d'un immeuble.

Et ceci nous permettra de se raccrocher notamment à l'aspect thème / prédicat, tel que je l'évoquais ici, lorsque j'aurai ajouté une remarque qui nous ramènera à nos bons vieux guillemets.

Prenons la phrase : " Le vice chinois, pléonasme ". Mettons qu'il s'agisse d'une phrase en fin de propos. Au cours de ce propos, le locuteur a dénoncé la corruption des institutions chinoises, les travers du système financier chinois, le maquillage des comptes, bref, tout y est vicié. Il termine donc par : " Le vice chinois, pléonasme "

Mais cette phrase, écrite telle quelle ne fonctionne pas. Elle fonctionnerait si on avait écrit " : " Le vice, cheville ouvrière du système chinois." Même " : " Le vice chinois, cheville ouvrière du système " ne fonctionne pas vraiment. Passons sur les formulations indigentes, telles que : " Le vice chinois, cheville ouvrière du système chinois", laquelle est pourtant plus rigoureuse.
Idem pour " La corruption, vice chinois", qui échoue de peu.

Arrivons-en au remède, il faut écrire : " Le ' vice chinois ', pléonasme". Là, tout se remet à fonctionner. Le " vice-chinois" redevient un mot, et comme tel, soumis au consensus.

Ce qu'on voit dans cet exemple, c'est que les guillemets " rabattent " en fait ce qui était dans un plan horizontal (la phrase) vers une hiérarchie verticale des niveaux de discours, ou d'abstraction dans le discours. Et il ne pourrait en être autrement. La phrase est de fait un espace en 2D, principalement d'ailleurs parce qu'elle se déroule le long de l'axe du temps.

Il reste que les incises permettent, la manière du cinéma de Deleuze, de reconstruire un temps propre à la pensée, et que les guillemets permettent de fonder une dimension verticale du propos, de l'étager en niveaux d'abstraction.

Il faut donc admettre que; même s'il semble que dans les deux phrases : " Le vice chinois, pléonasme " et " Le ' vice chinois ', pléonasme", thème et prédicat sont les mêmes, en réalité il n'en est rien. A l'écoute de la première, le locuteur devrait répondre " Quel vice chinois ? ", ce qui n'est absolument pas le cas dans la seconde formulation.
Donc le prédicat ( " pléonasme"), qui émet un jugement sur le thème, ne vise pas du tout le même thème dans les deux cas, à preuve il faut encore, dans le premier cas, une question pour le connaître le thème. Et encore, la réponse sera alambiquée, mais passons.

Vous allez me dire que ma remarque contient une sorte de présupposé, et c'est vrai. Le présupposé est qu'il y aurait une sorte d'influence entre les étages de la taxinomie et la relation thème-prédicat. Je l'avais déjà reconnu en effet.

N'oublions jamais qu'un mot est au carrefour de multiples taxinomies. " Hôtesse de l'air " est sous " personnel naviguant", mais aussi sous " femme", sous " métiers " sous " personnes dont la taille est un critère d'embauche ", " personnes qui portent un uniforme dans leur travail", " personnes qui servent des repas aux autres " etc.

Cela semble indiquer que la sphère des choses qu'on peut dire de cette personne peut être influencée par ces critères, et il n'est pas impossible qu'un pourcentage non néglgeable des phrases où on trouve " Hôtesse de l'air " relève de ces particularités.

Ce faisant, l'usage polit et peaufine le profil des classes à laquelle appartient ou n'appartient pas " Hôtesse de l'air ". Or cette fois, nous sommes bien dans une circulation " horizontale", séparée par des barrières " verticales".

Je caricature, bien sûr, puisque les classes sont en volume, et à autant de dimensions précisément que les taxinomies qui les fondent. Mais je pense que vous comprenez ce que je dis là. C'est relié à l'histoire du tissu qu'on tire vers le haut. Tirez vers le haut une nappe par un point situé au centre, et tous les motifs vont décrire le trajet horizontal des rayons d'un cercle. Tirez vers le haut une nappe en prenant un point situé plutôt vers un coin, et les motifs du coin opposé en diagonale feront à l'horizontale, sur le plan de la table, un long trajet rectiligne etc.

Les trajet vertical et horizontal sont liés, d'une façon qui fait d'ailleurs penser à la courbure de l'espace. Un peu comme dans un espace courbe, où vous ne pouvez aller dans un sens sans aller dans l'autre. Par exemple vous ne pouvez aller de Dakkar à Paris, donc faire un mouvement rectiligne du Sud vers Nord, sans faire en même temps un mouvement sur l'axe Est-Ouest, la direction dépendant du point de vue de l'observateur. Disons que le mouvement serait vu  de profil " vers l'intérieur " de la Terre sur une Terre représentée par une sphère, ce qu'elle n'est pas.

Tout cela parce que le mouvement est contraint dans l'espace courbe de la surface de la Terre. De même, le discours étant contraint dans l'espace du langage, il semble qu'il ne puisse y avoir de mouvement vertical dans les taxinomies, sans un déplacement horizontal du thème dans les classes. Le faisant par exemple sortir de la taxinomie des éléments concrets pour le faire passer dans celle des éléments du discours.

Mais ces mouvements ne sont pas facilement perceptibles, puisque nous sommes liés au système, comme lors de nos déplacements sur la Terre. Nous pensons parcourir en avion le trajet sur une carte plane, comme dans les films.

C'est relié également à l'histoire du gâteau de la mariée, et là on touche à un point crucial. En effet, ce que dit l'article, c'est que les classes ne sont pas seulement reposant dans le lexique, mais pour une large part, instantanément revivifiées et mises en oeuvre par le propos. Le discours vivant, vocal, ici et maintenant, actualise les classes, justement parce que j'utilise les mots, ici et maintenant, comme à un certain niveau dans les classes. Je décale en fait tout l'édifice. Je déplace le repère " théorique / pratique".

C'est à dire la droite qui va servir à établir la proportion entre les deux.  Peu importe ce que valent les coordonnées de la droite qui sépare mon tout en deux parties, l'un de 60, l'autre de 40 %. Ce qui importe, c'est la répartition que j'opère en déplaçant ce curseur.

Avec l'histoire du rhéostat, je disais que la caractérisation était un phénomène horizontal, qui découpait de la sémanthèse entre les champs des mots. C'est exact. En déplaçant le curseur à la verticale, je définis quelle partie de la taxinomie est utilisée par la " pomme " fruit, et laquelle autre est utilisée par la pomme " Golden", ou plutôt si j'entends " Pomme " comme " fruit " ou " Golden".

Et ceci est valable pour tous les types de taxinomies. L'hyperonymie n'en est qu'une parmi d'autre. Si je dis " la couleur de ce ballon", je n'utilise pas " couleur " pour désigner une des couleurs instanciables, mais comme étiquette de classe.  Rouge n'est pas une couleur, c'est " rouge " qui peut figurer parmi les termes de la description de " couleur " en extension, et plus précisément de la classe " couleur " dans la taxinomies des couleurs qu'on trouve dans la nature, ou sur les pots de peinture, ou dans les dictionnaires.

" Rouge " n'appartient pas à l'ensemble des instances possibles de " couleur " en extension dans la taxinomie " teinte " laquelle comprend " sombre, neutre, clair " etc.

Mais cette confusion savamment entretenue nous permet de bifurquer au carrefour des taxinomies, et de créer cet effet chatoyant que le génie d'une langue offre au discours de celui qui la parle.

Bien.

Sinon, à propos d'espace, je voulais revenir sur une chose représentée par cette photo.



Elle se se tient là pour matérialiser le mot " effraction ". Concentrons nous sur une fenêtre en rez-de-jardin, et imaginons un homme qui enjambe le mur en poussant un des battants. 

Il entre par effraction, et pourtant il ne sort pas de l'espace, au sens où quelqu'un irait pousser les limites du cosmos, la voûte céleste. Il entre dans un espace apparemment bien connu, et pourtant qui lui était interdit, et pourrait lui réserver bien des surprises. 

Ainsi de certaines formes de pensée. C'est dans l' " effraction " que réside leur hardiesse. Leurs mouvement ne semblent pas grandioses, et même plutôt discrets. C'est l'intérieur de notre paysage, les zones cachées de nos conventions, qu'ils vont explorer par ces mouvements légers, pousser un battant, et pénétrer dans un autre monde.

Postuler que le connu recèle des passages vers des destinations lointaines, trous de vers de la pensée. Si l'homme habite désormais dans cette maison, ou encore s'enfuit par un souterrain qui part des caves, nous ne le reverrons jamais plus. 

C'est curieux d'ailleurs l'affinité que nous avons avec certaines demeures, la forme du bâtiment... Les larmes me sont montées aux yeux une fois en voyant ce Corot. 



Enfin, tant que j'y suis à effrayer le pèlerin, je voulais revenir sur ce propos, que j'écrivai  : " Mais les réponses ne surviennent que bien plus tard. 

Très tard, pour tout dire parfois jamais. Certaines se font attendre. Ce que peut-être vous ressentirez aussi (est-on jamais sûr que l'autre etc. ?) est, comment dire...

A quel point elles sont profondément enracinées, ces questions. Ce sont les mêmes, on les reconnaît, sans jamais pouvoir les formuler.

Une citadelle, fière, orgueilleuse se dresse, seule et sûre de cette certitude qu'à la fois que nous savons que c'est bien la même question qui revient, et à la fois incapable d'en décrire le moindre aspect. C'est là le mystère du lien entre la forme et le sens, c'est le sens de la pierre dans 2001 Odyssée l'espace, ou de la Kaaba à La Mecque " et j'ajoute : " que de matérialiser ce mystère".

Je sais que je désarçonne là une certitude bien ancrée, laquelle veut que pour reconnaître une chose, on ne puisse que reconnaître ses critères. Certes mais alors on parle là de ses critères " apparents", ceux qui sautent aujourd'hui aux yeux. Comment une forme pourrait-elle " nous être familière ", comment pourrait-on dire d'elle qu'elle est une autre apparence de la même question, sans que nous puissions rien dire de cette similitude ou d'une différence, ou pire que nous ne puissions rien dire des deux choses elles-mêmes ?

La réponse est bien évidemment que, au delà de ces critères de tri évidents, la chose emporte avec elle des liens. La pierre dans un film est immergée dans le film, et par là dans toute la culture partagée autour du film par les gens. La Kaaba est reliée à des mythes partagés par des millions de gens. 

La chose la plus muette peut servir de support au discours le plus élaboré. Ce qui est privé de différence, poli et noir mat, peut servir de " butée", amalgamer autour de soi un noeud de discours. Le grain de sable disparaît dans la perle, mais cette fonction qu'a eue le mot de désigner une chose ne pouvant se dissoudre complètement, il est logique que le renversement s'effectue, et que le mot devienne chose, créant " en creux " la chose dont il parle et qu'il serait. 

Ainsi lorsque je reconnais la maison, le paysage, je sais qu'il y a une entrée pour moi, une fenêtre à pousser. Quelque chose est installé en filigrane dans cette scène, qui m'appelle. Une forme, quelque chose de reconnaissable sans être reconnu, présent sans être écrit, quelque chose d'existant mais non tangible, et qui fait partie du chemin.