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mardi 21 mars 2017

5 euros le sac (la frontière résolue)

Bon, là je jette des choses en vrac, d'où le titre genre " Samedi matin chez Emmaüs". Je m'habille chez Emmaüs, moi :)

Donc bref, oui, je me disais que pour Google, la différence entre les deux expressions " Malo, la baie du Mont Michel ", et " Michel, la baie du mont saint malo " est plus petite que pour nous. Voyons en images :






Même bien écrit, ça ne change guère



Pour la " connaissance Google", c'est la même chose. Ils doivent sûrement prendre en compte l'ordre des mots de la requête, ceci-dit, mais on va bien vers une organisation spatiale. Voir également le web dit " sémantique " et les nuages de mots. 

Autre chose, toujours sur le sens et la forme. On connaît bien maintenant le fait que les molécules agissent dans les systèmes biologiques par leur formes. Une molécule " clé", transportée dans le milieu aérien, ou un tissu, vient au contact d'une molécule " serrure". Comme leurs formes correspondent, la " clé " agit sur la " serrure " et déclenche un mécanisme convenu. On ne cherche cependant jamais à attribuer un quelconque " sens " à une molécule. 

Pour les mots c'est un peu l'inverse. On cherche à leur attribuer un " sens", alors que cela fonctionne comme le système clé/serrure : il faut qu'une période de convention ait précédé la phase efficace. Le plus simple exemple en est la langue. Si on prononce devant moi un mot d'une langue inconnue, l'effet sera nul. 
Curieusement, dans le contexte où locuteur et auditeur ont bénéficié d'une éducation dans la même langue, la précaution de protocole disparaît complètement. On oublie que la serrure de l'auditeur a été longuement éduquée pour que la clé du locuteur puisse y fonctionner et prouver son efficacité.
Non, là on se penche avec de grandes interrogations sur la clé, on la dissèque précautionneusement pour rechercher le sens " qu'elle porte".

Entendons-nous, je ne plaide pas ici pour une recherche du sens qui ne serait autorisée à prendre son élan qu'à partir du niveau de la phrase, ou de quelque autre élément de plus haut niveau combinatoire, qui feindrait honteusement d'ignorer que le lexique en appelle déjà à des " catégories ", dont sémantiques. Non, je reviens plutôt par là à l'idée du jaillissement du sens, comme les étincelles des silex heurtés, du sens comme enclos dans aucun objet mais dans la confrontation d'un procès de lecture et d'interprétation. On me dira que ce procès a un support, mais la bande de papier troué des anciennes machines du langage Morse est aussi un support, vide de sens à tous les niveaux.


Autre chose encore, je voudrais revenir sur cette histoire de frontière qui s'épaissit et devient un territoire lorsqu'on zoome dessus. Selon le point de vue où l'on se place, telle frontière s'éloigne, devient un simple trait, tandis qu'une autre se rapproche, devenant un territoire. C'est ainsi que les termes d'une taxinomie " se le tiennent pour dit ", parcequ'on les tient pour acquis, lorsqu'on les regarde de loin. Cela permet de se rapprocher d'une autre taxinomie, qui devient lâche, et je peux écarter les bords de la frontière. 

Ainsi lorsqu'en linguiste je parle " des pommes ". Je tiens pour acquis une taxinomie de choses figées pour rendre plus lâche leur aspect d'objets manipulables, par exemple pour les compter.

Ce faisant, j'occulte totalement la pratique du mot " pomme " par les marchands de fruits et les clients qui la manipulent réellement, dans la pratique. On y reviendra avec conduites linguistiques. Une fois de plus, la question n'est pas de savoir si telle pomme est entré ou pas dans la classe des fruits, vision qui détermine un territoire uniquement mental, mais de savoir pour qui, où, et à quel instant considère que telle pomme fait partie des fruits.

Le fait de savoir ensuite si " la  " pomme est " un " fruit relève de la convention ad hoc pour dévelopement ultérieur. 
Cette façon de voir engage un territoire réel, un ici et maintenant lié à un groupe humain identifiable dans l'espace et dans le temps. La différence entre les façons de voir nécessitera un parcours comparé des ouvrages de Daniel Laurier et [CLE], un peu fastidieux, mais éclairant.

On ne voit plus des objets " prisonniers " de telle ou telle classe, mais des pratiques de groupes humains. La question de la frontière demeure, mais elle a changé de statut. D'objet d'étude " en soi ", elle devient critère d'un point de vue, critère utilisée par convention pendant l'échange à l'intérieur d'un groupe. 

Cela n'entraîne pas qu'elle disparaisse en tant qu'objet d'étude, mais elle est vue en tant qu'artefact de notre façon d'embrasser un domaine de connaissance. Nous n'avons pas les moyens psychiques d' " incorporer " une carte géographique qui comprendrait à la fois les informations routières d'une carte Michelin de la France, à l'échelle 1/1000.000 et celles d'une carte IGN  à l'échelle 1/25.000. Même en admettant qu'une telle carte puisse être fabriquée, il nous faudrait la parcourir en voiture, et s'arrêter pour la consulter. 

Les manoeuvres de zoomage et de dézoomage s'effectuent en certains points de la chaîne, avec rotation sur les trois axes dans l'espace du discours, entre une zone et une autre, selon des affinités formelles ou sémantiques  Le type de mouvement que j'ai le plus évoqué jusqu'ici est celui composé des rotations du prédicat regardant son thème en relation avec les consensus fondateurs de la taxinomie. 

Pour les autres types, on les verra tout de même rapidement avec [CLE], même s'il appartient à d'autres chercheurs de préciser. Vous me direz que cela repousse d'autant le passage à la représentation. C'est exact, mais je tiens absolument à aborder à ce rivage lavé de toutes les théories précédentes, au clair avec tout le reste. Ce n'est que sur ce fonds " net " et " lavé " que chaque manoeuvre là-bas pourra ressortir 

Vous pouvez en profiter vous aussi pour resserrer votre vision de ces différences car alors je ne m'embarrasserai plus de liens ni de comparaison. Je devrai remonter vers les sources. 



lundi 20 mars 2017

Le collectif III, la science.

En lien avec l'aspect " collectiviste " http://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/03/tilt-collectif-le-biscuit-moisi.html du dernier billet (collectif II) , je voudrais mentionner un article que je viens de lire dans le journal Le Monde daté du 6 mai 2016, rubrique Critique / Essais. Critique, donc, par Nicolas Weill d'un ouvrage de M. Daniel Andler, philosophe de son état, intitulé La silhouette de l'humain, qui va me permettre de reboucler le collectif avec la science. En regard du discours sur la fiction, dont j'ai beaucoup parlé.

A y bien regarder, l'article met en lumière un lien qui relève de l'épistémologie, c'est à dire que l'auteur de l'article détecte chez l'auteur du livre l'intention de replacer les hypothèses scientifiques au sein d'un cadre culturel, et pourrait-on dire, presque " politique".

Mais de quoi s'agit-il ? J'ai choisi comme méthode de présentation de commenter au fur et à mesure de la lecture, à chaud sur chaque phrase et de résumer ensuite. Mais on peut déjà annoncer que l'ensemble de la collaboration entre les deux thèses est curieuse. N'ayant pas lu l'ouvrage, je fais confiance au critique, et je me dis que l'auteur cherche à tenir une ligne de crête. Pour résumer, ce dernier se veut un " naturaliste éclairé, ou modéré " : il souhaite tempérer les ardeurs de son propre camp.

Voyons comment il s'y prend .

" Les progrès spectaculaires des neurosciences - ou sciences du cerveau - et leur application aux sciences cognitives, celles qui traitent de l'esprit, sont tels, depuis quelques décennies. que l'image multicolore censée illustrer les localisations cérébrales (langage, émotion, perception etc.) a remplacé, à titre d'emblème de la science, les schémas de l'atome.  "

Pour ce qui est du symbole de l'atome, il est devenu obsolète, comme toutes les hypothèses scientifiques. Mais admettons, il faut bien commencer par quelque chose, et la remarque est sans doute en grande partie fondée. Sans doute aussi parce qu'on espère là de grandes avancées, c'est donc une sorte de gri-gri.

Je n'ai pas, dans ma lointaine province, perçu encore de progrès " spectaculaire " lié aux neurosciences, et encore moins ceux de leurs applications aux sciences " cognitives". Il est vrai que cette vidéo qui montre un individu littéralement remis en marche comme avec un interrupteur est prometteuse dans le cas de certaines maladies dégénératives. On peut allumer et éteindre le cerveau, soit. A ne pas mettre entre toutes les mains, ce " progrès spectaculaire".

Déjà, les " sciences cognitives ", n'existent pas. Les cognitivistes ne sont qu'une faction parmi les gens qui s'occupent de philosophie du langage. Mais bref, passons sur tout ces détails.

Je cite en réordonnant : "  L'idée se renforce que l'esprit humain est un objet de même type que ceux dont s'occupent les sciences de la nature".

Déjà comparer l'esprit humain à un objet est curieux. Ranger cette chose qui me paraît à moi singulière dans un type peut paraître étrange, mais tout va mieux quand on apprend qu'il s'agit du type de ceux dont " s'occupent les sciences de la nature". Nous voilà rassurés. Nous appartenons bien à la nature. Mais restons sur nos gardes, continuons de flairer le terrain, le piège est peut-être à venir. Donc :

" L'idée se renforce, [...] balayant les résistances de la phénoménologie ou de la psychologie traditionnelle psychanalyse incluse, pour qui l'esprit procède d'une essence différente de celle des choses. "


J'avoue avoir mal perçu les " résistances " de la phénoménologie en la matière. Quant aux analystes, je pense qu'un certain nombre ont dû faire un bond en s'entendant ranger dans l" psychologie traditionnelle"...

Mais contre quoi donc ces pensée organisent-elles une résistance acharnée ? 

A ne pas abandonner cet archaïsme que " l'esprit procède d'une essence différente des choses ". (Déjà " procéder d'une essence " est tellement marqué qu'on a vraiment l'impression de nouveaux qui débarquent dans le débat sans mettre les patins. C'est émouvant, mais bon...). Si un jour Monsieur Daniel, ou mettons un zélote plus intégriste que lui, est en souffrance psychique et va chez un psychanalyste, il réalisera que la différence n'est pas là, entre l'esprit et les choses.

A la différence de la science, laquelle, légitimement s'occupe de comprendre en quoi les cerveaux sont tous pareils, son psy s'attaquera à un autre problème, qui est de savoir pourquoi et en quoi le cerveau de M. Daniel est différent des autres, ne fonctionne pas pareil ce jour là, et se met à pleurer, lui et pas les autres. Et je pense pouvoir prédire que M. Daniel sera très heureux que le psy prenne les affaires par ce bout. 

Même la physique quantique nous indique le chemin de la diffférence des mondes, et pointe cette idée qu'il y a autant de mondes que d'esprits. Et ceci n'est la boutade bitumineuse d'un new-age illuminé, c'est la prise en compte que notre époque nous invite à opérer.

En fait, les gens qui ont cette attitude sont comme des savants d'opérette qui démonteraient une voiture et décréteraient que ce n'est qu'un tas de pièces et de ressorts asemblés par des boulons et des joints. Ils oublient que la voiture est un moyen, pour faire des voyages, de tourner des films, toutes activités qui s'expliquent peu par la structure du moteur

Ce qui nous tourmente dans un voyage, ce sont plus souvent nos compagnons, ou les passagers de la voiture, pas tellement le carburateur ou l'embrayage. Ce qui nous intéresse dans un film, c'est l'intrigue, pas l'essieu de la voiture qui porte la caméra. Sauf dans le cas du Fellini Roma, bien sûr :)

Vous me direz " Mais si c'est une naïveté aussi idiote, à part le fait qu'elle soit récurrente dans le débat, en quoi vaut-elle la peine que vous en parliez ? "

Pour deux raisons. L'une sempiternelle, est que la mentalité de garçon de 5 ans qui démonte son joujou (1) ne me gênerait pas si es gens ne prenaient en général leur vision comme prétexte pour dire que vu que notre voiture n'est qu'un amas de boulons, il est légitime de faire des garagistes et des mécaniciens les maîtres de nos desinées. Politiquement, ces gens sont dangereux, ils sont les meilleurs amis des totalitarismes naissants.

Mais pour une autre raison, plus en phase avec mes propos du jour. C'est que ces gens placent de facto les gens de l'autre camp, nous donc, dans la catégorie des gens qui " croient au Père Noël". Pour eux le débat n'est pas entre une quincaillerie sans intérêt et un vaste champ d'expériences passionnantes, le débat est entre des gens raisonnables qui se résignent avec courage à la vérité, et des fous qui croient aux chimères, et à qui il faut passer la camisole chimique à la moindre incartade.

J'y reviendrai avec [ISI], mais l'abolition de la dimension collective dans la prise en compte du phénomène humain est une tentation de la science, car elle correspond à une méconnaissance de l'être, venant de cette décision arbitraire, toujours la même, que le sens de ce qui est humain est dans les choses, alors qu'il est " dans les gens". On comprend que le cortex soit le dernier bastion de cette illusion, car s'il y une " chose " que nous habitons, c'est bien notre cerveau, mais la confusion est fatiguante à la longue.

Prenons un exemple. Une personne souffre d'un égoïsme chronique très important. Elle ne pense qu'à elle-même en permanence, elle est obsédée de ses pensées à propos d'elle-même et s'observe. Si on le lui reproche, elle va répondre qu'elle vous a demandé " Comment ça va, ce matin ? ". Pour elle, s'occuper des autres, les prendre en considération est si difficile, cela occupe si peu de place que faire la place pour un " Comment ça va ?" lui semble compenser largement. Elle occupe autant de place en elle-même avec cette question qu'avec tout le reste de ses pensées sur  elle. 50 % des efforts pour les autres, 50 % pour elle. 

En ce sens prenons une autre personne très altruiste, qui passe le plus clair de sa semaine dans les associations caritatives. Elle occupe autant de place en elle-même avec cette question qu'avec tout le reste de ses pensées sur  elle. 50 % des efforts pour les autres, 50 % pour elle. 

Dans un cas, 5 secondes d'attention, dans l'autre 5 jours. Intérieurement, la même sensation, et peut-être la même image sur les écrans des " neurosciences miraculeusement cognitives". Quel intérêt ?. Et encore, sans doute la première personne se pense-t-elle au chevet de ses proches, tandis que la seconde se reproche de n'en faire pas assez.

Alors ? Similitude ou différence. Un seul monde unique ? Mais de quel monde parle-t-on ? D'un monde un peu idéal, ou bien le monde réel, celui de la société et de la médecine ?

Car c'est là que le retour de ces théories me bouche un peu les narines. C'est qu'on voit revenir la vieille idéologie des années 50, le credo de l'ingénieur électronicien, que tous les cerveaux sont identiques, et que si par hasard il y en a un qui a un bug, il suffit de trouver le composant défaillant pour le remplacer. On voit où je veux en venir. 

Car c'est bien une religion que cette idéologie. Ces deux certitudes marchent main dans la main : " Un, foin de ces bêtises de psy, (et surtout la psychanalyse, comme par hasard), il y a un seul et unique monde de molécules innocentes, et deux je détiens cette vérité certaine et universelle du monde unique, que je partage avec le gouvernement que je sers pour le meilleur des mondes. L'Etat dirige pour le mieux ce meilleur des mondes et j'adhère totalement à son idéologie."

Le seul intérêt d'étudier le cerveau sous cet angle, c'est de trouver les zones où l'on pourrait intervenir pour rendre les égoïstes plus altruistes, les méchants un peu plus gentils, les délinquants moins virulents, les terriristes moins opposants... Cela dispensera la classe militaro-scientifique au pouvoir de se fatiguer à chercher le bonheur des gens, il n'y aura qu'à stimuler la bonne zone dans le cerveau, et on aura des hordes de zombies heureux.

Que Le Monde ait choisi cet ouvrage est un signal faible que l'idéologie de la camisole chimique n'a pas fini encore de progresser. Tout est cyclique, et le balancier des opinions fait qu'un jour la psychanalyse sortira de son purgatoire. La pensée unique a une séduction qui s'infiltre partout, comme les gaz toxiques des comédies d'espionnage. Elle passe par dessous les portes, parce qu'elle fait tellement de bien. Nous sommes tellement fatigués de réfléchir sans trouver des solutions, que nous attendons comme une drogue bénéfique ce qui nous apportera le sommeil de la simplicité, la pensée unique, la pensée que le monde est unique, simple, qu'il suffit de le découper en pixels, et tout va s'arranger, on ne verra plus ces images affreuses aux actualités. 

Hélas non, c'est le contraire. La paix, la négociation, la conciliation sont plus complexes que la guerre. La réflexion, l'analyse, la reconnaissance de la diversité, sont plus difficiles que les déclarations péremptoires sur la structure de l'univers.

Alors on me dira que l'auteur de l'article fait justement la promotion de la tempérance en la matière et c'est tant mieux. 

Les images, pour précieuses qu'elles soient, ne seront pas les dernières à servir de support à ceux qui espèrent épater tout le monde en proposant la martingale qui résoud la structure de l'univers. Heureusement pour mes camarades psychanalystes, je sais qu'ils savent que lorsque les Monsieur Daniel viennent les voir, dévastés parce que leur femme les a quittés, ils font moins les malins sur l'essence de l'esprit. Mais ce n'est pas une consolation, il aurait été bon qu'ils l'apprissent avant, afin d'éviter de contaminer l'environnement avec leurs articles de foi clamés en toute ignorance.

Comme on l'a évoqué, cest " progrès spectaculaires " sont surtout à ne pas mettre entre toutes les mains. On voit bien aujourd'hui que ce qui reste du symbole de l'atome, ce sont aussi certains légers problèmes sur le désarmement liés à la prolifération nucléaire, l'arrêt des centrales et le traitement des déchets. Tout n'est pas si simple dans le monde unique, et l'enthousiasme des zélotes a toujours intérêt à trouver son contre-pouvoir.

Ce n'est donc pas explicitement cet article que je vise, mais les " thuriféraires des sciences cognitives", et ce mot renvoie à leur attitude. On nous dit qu'ils rejettent les adversaires du naturalisme vers le créationnisme, théorie qu'il est convenu d'abhorrer, et pourquoi. Nous démontrons à longueur de journée l'absurdité de tout cela, mais personne ne s'empare du flambeau de la vérité en vouant l'autre à la Géhenne, c'est de l'obscurantisme.

Ces gens nous disent " Ah ah, vous n'admettez pas qu'une voiture  soit un simple tas de boulons, donc vous professez qu'on doit réserver le rôle d'organisateur de voyages et de scénariste à Dieu"
- Non, monsieur. Non seulement je reconnais qu'une voiture n'est qu'un tas de boulons, ce que je ne reconnais pas dans le tas de boulons, ce sont les films et les voyages qu'on fait avec, ainsi je me permets de vous signaler l'existence des agences de voyage et des cinéastes qui explique l'uin, et l'autre. "

Et pour revenir encore à mon propos, s'ils voient la ligne de séparation du Père Noël à nos pieds, c'est que pour eux, la question ne se pose pas.

Et si elle ne se pose pas, c'est parce que, une fois de plus, les activités des réalisateurs de films ou les agences de voyage n'appartiennent pas pour eux à la sphère de l'humain, mais à celle du monde, du monde des choses, que l'humain manipule. L'humain manipule des cartes et des voitures, des caméras et des salles de cinéma comme il le ferait de cactus ou de pierres, ces choses qui " ont toujours été là" du " monde en soi".

Ces ingrats n'ont pas le souvenir d'avoir été élevés, et qu'il y ait eu un temps où leur fantastique cerveau qui clognote ne savait pas ce que c'était qu'un voyage ou un film. Que les voyages des autres ont participé à la création de son cerveau à lui, qui n'a pas tout inventé.

Comme par hasard, il se trouve que ce courant de pensée se défie de la psychologie, et encore plus de la psychanalyse. Comme je les comprends... Comme il serait difficile d'admettre que ce sont les voyages qui créent toute l'utilité de la voiture, et l'éducation et la société celle du cerveau... 

Mais il y a autre chose : " Ainsi les programmes d'intelligence artificielle des années 60 ont prétendu cartographier l'ensemble des pensées et des comportements humains à la manière d'un ordinateur " (avec des algorithmes).

Ne rions pas trop fort du ridicule de ces tentatives. La meilleure façon de faire un robot qui ressemble à l'humain est encore de transformer l'humain en robot .Si l'humain pouvait s'exprimer avec un vocabulaire réduit et par des phrases simples écrites sur un clavier, comme il serait simple de faire des robots qui lui ressemblent. Tout ce qui est vrai est bon, et il ne fait pas bon laisser les psys venir semer leur désordre. A chaque délinquant sa molécule, et les vaches seront bien couvées.

Pour ce qui est de la phrase : " L'homme moderne abrite un esprit façonné à l'âge de pierre", j'ai déjà abordé ce sujet. Il apporte de l'eau à notre moulin qui est de comprendre comment s'articule l'important de ce qui s'est passé depuis, à savoir la coopération entre cerveaux. Si on fait toujours du son en soufflant dans des trous, c'est la culture du blues qui a permis l'émergence de ce genre d'évènement. La pratique solitaire revient au mécanicien, les voyages au couple.

Autre danger " la naturalisation de l'esprit achoppe sur le comportement de l'agent en situation et en contexte. Le monde est trop compliqué pour qu'on puisse établir un catalogue des situations possibles  [...] Un univers où tout serait calculable est une utopie.  "

Il n'y a rien de tel pour exciter un scientifique que de lui dire que le réel est trop complexe pour être calculé.  C'est précisément l'utopie qui nourrit son délire. C'est un irrésistible appel à sa pulsion de modélisation. Il se voit en chevalier blanc sauvant la donzelle du péril de la complexité. Il va lui montrer sa grosse théorie qui va permettre de tout simplifier en ramenant les situations possibles à 5 situations-type.

C'est le plus mauvais argument à employer pour endiguer l'hystérie de modélisation qui a empoigné la fin du XXème siècle. Si le réel est trop complexe pour l'appréhender, il suffit de trouver la structure des quelques situations simples dont ce réel est une combinaison, et par quelles opérations ces éléments simples s'agencent.

" Puisque mon univers est une machine (joujou de Noël, voiture, batteur à oeufs, turbine de mon usine...) alors l'univers autour de moi est une machine". Le handicap affectif est une pétition de principe quant à la nature du monde qui nous entoure. Le monde qui entoure le scientifique, c'est surtout les femmes qui l'ont élevé, et qui semble avoir disparu de son horizon de recherches.

Une théorie scientifique reflète bien le psychisme de celui qui l'a construite, largement autant que le monde. On pense que ce sera aussi simple de tirer des fils électriques dans le cerveau que de prononcer " brain mapping", beau raccourci qui sonne bien. Parler anglais contribue à répandre auprès de ses collègues l'idée qu'on fait des choses simples et belles, mais le raccourci ne fonctionne pas toujours, et le court-circuit guette.

Il y a d'ailleurs une phrase dans l'article que je ne comprends carrément pas : " En outre les progrès des neurosciences sont tels que l'objectif de fournir un fondement biologique à l'esprit pourrait être dépassé. De même que la physique a fini par laisser de côté la notion trop générale de matière ou la biologie celle de vie". Je ne comprends pas les membres de la comparaison en interne, ni ce qui les relie.

Après le mot "utopie", voilà une phrase intéressante " Chaque comportement est naturel, l'incroyant que je suis n'en doute pas un instant". Il faudra lui dire qu'entre le chaos et Dieu, on a maintenant le choix de la sociologie pour expliquer le comportement " naturel " des sauvages. Mais ce n'est pas fini : " Pour autant, le comportement de l'agent est un objet récalcitrant".
L'être humain réduit à un " agent", l'agent à son tour réduit à un objet, en qui subiste pourtant après toute cette réîfication  assez de volonté pour s'opposer à la volonté du gouvernement et être un délinquant. Je propose d'envoyer l'agent Smith.

Je ne sais pas si c'est moi, mais toutes ces idées transpirent le cyber-fliquage des films comme I, robot... Il faudrait tenter d'instiller dans l'esprit de ces gens que l'avenir de l'homme n'est pas dans le grille-pain sophistiqué, que ce qui est advenu avec le phénomène humain il y a des millions d'années en Afrique va nécesiter d'autres concepts que la notice de branchement et le schéma électronique.

La conclusion est claire : " On peut admettre que tout est composé d'une étoffe matérielle (certifiée par la physique fondamentale "

Tu parles, elle patine dans les cordes, la physique " fondamentale", elle ne certifie surtout rien.

" Et résulte de processus naturels [...] " Oui, la on ne risque pas grand-chose.

" Sans accepter ipso facto que les sciences de la nature soent en l'état, aujourd'hui ou demain, de rendre compte de tout ce qui se produit, en particulier de dicter notre action dans tous les domaines".

Dicter une action n'est pas forcément un cas particulier de la généralité de " rendre compte ", c'est un peu bizarre. " Rendre compte ", cela fait un peu agence de presse. La science vue comme chargée de " rendre compte de la situation", comme un bureau militaire en Inde, qui rend compte à la courone des soulèvements populaires. Expliquer, mais en quels termes ? " Alors voilà, l'espace, c'est comme des petits bouts de ficelle..." ?

Le défi de la science est posé comme la capacité à résoudre une équation trop complexe, qui défie la modélisation, et non comme une grille interprétative. Tout ce qui défie la modélisation risque de ramener l'obscurantisme religieux du créationisme, celui-là même qui nous fait les bombes et les attentats. Le comportement d'un être humain n'est vu que comme la singularité d'un phénomène complexe, comme une molécule de gaz dans une bouteille. Les gars se cognent la tête contre le mur en répétant " Il doit y avoir une explication à la délinquance de cette molécule alors que les autres sont sages, il doit y avoir une solution, l'équation est là, quelque part..." Et on pourra enfin trouver comment souder les composants, les chips et les leds qui feront que ce diable d'homme se tiendra tranquille.

Prenons nos braves sumériens. Ils avaient plein de dieux pour tout, dont le méchant Pazouzou, responsable de tant de maux qu'il devait avoir un boulot pas possible. Nous ne sommes ni plus ni moins avancés qu'eux sur " l'étoffe matérielle " qui compose " tout " (Les religieux aiment à ce que leur concepts s'étendent à l'univers entier), nous avons juste des croyances à son sujet, que nos instruments confirment, exactement comme les instruments de l'époque confirmaient les connaissances des mages.

A un conte près, sur lequel je reviendrai, tous les textes des Sumériens nous sont accessibles de plain-pied,. Qu'il s'agisse de minutes de procès, de recueil de blagues ou de proverbes, de littérature, rien ne nous échappe, cela pourrait avoir été écrit hier. Leur psychisme ne diffère pas d'un iota par rapport au nôtre, et nous prenons pour la vérité ce que nous pensons être la vérité.

Il est peut-être temps de tenter de sortir du débat qui oppose, depuis lors, le scientifique raisonnable qui fouille frénétiquement la matière pour y chercher satisfaction de ses croyances, et le mage illuminé qui pense que Dieu a tout créé.

Nous ne savons pas ce qu'est " tout ", ni ce que cela recouvre, ni ce que cela veut dire. Nous ne savons pas ce que veut dire " matériel", surtout dans la bouche de ceux qui prônent que son opposé; le spirituel, n'existe pas, et ne le récusent que par la peur largement justifiée du comportement de fanatiques que génèrent les " républiques " religieuses.

Le " scientifique " tient aujourd'hui des propos qui l'auraient conduit au bûcher avant hier, à l'asile hier. On peut regarder notre humanité dans sa richesse, sans rejeter l'autre dans le camp des illuminés ou des bornés. C'est la dimension sociale de notre être qui est largement sous-estimée aujourd'hui, et qui doit attirer nos efforts et notre charité.

Eduquer à prendre le meilleur de chaque camp, pour sauver un temps précieux à mieux vivre ensemble sur cette planète, plutôt que d'espérer une solution dans l'hibernation des voyages interstellaires où quelques riches auraient réussi à fuir.

Bref, mais ce n'est pas ça que j'étais venu dire. C'est juste pour reboucler entre le savoir du collectif et le savoir " vu comme savoir". 

(1) Voir d'ailleurs les liens entre les garçons, handicapés de l'affect, et leurs projections sur des machines. La science, monde macho, projette un univers mécaniste.




mercredi 15 mars 2017

Le collectif II, la fiction (espace de la narration)

Ce billet fait un peu suite à celui-ci http://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/03/dieu-existe-t-il-et-si-oui-lequel-hors.html. Je suis toujours sur la structure de cet espace qui, à l'image de celui de l'air dans les poumons, dessine un espace qui est un commun à tous, et pourtant dessine, au niveau des alvéoles, la forme d'un esprit individuel.

Je m'interrogeais sur l'image que renvoie le collectif, à l'individu, de lui-même. Selon la forme que prend cette image, l'individu va se " percevoir comme ", et entrer en affinité avec les parties de l'espace commun qui lui ressemblent. Le mécanisme est connu avec l'estime de soi, ou encore avec la délinquance. Si le sujet perçoit que le collectif lui renvoie de lui-même une image de délinquant, il va s'y installer pour se construire dans la justification de cette image.

Je me demandais ce qu'il en était de ce mécanisme relativement à cette chose qu'est la fiction. Au sens littéraire. Toute communication étant une narration, et toute narration étant une fiction, cette image est par nature une fiction, un " film ", si l'on veut. Il ne s'agit donc pas ici du type d'image, mais de son contenu. 

Si par exemple vous traitez un enfant d'affabulateur, si vous dites souvent de lui des choses comme " Il ment comme il respire", " il invente n'importe quoi", " il est mythomane", bref si vous utilisez des formules qui ont toujours tendance à verser les propos de l'enfant dans la catégorie du récit, il est possible que s'enclenche le même processus que pour l'adhésion au personnage du délinquant, avec plusieurs conséquences.

La première c'est de poser de facto l'enfant hors de la réalité .Les adultes vivent dans la réalité, les autres  enfants aussi, lieu d'où ils émettent des discours plutôt " normaux ", ou " sensés". L'enfant en question, lui, produit un langage de fiction. Sa parole ne reflète pas la réalité, elle n'est pas " réelle". Son langage émane d'un lieu de fiction, c'est à peu près la seule explication raisonnable possible, en tout cas une explication logique : " Si mes propos leur semblent déplacés, c'est que je suis moi-même dans un endroit qui n'est pas leur réalité. Sinon, les mêmes causes produisant les mêmes effets...

Autre conséquence, ce langage " anormal " va trouver le lieu de son expression le plus paisible dans un livre. Ecrire ouvre la possibilité à l'enfant de parler en un lieu où son expression ne sera plus sous le regard d'un jugement en circonstances " normales". Il connaît déjà la distance accordée au langage utilisée dans l'oeuvre.

Et comment le connaît-il ? Par l'école, où ses livres " de français " sont pleins de textes de fiction qu'il s'agit d'analyser, de " déchiffrer ". Ces textes ont, eux, par essence, droit à la différence, et même ils la revendiquent.

Enfin, plus tard, ces conséquences l'amèneront à rechercher " la compagnie des livres", et des auteurs. Puisque dans ce texte produit il cherchera une langue soeur de la sienne, sa langue à lui, cette langue fictionnelle " qui ment ", et qu'on l'a accusé d'employer, le renvoyant de l'autre côté du miroir, dans cette bouche d'ombre d'où émanent toutes les " histoires".

Il cherchera son identité dans  espace où le discours a un statut de vérité similaire à (ce que devrait être ou ce à quoi devrait ressembler) la sienne, " de même nature".

Je reviendrai peut-être sur ce point pour le nouer avec l'histoire du Père Noël. http://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/03/dieu-existe-t-il-et-si-oui-lequel-hors.html. Celui pour qui la question de savoir si le Père Noël existe ou pas ne se pose pas, c'est celui pour qui cette dichotomie n'apparaît pas.
Donc, et c'est là une fois de plus qu'il faut être vigilant au biais cognitif qui a vite fait de nous aspirer, non pas automatiquement, celui pour qui  le Père Noël existe, ce qui serait ramener la personne en question à l'intérieur d'une dualité dont je tente de la sortir, mais une personne pour qui ce point n'est pas sur la ligne de partage entre fiction et réalité.

Ce qui est totalement différent  Même si comme on l'a vu (aticle http://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/03/dieu-existe-t-il-et-si-oui-lequel-hors.html, ligne commençant par " Imaginez maintenant un enfant appartenant à votre culture"), la personne peut être considérée comme " at large " à l'intérieur d'une zone. Sans pour autant, donc, qu'en ce qui la concerne, elle s'y considère.

Symétriquement, à l'intérieur du monde des contes, la question de savoir si le Père Noël existe ne se pose pas. Question : peut invoquer ici, " at large ", la raison inverse ? Peut-on dire que si la question ne se pose pas, c'est parce que la raison est " plutôt oui " ?
Je ferai observer ici que, à l'intérieur du monde des contes, la question ne peut pas se poser, puisque ce serait remettre en question l'édifice entier. A l'intérieur du conte, les personnages ne peuvent pas douter de l'existence du monde des contes.

C'est un peu comme un champ de vision. Tout ce que j'ai devant moi, à 180°, est sujet à ce choix : existe ou n'existe pas. Tout ce que j'ai derrière moi, hors de mon champ de vision, encore une fois à 180° pour simplifier, n'est plus sujet à ce choix. Son statut " Il est évident que ", prime sur le contenu, à savoir que cela existe (ou pas).
Maintenant, un peu comme l'anneau gradué des boussoles tourne en fonction de la position que lui donne celui qui la tient en main, ces 180° correspondront plus ou moins avec " le Nord", c'est à dire si l'on veut les " communs 180° ".

Lorsque je lis un conte à un enfant, je lui livre ce conte à la fois comme un élément de la Rréalité, pièce de littérature, lourd volume, dont le contenu est fictif, et à la fois comme un élément intérieur, c'est à dire qui présente avec l'intériorité de l'enfant cette similitude que le Père Noël, comme l'enfant, ne doute pas de sa propre réalité. Il est en quelque sorte invité à " croire sans hésiter à la propre fiction de son intériorité". Cette liberté qui lui est ainsi communiquée, lui permet de pas craindre l'inconsistance de son être : Si même le Père Noël ne doute pas de sa propre existence, pourquoi en douterais-je ? ", voilà qui m'est transmis par la bouche de l'adulte avec l'anotation expresse que cela fait également partie de la " commune réalité de l'adulte".

Il resterait aussi à s'interroger sur la boucle de renforcement qui peut se mettre en place, autant au niveau des structures et des types, que du contenu et des thèmes. Je veux dire par là que, quel qu'en soit le contenu, le " mythe que l'enfant perçoit de lui-même " va se renforcer, par un simple besoin d'exister. Si je suis ce qu'on dit de moi, au moins je suis. Alors, plus je suis ce qu'on dit de moi, plus je suis.

Il reste que si on passe son temps à parler à tous les enfants comme si les distinctions entre ce qui existe ou n'existe pas (on peut parler de contingence, si vous voulez) étaient au même endroit, on continuera de faire des poètes et des auteurs, et c'est très bien comme ça. Mais il faut les rassurer un peu, aussi. On y reviendra avec [ISI]

A côté, je pose une autre réflexion liée à cela. Une amie me disait récemment suite au décès de l'une de ses proches : " Il y aurait tant à raconter.", parlant des quelques jours qui la séparaient maintenant du décès. Je lui répondit qu'en effet, cette réflexion était pleine de vérité. Il y aurait tant à raconter sur ces 6 jours, et il y aurait tant à raconter sur ce que nous avions vécu en commn durant les années où cette personne était vivante, que le temps pour raconter tout cela excédait sûrement le temps qui nous restait à vivre.
Autrement dit, le temps nécessaire à raconter ce qui nous arrive se déplie dans un temps beaucoup plus long que le temps que cela a pris pour se produire, à tel point que la seule narration de ces évènements nous mangerait encore ce qui reste comme temps, et ce sans doute même si nous avions parlé de cela déjà longtemps. Le temps pour narrer ce qui se déroule dans le temps est beaucoup plus long que le temps des évènements.

Je me répète un peu car cela vient se loger dans notre imaginaire. Plus grand que l'espace des choses, et que nous mettons pourtant, en intention et sans y parvenir, " en bijection " avec les instants de l'autre espace... Ce qui me ramène à l'histoire des points de la peau du léopard http://lecerclebleu.blogspot.fr/2015/10/la-continuite-une-histoire-de-points-de.html, et du niveau de zoom.

La science, c'est la partie du savoir qui feint de ne pas douter de soi-même. On est prié de n'en pas douter non plus, mais invité à le remettre en question au plus vite. Un scientifique qui ne ferait que confirmer les hypothèses précédentes serait réputé ne rien " découvrir ".

La philosophie est la partie du savoir qui professe que rien ne vaut le doute comme outil de recherche de ce qui n'est plus présenté comme une vérité. On est prié de douter, et de ne pas s'écarter de cette voie . Un philosophe qui clamerait que le doute va finir par tout faire tomber, alors que la pensée un truc qui tient très bien tout seul, qu'à force de le secouer, évidemment on va le casser, et que tout va bien comme ça et qu'il n'y a rien à retoucher pour le moment, passerait pour un fumiste.

Cette boutade pour dire que nous avons à " rabouter " deux espaces-temps qui coïncident sans se laisser superposer. Qui se superposent sans se laisser ajuster l'une à l'autre. Comme les deux plans http://lecerclebleu.blogspot.fr/2016/07/point-cap-iii-causalite-et-dimensions.html dont je parlais.. Et donc, pour revenir au collectif, comme l'espace du langage est à la fois commun et individuel, il faut aussi chercher du côté de l'espace collectif des lois qui doivent tenir compte de cette tentative d'ajustement.

Le langage est une chose dont personne n'est dépositaire, et auquel chacun participe. Comme le fil du poisson, nous contribuons à l'image finale, [CRP] disait nous concourons.

En d'autres termes, ce n'est pas " le monde", qui se présente à nous sous formes de touches sans sens qui concourent au sens de l'ensemble, c'est chacun de nous qui se vit sur ce mode. Et qui le fait à raison, d'ailleurs. Encore une fois, nous projetons notre mécanisme de représentation sur le monde, ce qui est normal, puisque nous ne saurions faire autrement. 

Voici un exemple simple. Je prends une dizaine de feuilles de papier calque, et sur chacune d'elles je dessine un animal différent. Maintenant je superpose les feuilles et les montre à une autre personne (1). Cette dernière va regarder les feuilles, et voir les animaux du dessus, les plus évidents pour elle. Puis elle va passer la lampe de l'autre côté du groupe de feuilles et regarder en transparence. Ici la primauté des premières pages va disparaître, et d'autres animaux vont apparaître.

Une représentation de l'ensemble va se former dans son esprit. Et il n'existera nulle part cette " chose " qui serait " l'ensemble des dessins d'animaux", car elle est inacessible à personne. Eh bien il existe un espace collectif, qui est à une culture ce que l'espace individuel où est apparue la représentation de l'ensemble (l' " esprit " de la personne qui regarde) est à une personne. 

Mais là où ça devient tricky c'est que ces deux espaces sont un seul et même lieu. C'est comme lorsque vous faites la cuisine chez vous. Les pièces sont plus ou moins touchées, mais il ne sert à rien de tenter d'expliquer l'odeur du salon sans parler de la cuisine, pas plus que d'expliquer le phénomène en feignant d'ignorer qu'il y a d'autres pièces que la cuisine. 
C'est pourtant la manière dont les techniques de notre savoir ont usé le plus souvent. 

Je tentais de savoir ce que " logos " pouvait bien signifier pour Platon, et dans quelle mesure on pouvait le traduire aujourd'hui par " langage ". La traduction fait apparaître ce fait de façon criante. En effet, ne faudrait-il pas remplacer " En latin, "sentence", ça veut seulement dire "phrase." par " Nous pensons aujourd'hui que En latin, "sentence", ça veut seulement dire "phrase."
En effet, il faut être rudement calé pour affirmer que dans l'esprit de (quelle personne parlant quel latin ?), il n'y eut jamais personne pour qui il n'y avait pas un petit côté " sentencieux " dans l'emploi du mot. 

Ensuite, nous ne pourrions leur poser la question, puisque personne ne pourrait leur faire comprendre ce que signifie " phrase " en français. (2)

Je comprends comme vous l'intention qui est derrière cette énonciation. Mon point ici est de dire qu'il n'y a pas un " un latin ", qui giserait là, à disposition, et dans lequel on pourrait fouiller, d'où le " en ". Il y a un espace commun à tous ceux qui le parlent, et dont nous ne savons rapidement plus grand chose. Je n'adresse pas là les couches successives de l'histoire de la langue, ni un quelconque sociolecte. Non, je parle de cet espace couvert de huit mètres de soie abricot... Bien.

A propos de cet espace, il présente cette caractéristique d'être composé de chacun de nous, comme le poisson se constitue fil à fil. Si on enlève un homme, si on enlève un mot, rien ne se passe. Jamais. Et puis un jour, le poisson ne sera plus un poisson, et l'homme ne se reconnaîtra plus.

Mais l'inverse est vrai, si on veut respecter ce principe que l'espace est homogène. C'est à dire qu'il y a en nous la multiplicité des autres. En nous aussi, il y a peut-être un tableau de fils, mais alors plutôt de ce style :



Trouvé sur  https://sites.google.com/a/sarzaycreatif.com/sarzay-creatif/page-1/tableaux-en-fils-tendus

Notre être se constitue en nous permettant de nous adosser à cette paroi que constitue les autres. Mais subsiste toujours le vertige de l'être en soi, au centre. Gouffre dans lequel on peut tomber à la suite d'un déséquilibre, si les fils qui nous retiennent à la paroi se cassent un à un, ou qu'un accident les déchire en vrac.

. Cet " autres  en nous " que le langage nous a permis d'intérioriser possède des structures souples, aptes à se reconfigurer plus rapidement que celles des règles qui régissent le comportement social des animaux. De plus j'ai accès individuellement à la configuration de cette structure, et je peux proposer à l'agora qui me reçoit et m'entend, des modifications de cette structure.

Je la répète dans mon enfance, pendant l'acquisition du langage. Mais la liberté d'en proposer modification m'est offerte très tôt, par exemple dans la présentation de la poésie, qui disparaîtra ensuite, comme si une des fleurs de la civilisation consistait à mettre l'enfant au plus vite en contact avec cette liberté fondamentale qui l'aidera à se construire, que de jouer avec le langage. Peut-être aussi pour aider à ne pas le confondre avec les choses.

Il faudra revenir donc sur la façon dont ce complexe peut se constituer. Par quelle type de narration, celle que je relaie à l'intérieur, se construit l'image de moi que je regarde. L'épaisseur des fils, comme les calques, que je regarde depuis mon moi biologique, éclairée par le contre-jour du dehors, ou bien ce moi unique que je regarde à la lumière du dehors, amas de fils que j'ai contrinbué à tendre, mais dont la structure était déjà là, et que je suis bien obligé de reconnaître comme moi, comme on reconnaît un enfant administrativement.

(1) et ce n'est pas de la scanner en x dimensions qui y changera quoi que ce soit, on aura beau avoir cent personnes ayant fait cent scans différents, la chose globale sera toujours inaccessible, ce que je convertis en there is no such thing as " cette chose". Ce qui est différent de " Cette chose n'existe pas". Légèrement.

(2) Je ne me souviens plus où j'ai mis cette amusante histoire où je m'étais plu à imaginer le sketch d'une personne contemporaine tentant d'expliquer à un " Romain de l'époque " le titre d'une vidéo intitulée " Léo le lion". Je vous laisse le reconstituer.

jeudi 9 mars 2017

Tilt collectif (le biscuit moisi)

J'ai eu une sorte de déclic hier en lisant un vieux numéro de Science et Vie (N° 210, Mars 2000). J'ai déjà abondamment puisé à cette source pour ma culture sur les gènes, et j'ai encore à exploiter des réflexions sur l'embryogenèse, mais je réagis sur deux passages qui se font suite le même article.

Il est sûr que les auteurs ont voulu cette suite, mais peut-être pas dans ce qui m'est venu à l'esprit. Le premier passage est sur le développement du cerveau, du point de vue de l'être pré et post natal que nous fûmes tous, et le second concerne la place du développement du cerveau dans l'hominisation.

Le déclic s'est produit au moment de lire une phrase sur le langage, que j'ai mise alors en parallèle avec la néoténie, c'est à dire la thèse de Bolk, revisitée par dans les années 80. Bimbenet fait d'ailleurs allusion à cette idée, en disant que c'est l'absence de spécialisation du cerveau humain qui lui confère cette ouverture sur le monde si-peu-spécifique, cette aptitude à considérer le monde comme un objet en soi, une chose à connaître, et non pas, ainsi que le fait l'animal, comme une chose déjà-connue, à la lecture par la grille interprétative léguée par le génome.(1)

Article :" Évolution du cerveau ", page 134,

Le gros cerveau des bébés singes et l'hypothèse de Bolk

La question [...] a été abordée par l'anatomiste hollandais Louis Bolk dès 1926. Constatant que le crâne de l'homme adulte ressemble d'avantage à celui d'un chimpanzé juvénile qu'à celui d'un adulte [..] Bolk a proposé l'hypothèse de la " foetalisation " ou de la " néoténie", selon laquelle le développement de l'homme serait ralenti par rapport à ses cousins hominidés.

[...] Un peu oubliée au milieu du XXème siècle, l'hypothèse de Bolk est revenue à l'honneur dans les années 1980, avec le résultats que l'on sait sur la proche parenté génétique entre l'homme, les gorilles et les chimpanzés [...]. "

Même article page 142 :

" Pourtant, l'étude de l'évolution de la capacité crânienne des hommes au cours des derniers 400 millions d'années montre que celle-ci s'est stabilisée depuis 100.000 ans. Pourquoi ? "

Réponse en gros : pour une question d'économie générale, comportant une réorganisation fonctionnelle, modification anatomique peu gourmande en énergie (le cerveau en consomme beaucoup), liée principalement à l'acquisition du langage.

Même page, et, dans le paragraphe
L'évolution économique du langage.

la phrase :

" Pourtant, dans le cerveau de l'homme actuel, " l'aire du langage " (l'aire de Broca) n'est qu'une petite région du cortex cérébral temporal "

Tout peut donc se résumer en disant " Ce fait que le langage occupe une petite partie dans le cerveau, alors que le langage occupe une si grande place dans cette néoténie qui permet le développement de l'humain (des années après la naissance et depuis 100.000 ans), et ce par l'action et l'influence de la communauté, néoténie justifiant le ' peu de développement ' comparé du volume cérébral  "

Passons sur l'approximation que constitue les propos sur l'aire de Broca. On sait maintenant que de nombreuses régions du cortex coopèrent sur le langage. Malgré cette approximation, il reste qu'on ne sait pas comment cette partie a évolué depuis 100.000 ans.

Ce que j'ai déjà dit, c'est que nous comprenons presque tout de ce qui a été écrit il y a 10.000 ans. Mais l'inverse serait-il vrai ? C'est hélas invérifiable, et sans doute pour longtemps. 

C'est là que je me suis dit que l'erreur que nous commettons peut-être depuis longtemps, notamment dans les théories attachées à la philosophie du langage, serait de considérer qu'il s'agit d'un phénomène propre, inuitu personnae, en quelque sorte, d'une histoire entre une personne et la langue.

Pour le dire à l'envers, l'erreur est de sous-estimer que la part commune du langage représente sa quasi-totalité, ou encore que 99 % du langage étant social, il est de plus en plus tourné vers l'idée de se retourner vers lui-même dans sa structure.

Il n'y a pas d'échelon au dessous de celui de la langue, ou du jargon, pour ce qui relève de la linguistique. Il n'y a pas d'échelon individuel. Comprendre le langage dans le cadre de son usage par une seule personne, c'est comme tenter de comprendre le comportement d'une seule fourmi en l'observant, et seulement elle, avec un cadre de prise de vue qui la serre à un mm. de chaque côté du corps. C'est voué à l'échec au sens de la compréhension globale. On ne verra qu'une fourmi courant après son cadre, ce qui est bien le propre de la plupart des théories de la philosophie du langage depuis un siècle, on le verra avec Laurier.

Cela me pose deux défis. Le premier est d'étayer ce que je viens de dire, soit la nullité de l'échelon individuel en matière d'étude du langage. Le second est de proposer les bases d'un cadre propre à l'étude à l'échelon du dessus. Ce cadre, je le sens, je le palpe, mais j'ai du mal à le formaliser. C'est d'ailleurs en partie pour cela que je lis des gens comme Laurier. Non seulement pour la culture, mais parce qu'à le lire, j'ai la sensation de me cogner à quelque chose d'invisible, et que je reconnais pourtant, et je sais que cette chose est ce cadre.

A revenir voir.

Pour le dire autrement, serrer le cadre d'étude autour d'une personne qui parle est insuffisant. C'est pourtant l'angle de vision privilégié par la grande linguistique. L'autre, celle des pratiques, qui se penche sur l'apprentissage et l'échange, sur le handicap ou la maladie, collecte des faits pour nourrir les réflexions sur des thérapies, sans formaliser l'ensemble en théorie. Le monde vu dans la perspective humaine semble se prêter moins facilement à la formalisation que le monde des molécules.

Pour illustrer ce que j'entends par ce collectif, sur lequel je reviendrai, on peut imaginer par exemple que d'ici quelques siècles, une culture entière se soit développée sur la base d'un mythe fondateur, par exemple La Guerre des Étoiles. un tel aurait écrit sur les soupçons de complot et de trahison conter le comte Doku, et son attitude face à la mort, une autre sur les liens amoureux. Donc dans un premier temps, ils auraient creusé à fond le matériel existant et les liens disponibles.
Puis à partir de ces bases étendues mais fondées, on va passer à un second temps de la construction de la culture. Ils écriront des livres sur le sentiment religieux chez les rebelles parleront de la Force comme on parle de l'Idée platonicienne, du mythe de l'Etoile Noire comme on parle de celui de la caverne etc. Sans parler du théâtre inspiré des tragédies de Dark Vador, ayant fait oublier Freud.

On me dira qu'on a toujours accès aux textes originaux, mais il faut ici rétablir le fossé du temps passé. Peu de gens sont encore capables de " sentir " le propos initial inséré dans la culture qui lui a donné naissance.

Pour tiré par les cheveux que paraisse l'exemple, l'idée est ici de suggérer que même si aujourd'hui nous pouvions, nous contemporains, prouver que tout n'est pas fondé qu'il y a là des choses " qui ne sont pas dans le film", que " rien de tout cela n'était écrit dans l'oeuvre" qui n'était qu'un pur divertissement, ou encore " que l'auteur n'a pas voulu dire ", et à qui on le fait dire, malgré tout cela donc, il reste que nous n'étions pas à l'époque de Platon, et que nous ne serons pas contemporains de la culture dont je parle.

Une fois cette précaution oratoire posée, l'idée est de dire que la culture est un phénomène qui opère a posteriori une prolifération de pensée (les fameux " commentaires") sur la base d'une fiction. Une prolifération telle que tout peut servir de base à un pavage (2) de cette base par la pensée et les sentiments humains, capable d'élever n'importe quel film de science-fiction pour le futur Oedipe qu'il sera, à condition que la culture s'empare de ce film.

Cette prolifération prend au début l'oeuvre pour support, puis vient le temps où les vues qu'elle a sur son support s'y ajoutent en le dégradant; comme une moisissure gonfle un biscuit tout en le consommant. Pendant longtemps, le biscuit restera reconnaissable, même gonflé et en voie de destruction par l'assimilation. Aussi choquant que cela puisse paraître, la culture s'emparera de la Guerre des Étoiles et en fera une Guerre de Troie, le gonflant ligne après ligne pour le travestir, sans ligne de rupture visible jusqu'à le rendre méconnaissable, et pourtant quelque part " intact ", mais assimilé, digéré. Sans qu'on puisse dire quel jour elle a changé l'oeuvre sera cependant un jour " méconnaissable ".

Non plus méconnaissable dans sa forme, toujours accessible par son texte original, mais à travers ce qu'on en dit. " C'est de la Guerre des Étoiles dont vous parlez ? Mais il n'y avait rien de tout cela là-dedans ! " C'est le " là-dedans " qui a changé.

Pour revenir à mon propos, notre petite aire de Broca n'entend pas grand-chose à tout cela. Le langage est, comme partie de la culture, quelque chose qui nous échappe, à chacun de nous, largement. Ce à qui ou à quoi elle n'échappe pas est la communauté vivante des parlants, des écrivants qui laissent une traînée plus longue, mais néanmoins finie. Le langage n'est pas un corpus fermé, un logiciel dont nous chargeons une version, avec une base de données plus ou moins grande de mots ou d'expression, et que nous pratiquons à titre individuel, avec nos locuteurs.
En tout cas, il n'est pas que ça, et dans des proportions énormes. Le langage " se parle", et notre participation n'y change quelque chose qu'à proportion de statistiques. Comme on l'a vu dans l'exemple du moteur, le singulier est ici inobservable. L'usage du langage par un individu est inobservable en linguistique, et nous verrons combien cette erreur pèse encore lourdement dans les théories de philosophie du langage.

There is no such thing as " Une personne parlant anglais", ou encore " Je parle français", en dehors des contextes où ce genre de phrase est une réponse à une question du genre " Quelle langue parlez-vous ? " . C'est en effet le mot " parle ", et non dans le mot " français " que vise mon propos. Je ne " parle " pas une langue, j'y participe.

Et l'erreur que je veux pointer est celle qui consiste à confondre les deux, à savoir celle de dire que dans le phénomène qui voit une personne parler une langue, dans ce phénomène réside tout le langage. Et donc qu'à partir de ce phénomène, on peut appréhender tout le langage, parce que tout le langage y serait contenu.

Pour reprendre l'exemple des alvéoles pulmonaires, c'est tout le poumon qui respire. Certes chaque alvéole y participe, mais il serait vain de chercher à comprendre la respiration en observant fonctionner une alvéole. C'est pourtant ce que font les linguistes en observant une personne parler. C'est ce qu'ils font parce que leurs exemples sont tous du style " Si je dis... / Si Mario dit / Paul répond... " C'est un piège heuristique que de considérer que parce que chacun parle, chacun use du langage.

La plus grosse lacune de ces théories est d'ailleurs, je le répète, l'usage du langage par les handicapés mentaux, les enfants ou les malades. Ces trois cas, toujours absent des ouvrages de philosophie du langage, semblent être absents par commodité, pour restreindre le champ de l'étude. En l'espèce c'est une erreur de pensée que de réduire le champ de l'étude. On ne peut pas étudier le langage et son fonctionnement comme on prend un échantillon de quelques mètres carrés de blé pour tester un herbicide, ou un coin de tissu pour tester une teinture.

Pour revenir à l'aspect statistique des choses, je disais " Le langage ' se parle ', et notre participation n'y change quelque chose qu'à proportion de statistiques ".  En effet, si je ne puis dire que " je parle ", que se passe-t-il lorsque je dis " Deux personnes parlent " ? Et que se passe-t-il lorsque je dis " Trois personnes parlent " ?

Puis cinq, dix, mille... A la fin, si je dis " 100 millions de personnes parlent ", je recouvre bien l'espace parlé du français. Et si je dis 7 milliards de personnes, incluant les enfants et toutes les différences, je recouvre bien l'aire du Langage, pour le coup, l'aire de Broca du monde, aire que le langage habite et où il a lieu, comme la respiration habite le poumon.

A quel moment ce recouvrement est-il réputé fait ? Pas au premier, facile, mais pas au dernier non plus, puisqu'on pourrait le dire fait bien avant. Et que dire d'une langue parlée par 300 personnes, comme il en existe ? A eux seuls, il représentent l'espace du langage de cette langue. Et s'ils étaient seuls sur Terre,  comme cela a pu se produire avec la première langue, il représenteraient l'espace total du langage.

En fonctionnant à l'envers, si je retirais une personne de ces 300, le langage disparaîtrait-il ? Certes non, cela ne changerait pas grand-chose. Et pourtant. Elle emporte avec elle un n-ième de l'espace du langage.

C'est cet espace dont les caractéristiques peuvent être étudiées. " Peuvent ", car il est possible qu'en l'observant depuis la position que je viens de décrire, il n'y ait plus grand chose à observer.


Pour expliciter ce que je veux dire par là, je vais prendre un exemple tiré du film Hunger Games, je pense que c'est dans le second épisode. Katniss est dans un train, et pendant le trajet, elle aperçoit fugitivement par une fenêtre un pictogrammne (le mocking geay) taggé sur le mur d'un tunnel.
Pour elle, comme pour nous, la signification de ces quelques images est immédaite : ce signe est devenu l'emblème de la révolte. Pourquoi, pour elle comme pour nous, l'interprétation est-elle évidente ?

Parce que nous pouvons adhérer instantanément au contexte. Si nous étions une faction rebelle, nous irions tagger les emblèmes de la révolte en un tel endroit. Il est caché, donc on est à l'abri pendant l'exécution, et les passagers de ce type de train peuvent le voir en passant, donc il communique efficacement. On récupère un peu ici le raisonnement concernant les neurones miroirs.

Nous voyons le résultat de l'action que nous aurions accomplie si nous étions une faction rebelle qui souhaite s'emparer d'un signe pour en faire le symbole de la rébellion. Donc les gens qui ont fait cela sont une faction rebelle qui agit ainsi.

L'image, sortie du contexte du film, n'a aucun sens (il faut vraiment aller cherche le " mocking ", à l'extrême limite). C'est parce que nous pouvons nous identifier aux protagonistes du film que cette scène fonctionne. Elle est en elle-même un signe qui fonctionne à l'intérieur d'un système. Sortie du système, c'est à dire ici le contexte du film, elle n'a aucun sens : un fille voit une image sur un mur depuis un train.

C'est parce que ce mur est un tunnel, endroit où les taggeurs vont se cacher pour oeuvrer, qu'on en déduit le reste, dans le contexte du film.

Pour en revenir à mon propos sur le collectif, je disais que si on poursuit le raisonnement, tout signe ou même portion de discours fonctionne en analogie avec le rapport entretenu par le spectateur du film avec le film :

On m'a appris le contexte, j'ai vécu des situations similaires, je peux transposer les comportements. Donc lorsqu'on me présente cette scène, le réalisateur sait que je vais réagir comme le personnage, et que je suis supposé comprendre ce que le personnage comprend à ce moment.

L'analogie fait que je suis spectateur d'un film où l'on me présente des portions de discours, telles la scène, et que j'ai le contexte pour faire les relations et comprendre que ce signe a été fait par un rebelle, c'est comprendre ce que signifie le discours et que l'auteur est un marginal etc.

Et de même qu'un spectateur qui n'aurait pas vu le film ne comprendrait pas le signe envoyé par cette scène (sa broche a été récupérée par les rebelles pour devenir un symbole de la révolution), de même je ne comprends pas telle plaisanterie dont je n'ai pas le contexte culturel.  Les images ne signifient rien dans un cas, les mots dans l'autre.

On peut toujours déterrer les liens culturels, mais c'est mettre au jour la structure d'un système, cela n'a pas grand intérêt. Les symboles fonctionnent en interne, uniquement de façon relative à la culture. C'est du rapprochement, de la mise en parallèle, ou en synoptique, topologique. Parce qu'on rapproche, on associe, parce qu'on associe on insinue. A la culture de faire le reste.

C'est un peu comme si on reprenait une à une les scènes du film Hunger Games, et qu'on explicite les choses en contexte, comme je l'ai fit ci-dessus. Admettons que nous l'expliquons à un chasseur des steppes, et que nous soyons obligés de redéployer " les rebelles se cachent dans les tunnels pour tagger leurs signes etc."

On pourrait faire de même pour chaque scène de chaque film, pour toute personne ne disposant pas du concept. Nous vérifions la validité de nos hypothèses en demandant au spectateur test  de répéter les liens de contexte. Mais nous n'avons rien explicité du fonctionnement central, nous avons juste vérifié que le spectateur test avait pu, grâce à ce que nous ne connaissons pas, reconstituer fidèlement le contexte.

C'est ce que nous appelons " comprendre une langue". Aussi bien nous est-il difficile de comprendre comment et par quelle " compétence " l'être humain serait capable de restituer ce qu'il a resituer par des productions plus ou moins nouvelles. Comment prouver qu'il a compris ?

Par des analogies de plus en plus profondes dans le contexte. En surface, il peut par exemple décrire un film où Katniss achète une broche avec un ours, et elle verra un tag d'ours dans le tunnel. Le spectateur test prouve ainsi, à l'aide d'une analogie (le tag ours  est à la mascotte ours ce que le tag geay est à la mascotte geay) qu'il a compris cet élément de contexte.

Plus profond, il devra trouver par exemple un comportement de dissimulation d'un dissident etc.

Bref, la capacité à rapprocher à nouveau, à mettre côte à côte, en synoptique, des éléments pour que l'auditeur ait un search for meaning successful, prouve que le locuteur maîtrise la topologie de sa culture, et peut opérer des mises en contexte. Mais le locuteur ne " produit " pas de sens, c'est pour cela que les règles de sa production de sens sont si difficiles à trouver !

Le sens ne se révèle que lors de la mise en contexte chez l'auditeur. Les pièces délivrées ne prennent sens qu'au contact du puzzle présent dans l'esprit de l'auditeur. Pour prendre une image, le fait que " sdkjfqs dfdsdf sdfdskjkj kk kqds ksdsds " ne prendra de sens que lorsque ces fragments tomberont dans l'esprit d'un locuteur qui parle de cette langue, ce fait est également, dans les mêmes proportions, valable lorsque je prononce une phrase en français, pour un auditeur francophone. Et pour le coup, le " je " est possible ici.

C'est dire, d'une autre façon, que [le fait que dire que " Oui certainement " n'a aucun sens hors contexte] est à ramener, depuis la périphérie des accessoires, où il réside actuellement, au centre des problèmes du lanagage.

Les pièces tombent dans une sorte de tunnel sensoriel, qui les " palpe " ( comme un distributeur automatique de boissons teste les pièces de monnaie qu'on lui donne), les met en forme dans un premier " search for matching " avec des mots, avant de voir s'il peut leur trouver une place dans le contexte culturel, c'est à dire s'il y a une scène de film dans laquelle ils peuvent lui faire jouer le rôle d'élément manquant.

On pourrait expliciter les scènes de tous les films à tous les spectateurs à qui il manque des références, ce n'est pas une catalogue de ces séances, même condensé en un quelconque code pseudo informatique, qui fera une théorie du langage. Elles ne présenteront qu'une litanie de situations se répétant.

Et ce n'est pas en comparant les méthodes des électroniciens pour palper les pièces de différentes origines dans les différents distributeurs de boissons que nous progresserons, mais en cherchant la connivence qui unit le vendeur et l'acheteur.(3)

Je me suis encore ouvert là un beau chantier. Pour ce qui est du permier de mes deux défis, je vais m'y attaquer en récusant, à la seule lumière de cet outil, les thèses exposées par Laurier. On verra si ça tient. Pour le second, il faut que je me réunisse avec moi-même pour établir un plan d'actions.

Si j'ai sous-titré " Hors de soi " cet article http://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/03/dieu-existe-t-il-et-si-oui-lequel-hors.html; c'est me faire penser à placer ici, à titre (peut-être) d'embryon de méthode, l'histoire du tableau de fils. En effet, si on en croit le contenu du présent article ainsi que cette référence, l'impossibilité à comprendre la culture et le langage correspond à la difficulté à se projeter " hors de soi" .

Puisque je me suis construis en apprenant à superposer ce pour quoi je me prends à la realité telle qu'on me la décrit. (4), sortir de moi possède le même niveau de difficulté que sortir du monde. Ce que je ne suis pas capable d'envisager ne saurait exister.

C'est pour cela qu'on ne peut pas compter sur l'individu pour comprendre la structure du langage. C'est comme demander à une tige d'osier d'expliquer le panier, il n'a pas de terme pour envisager une unité qui l'excède puisque " être " son être est le même " être " que être la totalité du monde.

Pour aborder aux rives de cette méthode, il faut envisager des choses comme le tableau de fils.


On voit un poisson, et pourtant, il n'y a que des segments de fil, droits. Nous percevons confusément qu'il y a un langage, mais nous ne voyons que les sujets parlants que nous sommes, et  nous ne pouvons voir ce qui excède cette dimension. Epistémologiquement, j'entends.

Une question qui se pose par exemple est de savoir ce qui se passe si j'enlève un fil. Rien, me direz-vous, on voit toujours le poisson. On peut donc encore enlever un fil, il ne se passsera rien. Certes, sauf que le poisson sera " moins beau ", et puis " plus identifiable". Mais sans que jamais un seul fil puisse être responsable du basculement d'une catégorie dans l'autre.

Et c'est là je pense la réponse ultime à la question des frontières (de classe). Aucune personne n'entre ou ne sort de l'association sans que cela change quoi que ce soit. Si vous demandez le nombre de membres de la Prévention Routière, on vous répondra que cela dépend de si vous voulez les membres " à jour de cotisation", ou bien si no compte les en instance d'exclusion etc. Bref, c'est un va -et-vient dans la revolving -door de l'entrée de l'hôtel.

Ainsi aucun fruit réel que vous tenez en main " n'est ou pas " une poire (avec guillemets et italiques). Qu'il entre ou qu'il sorte de la classe des poires n'a aucune importance (1). D'où l'échec de tenter de déterminer les critères d'entrée, d'autant plus face au massif succès rencontré par le mot poire dans son échange de millions de fois par jour, sans compter son goût succulent et sa faculté à étancher la soif...

Un seul fruit, un seul mot, un seul locuteur : le singulier est inobservable en probabilités, donc en linguistique.

Pour revenir au sujet, donc, il faut sans doute chercher à cet espace collectif des lois ontologiques de ce genre : lorsque le poisson apparaît, comment et pourquoi.

" Lorsque " le poisson apparaît, c'est comme le jour qui se lève, ou la demie-vie des éléments radioactifs. A 7h30 on a une demi luminosité, 50 % des voitures sur le périph on éteint leurs phares, 50 % des atomes sont passés à l'autre isotope. Mais aucune seconde n'a fait que le jour soit apparu. Et pourtant il fait jour. Aucun fil n'a consruit le poisson, et pourtant, je le vois. Aucun point de la droite de Zénon, etc.

" Comment " le poisson apparaît, c'est son mode de construction. Aucune brique ne fait qu'après sa pose on dit " la maison est finie". Et pourtant chacune y participe. Dans quel ordre, selon quelles lois elles y conribuent.

" Pourquoi " le poisson apparaît, cest le réintégrer encore dans le collectif. On revient un peu au critères, en reformulant " Pourquoi c'est un poisson, et non pas autre chose, qui apparaît".
Certaines personnes nommeront un autre objet, et on peut ainsi passer à un autre maillon de la chaîne de recognition. C'est par là qu'on raccroche aussi le symbolique, et les taxinomies bien entendu. C'est, sinon un ange des mers, du moins un poisson. C"est, sinon un crime, disons une félonie. Il fallait classer le parricide, le matricide, d'où les tragédies etc.

Ainsi un poisson n'est pas '" une chose " au sens de l'histoire naturelle, ce sont plutôt les choses que les gens nomment, au fur et à mesure qu'elles apparaissent dans leur champ visuel. On peut ainsi introduire la notion de mot " abstrait " par celle de concept qui apparaît dans le champ culturel, comme une étoile dans le ciel au moment de la naissance. C'est le thème astral d'un concept.

Je n'ai encore que peu d'idée sur ces lois, et sur cet espace collectif en général. Il faut dire que c'est un espace d'un genre nouveau. On a parlé de mémoire collective à propos du traumatisme de la Shoah.



(1) Dans la façon dont nous le définissons. Il faudrait peut-être aller vers un point de vue probabiliste, au sens de la densité de probabilité de présence. Si on cherche la zone des 90 percentiles, mettons qu'elle est à l'intérieur de la classe poire, lorsque je vois ce fruit de loin. Mais lorsque je m'en saisis pour le mesurer, il passe dans un de ses états absolus, qui se trouve actualiser les 10 % restant, à savoir que malgré le peu de probabilité que l'événement présentait, il se trouve que cette poire n'est pas une pomme. Je me suis trompé de loin.
Ainsi, comme le chat de Shrödinger, tout fruit " oscille " (statistiquement) entre l'intérieur et la classe des poires. Il reste qu'il est infondé de dire qu'il est " à la fois " une poire et une pomme, au prétexte que mort est le complément de vivant. Il restait aussi " à l'agonie". Bref.


(1) Il resterait à se demander si nous ne sommes pas dans une phase de transition épistémologique de l'évolution, qui n'en déplaise à certains, nous conduit de la vision animale à un certain futur que je ne connais pas, en passant par cette période que nous vivons actuellement, donc, et où le monde fonctionne comme un objet indépendant de nous. C'est en quelque sorte " notre plus récente conquête " intellectuelle, depuis que nous avons quitté la vision de l'animal.

On sait d'ailleurs que je morigène Bimbenet pour ce que je considère comme un manque de rigueur sur ce point. Comme nous ne voyons jamais les limites de notre capacité, sinon ce n'en serait pas une limite, je professe qu'il n'y a aucune preuve que notre vision actuelle soit d'un autre ordre que la grille d'un animal. Elle est plus vaste, plus sophistiquée, mais rien ne prouve sa différence de nature.

Il faut que je revienne sur ce " n'en déplaise à certains", d'ailleurs.

(2) Et là il faut entendre " pavage " au sens topologique, c'est à dire au recouvrement des aires de sens par les mots.

(3) C'est en effet une confusion de niveau qui fait que les linguistes " retombent " dans l'ornière qui conssiste à chercher le " match " du search for meaning au niveau de la langue, et non au niveau de la culture. Si je vous dit " Tel est pris qui croyait X ", vous connaissez le mot qui manque, comme pour " Le renard et le X " etc. Mais on peut faire cela avec une langue étrangère qu'on ne connaît pas, et la vision des linguistes " fige " l'usage de la langue en " mode prière", si l'on veut, alors que l'essentiel de son fonctionnement est en mode conversation.

C'est comme si on cherchait à comprendre le fonctionnement du français à travers les formules figées d'un Kyrie. L'idée n'est pas de comprendre que la personne a un problème d'estime de soi parce qu'elle se trouve très méchante. Il faut resituer le chant dans la procédure liturgique de la messe, où avant toute chose le chrétien se remet à sa place en se reconnaissant pécheur.

Ainsi, une personne récitant un Kyrie ne s'explicite que dans un contexte collectif, de même la langue ne peut être interprétée que en tant que phénomène collectif dans sa culture.

(4) et peu importe que je n'en sois qu'une part, ce qui importe c'est que je sois attaché aux mêmes bords, comme je le disais dans Artdoll Vodka skating . http://callingallhands.blogspot.fr/2014/09/artdoll-vodka-skating.html



mercredi 8 mars 2017

Dieu existe-t-il, et si oui lequel ? (Hors de soi)

Je repensais à une de mes phrases, à savoir " La question est de savoir si Dieu existe, et si oui, lequel", en me disant " Il y a en fait des gens pour qui la question de savoir si le Père Noël existe ne se posera jamais".

Ce que je veux dire par là, c'est que lorsque vous faites avaler à un jeune cerveau votre culture via votre langue, vous lui faites avaler une version de l'adhésion à la réalité, ce qui comprend implicitement qu'il y a, sous jacente à cette version, une adhésion à la réalité, ce qui comprend implicitement qu'il y a une réalité externe qui existe, qui est, et ce indépendamment de l'enfant. 

C'est ce que j'ai déjà caractérisé comme capacité du langage à créer de l'épaisseur ontologique, et d'en parer la Réalité. Cf. là-dessus mon lexique. http://lecerclebleu.blogspot.fr/p/categories-s.html

C'est ce qui va participer à la strucuration et à la construction de l'enfant, qui fait qu'il va transformer plus ou moins sa réalité pour adhérer à la Rréalité, 

Et je dis " plus ou moins " car on oublie souvent (1) que le discours de l'autre n'arrive pas sur une pâte béatement vierge. L'enfant a aussi sa propre histoire, l'histoire de son propre rapport, son rapport à sa propre réalité. 
Qu'on le veuille ou non, ces couches qui sont en synoptique pour ce qui est des niveaux d'implicites vont devoir se côtoyer et s'amalgamer. C'est comme lors des bouleversement géologiques institués par les forces extérieures qui viennent des séismes ou d'un choc de météorite exogène. Les couches vont réagir avec l'élasticité ou la rigidité de leurs éléments constituants, le temps de la recomposition du paysage. 

Au sortir de l'aube du solipsisme (2), où la réalité est une et confondue avec l'unité d'un moi qui n'a pas plus de frontière, pour le dire cavalièrement, la " descente " des seaux de minerai symbolique accrochés à la chaîne des signifiants va violer le conduit auditif de l'enfant pour le prier sommairement d'en ingérer les taxinomies, et d'apprendre qui est qui, et quelle est la place de chacun. 

Mais l'enfant constitue aussi son expérience propre, à partir de ses perceptions, et construit un autre bateau, qui pose un autre rapport à la réalité, une autre adhésion, et la question de l'existence de la réalité. J'insiste pour bien faire comprendre que l'existence de la réalité n'est qu'une question de frontière. 

La frontière qui consiste à se demander si le Père Noël existe ou non est une ligne. C'est la ligne la plus " intérieure", celle de la petite culture de l'enfant. On est soit d'un côté, soit d'un autre de la réponse. Entre le oui, et le non des réponses possibles à cette question, il y a une ligne. 

Il est évident que cette ligne n'est pas au même endroit que la ligne de la question " Le Père Noël existe-t-il, et si oui, lequel ?". Cette dernière question se légitime en contexte de mythocritique, et une réponse est par exemple :" En Turquie le Père Noël n'existe pas, sauf dans les provinces du nord, où il apparaît sous forme d'un bon géant qui vient offrir des cadeaux aux enfants à la fin de l'hiver". 

On voit aisément que la transposition est facile à faire avec Dieu. La ligne est un peu plus loin, mais le problème est strictement transposable. 

Bien. Maintenant, il est possible que je ne me trompe pas en affirmant que vous ne vous êtes jamais posés la question de savoir si Zguk existe. Vous êtes dans la même position que des millions d'enfants d'Asie, pour qui la question ne s'est jamais posée pour le Père Noël. Vous êtes sansle savoir d'un certain côté de la ligne, en fait. D'une ligne si lointaine qu'on peut dire que vous êtes plutôt du côté du non, sans le savoir. Vous n'adhérez simplement pas à cette version de la réalité. 

Imaginez maintenant un enfant appartenant à votre culture, mais pour qui la question du Père Noël ne s'est jamais posée. Pour être vaguement du côté du " non ", ils n'adhèrent pas à votre version de la réalité, malgré tous les implicites culturels que vos seaux bringueballants ont fait tinter à ses oreilles. 

Et tant que vous n'admettrez pas que votre langage véhicule sur la réalité des préjugés aussi stupides que l'existence du Père Noël, mais dont cette fois vous ne doutez pas, sans même en avoir conscience, vous ne pourrez élever des enfants de façon à les épanouir pleinement. 

Je regarde aujourd'hui cet enfant, et je me dis : " Pour lui, la question du Père Noël ne se posera jamais ". Admettre cela laisse mon esprit, et par conséquent mes oreilles, ouvertes à ses dichotomies à lui, à la façon dont il structure son adhésion au réel, et comment je peux le guider au mieux là-dedans.

Tant que vous n'admettrez pas que votre discours véhicule à peu près autant de violence à se conformer au système que celui des nazis, je devrai répéter ces formules provocantes pour vous inciter à vous pencher sur la question. 

On peut même dire que chaque sous-culture véhicule son type d'adhésion à la réalité, et par là, quelle est à la réalité à laquelle il faut croire, et par là, quelle est cette réalité, comment-est elle faite

Il ne s'agit pas de telle ou telle " teinte " comme dans les contes. Il s'agit bien de la réalité. Vous pensez qu'il y a une réalité ? C'est parce que vous pensez qu'elle a telles caractéristiques. Vous pensez voir une oie ? C'est parce que vous pensez voir ce qu'on appelle des ailes. C'est esactement la même question.

Ce dont vous ne doutez plus, ce qui attache au fond de la casserole, c'est qu'il y a une réalité autour de vous. Et c'est ça qui vous fait exister. Bref, je passe à autre chose, mais je signale que cela est relié à l'histoire du collectif dont je parle icihttp://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/03/tilt-collectif-le-biscuit-moisi.html

On me dit qu'un certain Lebreton s'est occupé de ces questions. 

(1) Je rappelle ici cet extrait d'IQS : " Le délire sera la manifestation de la dépossession de ce savoir subie par le Je, dépossession à laquelle se substituera une certitude qui tente de remodeler la réalité mais au dépens du Je qui offre une partie de lui-même en holocauste. Si la notion de réalité est indissociable du modèle que le discours en donne, c'est que la réalité humaine s'impose d'abord par ces fragments de l'espace extérieur dans lequel un certain nombre d'objets investis libidinalement instituent l'instance appelée Je dans cet après-coup qui vient le désigner comme désir et comme demande de ces objets. Le premier " savoir " sur la séparation, sur le sein comme objet de l'autre, est aussi un premier savoir sur le Je en tant que quête et revendication du don de cet objet. Ce " savoir " qui fonde l'existence du sujet séparé de l'objet, d'un espace psychique et d'un espace hors-psyché, est à l'origine d'un mouvement qui fait coïncider réel humain et connaissable.  " Aulagnier a mis en italiques, moi en gras.

(2) Lequel, on le voit depuis la plus haute antiquité, reste une tentation de l'esprit manifestée dans de nombreux courants de pensée. Il n'y a aucune réalité qui me soit propre. Il n'y a que d'un côté la Réalité, inconnaissable, et de l'autre ma version, la réalité que je vais peu à peu transformer en Rréalité, c'est à dire comme tout individu " sain d'esprit " confondre avec ma réalité et prendre pour la Réalité. Ensuite les divergences seront qualifiéés de " géniales ", d' " imaginatives " ou de " délirantes " par les autres porteurs de Rréalités du groupe. Il ne rentre pas plus de réalité dans l'esprit d'un nourrisson privé de contact social et affectif que de lait dans le corps d'un nourrisson abandonné dans le désert. 

mardi 28 février 2017

Piaget Structuralisme XVIII passage bio - psy

Suite à cet article http://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/01/piaget-structuralisme-xvii-structures.html , nous allons arriver à une page particulièrement intéressante. Piaget est enfin sur son terrain, celui de l'apprentissage par l'enfant des structures, et l'utilisation de ces dernières. Nous sommes page 54 :



dans cet article http://lecerclebleu.blogspot.fr/2015/09/histoire-de-la-philosophie-piaget.html. En effet, on notait là que pour Piaget, tout était parti du groupe des déplacements. Des phrases comme :  " Le groupe est ensuite un instrument essentiel de transformations, mais de transformations rationnelles qui ne modifient pas tout à la fois, et dont chacune est solidaire d'un invariant " vont ici prendre le sens qu'elles avaient sans doute réellement pour Piaget. (1)

" Les structures logiques mettent même une bonne douzaine d'années à s'élaborer [...] celles-ci aboutissent par leur construction même à la nécessité que l'apriorisme a toujours cru indispensable de situer au point de départ, mais qui en fait, n'est atteinte qu'au terme.  "

Explicitons cette phrase qui réécrit le côté circulaire de l'éducation : je transmets des structures que j'ai reçues. Ainsi, j'attends que l'enfant obtienne à la fin ce que je vise au départ. Et moi, transmettant un savoir structuré par les formes logico-mathématiques, vais découvrir en m'y penchant, ces mêmes structures.

C'est Piaget qui souligne " au terme". Le mystère sur lequel Piaget met le doigt, et qui en quelque sorte absout ses errements précédents, est ce retour à la primauté de la transmission.

L'invariant dont parle Piaget est pour lui le cadre d'apprentissage de l'enfant : " Les facteurs fonctionnels sont l'assimilation, ou procesus selon lequel une conduite se reproduit activement et s'intègre de nouveaux objets (par exemple sucer son pouce en l'intégrant dans le schème de la tétée)".

On voit par où ceci rejoint le pictogramme d'Aulagnier. Ou encore : " Les éléments structuraux sont essentiellement certaines relations d'ordre (ordre des mouvements dans un réflexe, dans ceux d'une habitude, dans une connexion entre moyens et les buts poursuivis), les emboîtements (subordination d'un schème simple comme saisir à un autre plus complexe comme tirer) et les correspondances (dans les assimilations récognitives etc.)."

On voit comment Piaget réancre ses découvertes dans une topologie du vivant  (2), et même du biologique (haptique de " saisir") qui encore une fois rappelle la zone-fonction du besoin chez Aulagnier.



pour en arriver, page 55, à : " Or, par le jeu des assimilations simples et réciproques, ces formes élémentaires de coordination permettent, dès le niveau sensori-moteur antérieur au langage, la constitution de certaines structures équilibrées, c'est à dire dont les régulations assurent déjà un certain niveau de réversibilité. Les deux plus remarquables sont d'abord le groupe pratique des déplacements (coordination des déplacements, détours et retour : voir §5), avec l'invariant qui lui est lié, c'est à dire la permanence des objets sortant du champ perceptif et pouvant être retrouvés en reconstituant leurs déplacements;  "

Là on voit comment Piaget s'arrime également à ses origines : c'est il me semble avec le groupe pratique des déplacements qu'il aura la première fois l'intuition de ce en quoi le groupe sert la structure. Mais aussitôt, il arrime aussi la notion à un cas on ne peut plus concret, à savoir la " poursuite " par le nourrisson d'un objet disparu du champ visuel : en refaisant à l'envers les mouvements qui ont causé la disparition, le nourrisson retrouve l'objet.

" et ensuite cette forme de la causalité objectivée et spatialisée qui intervient dans les conduites instrumentales (tirer à soi les objets en utilisant leur support ou un bâton etc.). On peut donc déjà parler d'intelligence à ce niveau, mais d'une intelligence sensori-motrice, sans représentation et essentiellement liée à l'action et à ses coordinations".

On verra avec Laurier que l'idée a tenté certain courant linguistique de n'accorder le sens qu'aux énoncés liés à une perception immédiatement vérifiable.

" Sans représentation", je pense que cela reste à prouver et c'est bien sûr ce que nous ambitionnons en arrivant (si, si) à Aulagnier.
.


https://fr.wikipedia.org/wiki/William_Thurston

Nous verrons dans l'article suivant comment Piaget va " récupérer " en quelque sorte le concept de structure à partir de ce qui restait perceptif.

 (1) Je rappelle la définition :  " La groupe de Poincaré ou symétrie de Poincaré est l'ensemble des isométries de l'espace-temps de Minkowski. Il a la propriété d'être un groupe de Lie non-compact à 10 dimensions. "


(2) On rappelle, supra : " Enfin les troisièmes structures mères sont de nature topologique, fondées sur les notions de voisinage, de continuité, et de limite".

On voit là les notions sur ce que j'appelle les briques sémantiques http://lecerclebleu.blogspot.fr/p/categories-s.html, c'est à dire tous les unités " sémantico-perceptives", si je peux me permettre cette horreur. En d'autres termes, une unité de sensation qui aurait du sens, une sorte d'unité de sens. La " chaîne syntaxique " avalée par les oreilles de l'auditeur serait alors passée à l'interprétation, comme une bande en braille défilant entre les doigts d'un aveugle, et déclenchant par une sorte de perception cérébrale la réactivation des contextes "en creux " (clé / emprinte) qui " rallument " dans le cortex la scène évoquée, et donc le sens.